Le questionnaire de Proust : Mary Pratt

Par Équipe Magazine MBAC le 15 novembre 2013

Faire défiler pour voir les œuvres de Mary Pratt dans la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada.

Le questionnaire de Proust est au départ un jeu populaire à la fin de l’époque victorienne, conçu pour révéler des aspects clés du caractère d’une personne. L’auteur Marcel Proust, encore adolescent, répond à une suite de questions semblables avec un tel enthousiasme que, lors de la découverte en 1924 de ses réponses originales, son nom devient associé de façon permanente à ce type d’entrevue informelle.

MARY PRATT 

Photo © Ned Pratt Photography

Bien que la carrière de Mary Pratt soit associée à Terre-Neuve, où elle habite et peint depuis 1961, l’artiste forge ses perceptions et sa conception esthétique à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, où elle naît en 1935.

Adolescente, elle étudie avec Fritz Bandtner et Alfred Pinsky à la University of New Brunswick. En 1961, elle obtient un baccalauréat en beaux-arts de la Mount Allison University, où elle a comme professeurs, entre autres, Lawren P. Harris, Alex Colville et Ted Pulford.

Pendant les 25 années suivantes, dans un isolement relatif à Salmonier, Terre-Neuve, elle élève quatre enfants et développe un style de peinture basé sur des photographies de sa vie de mère, cuisinière, jardinière et épouse. 

Outre la peinture, elle siège à plusieurs conseils et comités, dont le Comité Applebaum-Hébert, le Conseil des arts du Canada, des groupes de travail gouvernementaux et des comités de construction. Elle est aussi coprésidente du comité responsable de The Rooms, une institution culturelle abritant le Musée des beaux-arts, le musée provincial et les archives de Terre-Neuve-et-Labrador.

Au fil de sa carrière, elle a reçu de nombreux prix et reconnaissances, dont le prestigieux Prix Molson en arts du Conseil des arts du Canada, ainsi que des diplômes honorifiques de huit universités canadiennes. Ses peintures figurent dans des collections publiques et privées du monde entier, y compris à Rideau Hall, où se trouve le portrait officiel qu’elle a fait de l’ancienne gouverneure générale du Canada, Adrienne Clarkson. Deux de ses œuvres ont aussi orné des timbres-postes canadiens.

Mary Pratt vit et peint à St. John’s, Terre-Neuve.

*

Mon premier souvenir de l’art :

Il y avait dans ma chambre un grand placard avec éclairage. J’avais 9 ou 10 ans et j’avais reçu des petits pots de peinture pour affiches de marque Carter; en me servant d’un coquillage comme palette, j’ai peint sur des papiers collés sur les murs du placard. La porte était fermée. J’ai peint seule, sans être vue.

Le moment où j’ai su ce que serait ma vocation :

On nous a donné en première année des reproductions de La vierge à la chaise. L’enseignante a demandé à la classe ce qui était le plus frappant dans cette peinture. J’ai répondu que c’était la petite croix que Jean tenait, et j’ai alors su que les tableaux étaient importants et pouvaient être remplis d’amour et de mystère. Je voulais faire partie d’un monde où de telles choses étaient possibles.

Ma plus grande influence :

Le monde de l’image m’est venu de magazines. J’étais impressionnée par les publicités, et j’ai senti que pour influencer qui que ce soit avec mes idées, je devais le faire avec des tableaux qui ressemblaient à des publicités.

L’occupation que j’aurais choisie (autre que les arts) :

Écrire – pas des histoires – « écrire », simplement.

Mon loisir préféré (autre que les arts) :

La lecture.

Mon peintre préféré :

Rembrandt.

Mon auteur(e) et musicien(ne)/compositeur(rice) préféré(e) :

Comment puis-je avoir un auteur préféré ? Je suis passée de Zane Gray à Agatha Christie à Margaret Drabble à Ernest Hemingway à Virginia Woolf à Lisa Moore à Alice Munro. Puis, il y a les poètes : Wordsworth, Tennyson et Blake, Elizabeth Bishop et Mary Oliver et, dans mon enfance, Bliss Carman. Je passais devant sa maison quatre fois par jour, entre chez moi et l’école.

