Les limites du jeu

Par Greg Hill, Conservateur Audain, art indigène, MBAC le 05 décembre 2012

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Aujourd’hui célèbre pour sa remarquable capacité à transformer des articles de tous les jours tels des sacs de golf, des chaussures de sport Nike ou des chaises de jardin en plastique en de magnifiques œuvres d’art, Brian Jungen est l’un des plus fascinants artistes contemporains canadiens. Le court (2004) illustre avec éclat le talent de cet artiste installé à Vancouver. Composée de plateaux de machines à coudre industrielles, l’œuvre a été exposée pour la première fois à la galerie Triple Candie de New York, un ancien espace industriel du quartier de Harlem. Elle a ensuite pris le chemin de la Corée du Sud et a été présentée à la biennale de Gwanju avant d’être achetée par le collectionneur d’art et homme d’affaires astucieux Bob Rennie qui en a récemment fait don au Musée.

Brian Jungen, Le court (2004), plateaux de machines à coudre, acier peint, peinture, paniers et panneaux de basket-ball, 3,7 x 8,6 x 21,5 m installé. MBAC. Don de la Rennie Collection, Vancouver, 2012

Les plus de 200 plateaux de machine à coudre — sans les machines — de cette installation monumentale qui occupe toute une salle créent une immense surface de « jeu ». Bien qu’il s’agisse à première vue d’un terrain de basket-ball surélevé, équipé de panneaux et de paniers, il saute aux yeux que quiconque voudrait y jouer se blesserait grièvement.

La seule forme de jeu possible est le jeu de mots. Après tout, il s’agit d’une œuvre d’art dont le titre anglais, Court, encourage l’interprétation en suggérant d’un côté un terrain de sport et, de l’autre, une cour de justice. L’installation originale de Harlem exploitait le caractère industriel des lieux pour évoquer la main-d’œuvre exploitée pour produire l’équipement — surtout les chaussures de sport — des joueurs de basket-ball professionnels. Les plateformes surélevées auxquelles sont fixés les paniers ont aussi pour fonction d’offrir un coup d’œil général sur le terrain et de communiquer un sentiment de domination, notamment sur la main-d’œuvre requise pour répondre à la demande de consommation de produits hyper-commercialisés, dont ces chaussures de sport. À cela s’ajoute l’enjeu de la différence entre les salaires de misère des ouvriers de ces ateliers et les contrats de plusieurs millions de dollars des joueurs professionnels.

Le travail de Jungen joue sur l’analyse et, peut-être, le jugement des répercussions sociales liées à l’exploitation de la main-d’œuvre et à la demande du marché. Ces questions qui prolongent les références à la consommation de masse et à l’adoration des héros apparaissent dans une grande partie de l’œuvre de l’artiste, notamment dans la série de 23 « masques », nommée Prototype for New Understanding (1998—2005), construits à partir de chaussures Air Jordan de Nike restructurées. 

Paradoxalement, comme c’est le cas pour de nombreuses autres sculptures de Jungen, la création de ce Court a exigé une énorme consommation, soit des centaines de plateaux de machines à coudre qui servent à la fois à évoquer et à critiquer la surconsommation sauvage. Jungen ne cherche pas la contradiction. Il souhaite plutôt impliquer les consommateurs que nous sommes, et par le fait même ses complices, à participer au cycle de consommation qu’il dévoile ici avec tant de force.

Le court est présentement à l’affiche au MBAC, salle B204.  

 Installation du Court de Brian Jungen


Par Greg Hill, Conservateur Audain, art indigène, MBAC| 05 décembre 2012
Catégories :  Artistes

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