Laure Prouvost, lauréate du prix Turner 2013

Par Robyn Jeffrey le 04 décembre 2013

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Laure Prouvost, Wantee (2013). Vue d'installation. Laure Prouvost, tous droits réservés, avec l'autorisation de MOTInternational, Londres

Laure Prouvost, une artiste dont l’œuvre a été comparée à une cérémonie du thé en compagnie du Chapelier fou, remporte cette année le prix Turner, d’un montant de 25 000 £. Souvent considéré comme le prix le plus important et prestigieux pour les arts visuels en Europe, le Turner est remis chaque année à un ou une artiste de moins de 50 ans qui vit et travaille au R.-U. 

Prouvost, 35 ans, était parmi les finalistes pour son installation vidéo Wantee. Dans ce film, l’artiste raconte l’histoire étrange et touchante d’un grand-père imaginaire qui décide de se rendre en Afrique en creusant un tunnel. Prouvost donne vie à son film en le présentant dans un espace qui recrée le séjour à l’écran, sorte de salon de thé rempli d’improbables poteries, des tables, des chaises et d’autres articles.

Outre l’exploration des démarcations entre fiction et réalité, avec Wantee Prouvost rend aussi hommage à l’artiste décédé Kurt Schwitters. Le titre de l’œuvre fait allusion au surnom de la conjointe de Schwitter, qui aimait lui proposer fréquemment du thé. En effet, jeux de mots, malentendus et traductions infidèles sont des thèmes que Prouvost étudie dans la plupart de ses œuvres. Comme l’explique l’artiste née en France et qui vit à Londres depuis près de 15 ans dans cette vidéo. « Je suis venue ici pour étudier, et j'y suis restée. Je n'étais pas vraiment à l’aise avec les mots. Je n’étais pas certaine de pouvoir bien les utiliser… Je crois que les malentendus nous poussent à utiliser davantage notre imagination. »

Sans doute n’est-ce pas le fruit du hasard, mais si le travail de Prouvost a été qualifié de complexe, on a aussi dit qu’il était courageux et étonnamment émouvant. Comme l’a souligné le jury du prix Turner dans son communiqué, « en utilisant le film d’une façon entièrement contemporaine, Prouvost convie le public dans un monde intérieur, tout en faisant référence à la diffusion en flux d’images à l’ère post-Internet ».

Les autres finalistes cette année étaient l’artiste de performance Tino Sehgal, la peintre Lynette Yiadom-Boakye et l’artiste-humoriste David Shirgley, dont la sculpture géante d’un homme nu urinant dans un seau a fait l’objet d’une petite controverse. Le prix Turner a souvent déclenché des débats passionnés sur l’art contemporain; on peut se rappeler à cet égard l’œuvre finaliste de Damien Hirst en 1992 The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living [L'impossibilité physique de la mort dans un esprit vivant], consistant en un requin–tigre plongé dans un bassin rempli de formol, et, en 1999, My Bed [Mon lit], de Tracy Emin, autre pièce finaliste, une installation du lit taché de l’artiste avec divers détritus.

Quant à la lauréate de cette année, elle ne pense pas que ce prix prestigieux transformera sa manière de voir. À cette question, en entrevue, elle répond : « Non. Je pense que l’on remet constamment en question ce que l’on fait, et pourquoi. Comment s’améliorer ou rendre les choses plus intéressantes ? En bout de compte, on ne fait que son travail. »

Le prix Turner 2013 est présenté à Ebrington, Derry~Londonderry, en Irlande, jusqu’au 5 janvier 2014.


Par Robyn Jeffrey| 04 décembre 2013
Catégories :  Artistes

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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