L’année de mes sept ans, ma mère m’a acheté un livre sur Mozart à la bibliothèque de l’Assemblée législative. J’ai été ravie d’apprendre qu’un enfant de cinq ans avait pu composer. S’il avait été un tel prodige, peut-être pouvais-je l’être, moi aussi. Ce n’est cependant pas mon compositeur préféré; Bach, joué par Glenn Gould, est inspirant, tout comme le Quintette en ut majeur de Schubert. Je l’adore.

La couleur, la fleur et l’oiseau que je préfère :

Il existe une couleur entre le bleu et le rouge qui fait comme un « pont », permettant à la chaleur du rouge de se fondre dans le froid du bleu. Je l’aime beaucoup. Elle n’a pas de nom.

La coquelourde des jardins, ou rose Campion en anglais, est ma fleur préférée. Une petite fleur rose à cinq pétales, avec un feuillage argenté, velouté. Je pense que Margery Allingham a baptisé son détective « M. Campion » d’après la fleur; elle ressemble vraiment au « mouron rouge ».

Le merle : mince et élégant, l’oiseau dont l’apparition évoque le printemps et dont le chant annonce la pluie. J’ai peint un merle qui, prenant ma fenêtre pour le ciel, s’y est frappé, pour mourir sur ma terrasse. J’ai espéré que mes peintures lui donneraient une autre vie, même si je savais que c’était ridicule.

L’aliment et la boisson que je préfère :

La première chose que je mange au déjeuner, c’est une pomme. J’adore les pommes, cuites, en tarte, en compote ou dans des chutneys, pour adoucir des caris, en pectine pour les gelées. Extraordinaire petite pomme. Je bois préférablement de l’eau.

L’odeur et le son que je préfère :

L’odeur d’une serre est des plus agréables ! J’en ai eu une, et c’était une joie d’ouvrir la porte et d’entrer dans la chaleur humide et le parfum de la terre et des feuilles.

J’ai déjà construit un atelier sur une colline entre un petit ruisseau et une rivière. Pour m’y rendre, je devais traverser le ruisseau et, depuis la grande fenêtre donnant sur le sud, je pouvais voir la rivière et les bois au-delà. J’entendais les deux. Il arrivait parfois que le bruissement du ruisseau l’emporte sur le grondement de la rivière; mais quand cette dernière, sous l’effet de la marée, changeait de direction, elle submergeait le ruisseau. J’aimais ces sons. Ils me manquent.

L’objet que je préfère :

Je n’en ai pas vraiment un. Peut-être que la cuillère à porridge plaquée argent de ma grand-mère, avec l’inscription « Edna » sur la poignée, serait un objet dont je détesterais être privée.

L’environnement ou le paysage que je préfère :

Un été, j’ai amené les enfants à Fredericton, et au moment où l’avion s’est incliné vers la ville et que j’ai vu ses clochers et ses ponts, je me suis rendu compte que je pleurais : je rentrais « chez moi ».

Le temps ou la saison que je préfère : 

Les intersaisons sont les plus agréables, en particulier le printemps. L’odeur de la terre humide et la floraison des plantes que j’aime dans mon jardin. Les Darwin, ces grandes tulipes rouges qui ne boudent jamais, toujours fidèles au poste; les jonquilles King Alfred, doubles et plantées en groupe si serré qu’elles forment un rectangle jaune. Les précoces aconits et étoiles de Bethléem. Les chers pavots bleus et les buissons de rhododendrons. J’aime mon jardin au printemps.

L’expression, la formule, le proverbe ou le mot que je préfère :

Mon père disait toujours : « Aucun homme n’est assez important pour que je le déteste. » Je n’ai jamais entendu de meilleure maxime.

Ma bête noire :

Une élocution relâchée et une mauvaise grammaire.

Ma meilleure qualité :

Je suis critique.

Mon pire défaut :

Je suis critique.

Ma définition du bonheur :

Le bonheur, pour moi, c’est l’absence de malheur.

L’endroit où je désirerais vivre : 

Dans ma maison.

Un rêve récurrent :

Dans mes rêves, je me retrouve dans des pays qui ne me sont pas familiers. Dans une architecture antique, des rituels particuliers. Je me sens habituellement perdue.

Un souhait :

J’aurais aimé pouvoir chanter.

Ce que je veux faire avant de mourir :

Ce serait merveilleux d’avoir l’énergie, et de retrouver la foi en mon intuition devant ce que je vois, pour continuer de peindre.

L’art pour moi, c’est :

Grandiose !

* 


Par Équipe Magazine MBAC| 15 novembre 2013
Catégories :  Artistes

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