Le questionnaire de Proust : Marcel Barbeau

Par Équipe du magazine du MBAC le 10 juin 2014

Le questionnaire de Proust est au départ un jeu populaire à la fin de l’époque victorienne, conçu pour révéler des aspects clés du caractère d’une personne. L’auteur Marcel Proust, encore adolescent, répond à une suite de questions semblables avec un tel enthousiasme que, lors de la découverte en 1924 de ses réponses originales, son nom devient associé de façon permanente à ce type d’entrevue informelle.

MARCEL BARBEAU

Marcel Barbeau, atelier de l’artiste, Montréal, 2014. Photo : Daniel Roussel

Marcel Barbeau est né à Montréal le 18 février 1925. Il a étudié avec Paul-Émile Borduas à l’École du Meuble de Montréal (en 1945 et 1953) et fréquenté l’atelier de ce dernier où il a rencontré les jeunes intellectuels du groupe des Automatistes. Il a participé à toutes les activités de ce mouvement entre 1946 et 1955 et signé le manifeste « Refus global » en 1948. Depuis, il n’a cessé de remettre en question ses acquis.

Artiste explorateur, guidé par une impulsion renouvelée de passage à la limite, Barbeau est constamment à la recherche de formes nouvelles et de nouveaux modes d’expression. Nomade, curieux de l’autre et de l’ailleurs, Vancouver, Paris, New York, la Californie du Sud ont été tour à tour ses ports d’attache avec des retours prolongés à Montréal. Il y vit à nouveau depuis 2008.

Pionnier de l’all-over et de la peinture gestuelle (1946), puis de l’art optique (1958), il s’est imposé comme un innovateur singulier, ayant parfois associé plusieurs approches esthétiques différentes autour des problématiques du désir et du mouvement. Audacieux, adepte des paradoxes, Marcel Barbeau a associé l’expressionnisme abstrait au minimalisme ou à l’art optique, la recherche chromatique à la sculpture et la performance picturale à la transdisciplinarité. Il a ainsi constamment renouvelé ses modes d’expression, tant en peinture qu’en sculpture.

Depuis l’exposition canadienne au Festival des Deux Mondes à Spoleto, Italie (1962), il a participé à plusieurs expositions collectives importantes, dont, récemment, Sota la Bomba (au Musée d’art contemporain de Barcelone, 2007), L’art en guerre – France 1938–1947. De Picasso à Dubuffet (au Musée d’art Moderne de la Ville de Paris, puis au Musée Guggenheim de Bilbao, 2012–2013) et l’événement Nouvelles Vagues (au Palais de Tokyo, 2013).

Récipiendaire du Zack Purchase Award de l’Académie royale du Canada (1963) et de la bourse Lynch-Staunton du Conseil des arts du Canada (1973), il a obtenu de nombreux prix nationaux et internationaux. Le Gouverneur général du Canada lui a décerné le titre d’officier de l’Ordre du Canada (1995). En 2013, il a été le lauréat du Prix du Gouverneur général du Canada en arts visuels, du prix Louis-Philippe-Hébert (Société Saint-Jean-Baptiste) et du prix Paul-Émile Borduas (Prix du Québec en arts visuels).

*

Mon premier souvenir de l’art :

Lorsque j’ai observé pour la première fois à la dérobée Borduas qui donnait un cours de dessin à l’École du Meuble, j’ai découvert l’art et compris que c’est ce que je voulais étudier.

Le moment où j’ai su ce que serait ma vocation :

Dès mes premières expositions avec le groupe automatiste en 1946 et 1947, j’ai su que l’art était ce qui répondait vraiment à mes aspirations. Mais cet engagement a longtemps fait l’objet de remises en question constantes, tant il était difficile d’en vivre. Ce n’est qu’à la suite de mes premières expositions chez Galerie Denyse Delrue et au Musée des beaux-arts de Montréal, et de l’obtention d’une bourse du Conseil des arts pour aller à Paris au début des années 1960, que j’ai pu m’y consacrer complètement.

