Entrevue avec Michael Snow

Michael Snow, Midnight Blue [Bleu de minuit] (1973–1974), bois, peinture acrylique, photographie en couleur et cire, 73 x 66 x 12,5 cm. Centre Pompidou, Paris. Musée national d'art moderne/Centre de création industrielle. Achat, 1979

Michael Snow, un artiste canadien de réputation internationale peut-être mieux connu pour son refus de se laisser cataloguer, maîtrise avec brio à peu près tous les procédés artistiques – des arts visuels tels que la peinture, l’estampe ou l’esquisse à la réalisation de films, en passant par l’installation cinématographique, audio ou vidéo. Et ce musicien de jazz accompli qui écrit également des poèmes et des essais excelle tout autant à créer des œuvres où se confondent toutes les disciplines. En 1967, il a d’ailleurs eu ce commentaire dans un texte destiné au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) : « Mes tableaux sont faits par un cinéaste, mes sculptures par un musicien, mes films par un peintre, ma musique par un cinéaste, mes tableaux par un sculpteur, mes sculptures par un cinéaste, mes films par un musicien, ma musique par un sculpteur… qui parfois travaillent tous ensemble. » 

La collection permanente du MBAC abrite 75 œuvres de Michael Snow allant de ses premières créations dans les années 1950 à des productions plus tardives datant des années 1980, sans oublier plusieurs œuvres déterminantes des années 1960. Les dernières œuvres de Snow par le MBAC achetées en 2012 sont deux projections vidéo en boucle, In The Way (2010) et The Viewing of Six New Works (2012).

L’Institut de l’art canadien a publié ce mois-ci un nouveau livre électronique sur la vie et l’œuvre de cet artiste, qui peut être téléchargé gratuitement ici

Michael Snow a récemment évoqué son travail avec Magazine MBAC, de même que la nouvelle exposition que lui consacre actuellement le Philadelphia Museum of Art, Michael Snow: Photo-Centric [Photo-centrique].

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Magazine MBAC : On dit de Photo-Centric qu’elle explore « les liens intimes » entre vos photos, vos peintures, vos sculptures et vos films. Quels sont ces liens intimes?

Michael Snow : Le titre de la photo Handed To Eyes [Des mains aux yeux] a pour but de souligner l’aspect fait main de cette œuvre qui décline à la fois une dimension photographique, sculpturale et picturale. Les formes abstraites ont été travaillées à la main ; elles ont ensuite été photographiées et les objets photographiés ont été peints à la main, à l’huile. C’est un exemple parmi d’autres de ces « liens intimes ».

MMBAC : Le Museum of Modern Art de New York (MOMA) a déjà présenté ces photos en 1976 quand il a exposé votre travail. Quel effet cela vous fait-il de ressortir toutes ces photos ?

M.S. : Mes œuvres photographiques ont été présentées au MOMA en 1976, mais elles ont ensuite été présentées séparément, individuellement et fréquemment par leurs propriétaires. Ici, tout a été emprunté à des collections et à des établissements. Le Musée des beaux-arts de l’Ontario a envoyé six photos, par exemple 8 x 10 et cinq autres œuvres qu’il a présentées plusieurs fois ces dernières années. Le MBAC a prêté trois œuvres.

MMBAC : Vous êtes célèbre pour votre travail multi et interdisciplinaire. Quelles sont les étapes de votre processus de création ? Vous commencez par une estampe qui appelle une sculpture qui à son tour inspire une vidéo ? Comment évolue cette envie de créer en utilisant de nouveaux procédés ?

M.S. : Je fais très rarement de l’art. Mes deux dernières œuvres (qui datent d’il y a plus ou moins trois ans) – The Viewing of Six New Works et In The Way – ont toutes les deux été acquises par le MBAC. Le plus souvent, mon assistant et moi-même répondons à des courriels, fournissons des images, donnons des entrevues, etc. Je voyage aussi beaucoup et je donne des concerts. La pollinisation interdisciplinaire que vous évoquez n’est pas mon lot. J’ai des idées et le désir d’essayer quelque chose ; j’y réfléchis, parfois longtemps, et finalement j’« entreprends » ce quelque chose.

MMBAC : L’une de vos œuvres actuellement exposées à Philadelphie, Crouch, Leap, Land [S’accroupir, bondir, atterrir] (1970) oblige le visiteur à s’accroupir pour voir une série de trois photos d’un nu bondissant. Les images sont disposées à l’horizontale, parallèlement au sol. Pour une autre œuvre de l’exposition, Digest [Résumé], le visiteur peut enfiler des gants et feuilleter une pile de photos laminées représentant une coupe transversale d’une sculpture apparentée. Qu’est-ce qui vous plaît dans l’intégration d’un tel élément interactif ?

M.S. : Disons en gros que la sculpture demande à l’observateur d’en faire le tour pour mieux voir l’objet. En fait, plusieurs de mes images photographiques sont aussi des objets mais ne sont pas vues comme de la « sculpture ». C’est le cas de Crouch Leap Land qui demande aussi au public de se placer de telle ou telle façon. Ce genre de suggestion se produit de différentes manières, avec différentes œuvres.

MMBAC : Peut-il arriver qu’une œuvre vous influence ou vous inspire une autre œuvre ?

M.S. : Oui, une œuvre peut en inspirer une autre. J’ai fait plusieurs films avec des mouvements de caméra, et j’ai appris qu’une œuvre menait effectivement à une autre. Mon film de 1967, Wavelength, a donné naissance à Standard Time qui a à son tour inspiré Back and Forth, lequel a abouti à La Région Centrale.

MMBAC : Qu’aimeriez-vous créer maintenant ?

M.S. : J’ai récemment compulsé toutes sortes de vieilles notes et de griffonnages – des idées d’œuvres – et j’ai été frappé par deux ou trois idées de sculptures de 1968 auxquelles je n’avais pas donné suite à l’époque. Aujourd’hui, je serais peut-être intéressé.

MMBAC : Avez-vous une routine quotidienne ?

M.S. : Vous allez sans doute être surpris, mais comme je vous l’ai dit, je fais très rarement de l’art. Honnêtement, ma « routine quotidienne » consiste à envoyer des courriels et à aller à des réunions. Exemples d’activités : fin janvier, début février, je suis parti quinze jours dont cinq ont été consacrés à l’installation de mon exposition au Philadelphia Museum of Art. Il y a aussi eu les formalités d’usage et les entrevues, et j’ai donné un concert sur place. Ensuite, je suis allé à New York (trois jours, discussions avec ma galerie et concert), puis à Washington D.C. où j’ai donné une conférence à trois présentations de mes films à la National Gallery. Ensuite, retour à Toronto.

MMBAC : Si vous aviez un conseil à donner à un jeune artiste, quel serait-il ?

M.S. : Mon conseil à un « jeune artiste » ? « Trouve la part de toi dans ton travail et pousse en ce sens ».

Michael Snow: Photo-Centric est à l’affiche au Philadelphia Museum of Art jusqu’au 27 avril 2014. Cliquez ici pour de plus amples renseignements.

Cliquez ici pour lire ou télécharger le nouveau livre électronique de L’institut de l’art canadien sur la vie et l’œuvre de Michael Snow.


À propos de l’auteur(e)

Becky Rynor, avec dossiers de l'équipe Magazine MBAC

Becky Rynor, avec dossiers de l'équipe Magazine MBAC

Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

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