Ma plus grande influence :

Paul-Émile Borduas.

L’occupation que j’aurais choisie (autre que les arts) :

Enfant et adolescent, je me voyais comme un danseur sur une scène. Mais c’était un fantasme que je n’ai jamais tenté de réaliser. Je crois que je n’aurais rien su faire d’autre que peindre, dessiner ou sculpter. Le travail routinier m’ennuie et m’aurait probablement tué depuis longtemps.

Mon loisir préféré (autre que les arts) :

Le tennis : en sportif amateur jusqu’au milieu des années 1990; uniquement en spectateur, depuis que je ne trouve plus de partenaires.

Mon artiste préféré(e) :

Matisse, parce que jusqu’à la fin il a offert l’évidence de son inspiration toujours renouvelée. Picasso impose sa virtuosité.

Mon auteur(e) et musicien(ne)/compositeur(rice) préféré(e) :

Georges Simenon et, paradoxalement, les poètes Baudelaire, Rimbaud, Éluard, René Char, Claude Gauvreau, Marie Uguay... ; Olivier Messiaen et plus largement la musique contemporaine.

La couleur, la fleur et l’oiseau que je préfère :

La couleur n’existe que dans son rapport aux autres couleurs. Mon goût d’une couleur varie constamment en fonction de celle qui la précède, de la saison et de lumière du jour; le bégonia double, pour la variété de ses coloris et la densité de sa floraison, et parce qu’il illumine l’ombre; le canard, pour la pureté de ses formes, et parce qu’il est un migrant comme moi et qu’il revient chaque printemps.

L’aliment et la boisson que je préfère :

La fricassée de volaille qui me rappelle la cuisine de ma mère; un vin blanc sec de Haute-Loire comme le Sancerre et le Pouilly-Fuissé ou, pour les occasions exceptionnelles, les grands bourgognes blancs comme le Clos des Mouches ou le Puligny-Montrachet.

L’odeur et le son que je préfère :

Le parfum des lys : comme j’ai peu d’odorat, c’est l’un des rares parfums que je reconnais; l’éclat et le pétillement d’une bouteille de champagne, comme celui qu’on entend soudain dans Kidnapping au concert de Mauricio Kagel.

L’objet que je préfère :

La marte; pour moi, c’est le plus beau pinceau, le plus subtil.

L’environnement ou le paysage que je préfère :

La proximité de l’eau, la mer, le fleuve ou même un canal comme celui auprès duquel se trouve mon atelier, parce la lumière changeante y est la plus belle.

Le temps ou la saison que je préfère :

Le printemps : ni trop froid, ni trop chaud, il annonce tous les possibles.

L’expression, la formule, le proverbe ou le mot que je préfère :

« Honni soit qui mal y pense. »

Ma bête noire :

Les maringouins.

Ma meilleure qualité :

La persévérance.

Mon pire défaut :

L’entêtement.

Ma définition du bonheur :

Je le redéfinis constamment. 

L’endroit où je désirerais vivre :

Un endroit calme près de l’eau où il fait toujours beau et doux.

Un rêve récurrent :

Toucher un très large public, l’émouvoir, le transformer.

Un souhait :

La paix.

Ce que je veux faire avant de mourir :

Je ne mourrai pas.

L’art pour moi, c’est :

La vie.

*
Cliquez ici pour voir les œuvres d'art de Marcel Barbeau dans la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada.


Par Équipe du magazine du MBAC| 10 juin 2014
Catégories :  Artistes

À propos de l’auteur(e)

Équipe du magazine du MBAC

Équipe du magazine du MBAC

Partagez cette page

Ajouter un commentaire

Commentaire

HTML autorisé : <b>, <i>, <u>

Commentaires

© 2013 Le Musée des beaux-arts du Canada. Tous droits réservés.

 2014