À la recherche de la lumière. L’œuvre peint de William Blair Bruce à l’Art Gallery of Hamilton

Par Robyn Jeffrey le 25 août 2014

 

William Blair Bruce, Les charrons (1894), huile sur toile, 127,8 x 198,8 cm. MBAC

L’a-t-il rencontré ou pas ? Quand on évoque William Blair Bruce, c’est la question que tout le monde se pose. Pionnier de l’art canadien, Blair Bruce  a été l’un des premiers peintres impressionnistes au pays et l’un des membres fondateurs du cercle d’artistes de Giverny, ce village français devenu célèbre grâce à son résident le plus illustre, Claude Monet

Alors, le peintre canadien a-t-il rencontré Monet? « On sait qu’il était le bienvenu chez Monet », explique Tobi Bruce (aucun lien de parenté avec l’artiste), conservatrice principale de l’art historique canadien à l’Art Gallery of Hamilton (AGH). Elle fait allusion à une carte écrite par la seconde femme de Monet, Alice Hoschedé, invitant Blair Bruce à une réunion d’artiste à leur résidence. Cependant, Blair Bruce « n’a jamais écrit à sa famille ou à sa fiancée pour dire qu’il était en compagnie de Monet ».


 

William Blair Bruce, La meule (1883), huile sur toile, 73,2 x 92,3 cm. Art Gallery of Hamilton; Bruce Memorial, 1914. 14.18

Que les deux hommes se soient croisés ou non, la période passée par Blair Bruce à Giverny n’en a pas moins été charnière dans son évolution artistique, un aspect auquel s’intéresse particulièrement la rétrospective d’envergure présentée actuellement à l’AGH. Into The Light: The Paintings of William Blair Bruce (1859–1906) est le plus important survol de l’œuvre de Blair Bruce jamais réalisé, avec plus de 100 tableaux des collections de l’AGH, du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), de la Fondation Brucebo, du Metropolitan Museum of Art et du Nationalmuseum à Stockholm, entre autres institutions.

Né et élevé à Hamilton, Blair Bruce a quitté sa ville natale en 1881 pour Paris, déterminé à faire carrière en tant qu’artiste. L’exposition suit son histoire et sa carrière, de ses jeunes années dans ces deux villes aux cercles artistiques de Barbizon, Giverny et Grez-sur-Loing, et finalement à la Suède où il s’installe avec sa femme, l’artiste suédoise Caroline Benedicks, à Gotland, une île au milieu de la mer Baltique.

Comme le précise Tobi Bruce lors d’une entrevue accordée à Magazine MBAC, Blair Bruce était un artiste « très ambitieux » et « itinérant » cherchant à se faire un nom dans le monde entier : « le premier levier qu’il devait manœuvrer était le Salon français, alors jalon international du succès ».


 

William Blair Bruce, Le chasseur fantôme (1888), huile sur toile, 151,1 x 192,1 cm. Art Gallery of Hamilton; Bruce Memorial, 1914. 14.26

Et Blair Bruce avait du succès. L’exposition propose plusieurs exemples de ses toiles narratives de grand format, peintes pour le Salon (où elles seront souvent remarquées), dont le Temps passé de 1884 et Le chasseur fantôme de 1888, œuvre la plus connue de Blair Bruce.

Aussi impressionnants que soient ces tableaux, Tobi Bruce met de l’avant dans l’exposition que Bruce était « au sommet de son art quand il n’était pas préoccupé par les attentes du monde de l’art français, mais en communion directe avec la nature, peignant en plein air dans un champ, une forêt ou au bord de la mer ». 


 

William Blair Bruce, L’intérieur de la forêt, Grez (1893), huile sur toile, 27,2 x 35,3 cm. Fondation Bruce, Gotland

Blair Bruce a travaillé en parallèle tout au long de sa carrière à un corpus d’œuvres réalisées en extérieur, s’intéressant tout particulièrement au rendu de la lumière. La meule, toile de 1883 peinte entièrement au clair de lune (et refusée par le Salon), ainsi que L’intérieur de la forêt, Grez de 1893, écran d’arbres et de lumière filtrée, en sont des exemples remarquables.

L’exposition culmine avec un choix d’œuvres peintes alors que Blair Bruce vivait à Gotland où, comme le dit  Tobi Bruce, « tout était réuni pour lui ». Profondément inspiré par le paysage marin, la lumière changeante et les conditions atmosphériques de la Baltique, Blair Bruce y a peint des œuvres comme Coucher de lune, Brucebo (v. 1900–1906).  De telles peintures semblent nous interpeller au-delà du temps et de l’espace, résonnant puissamment chez le public d’aujourd’hui.


 

William Blair Bruce, Coucher de lune, Brucebo (v. 1900–1906), huile sur toile, 73,2 x 92,3 cm. MBAC

Blair Bruce, malheureusement, est mort prématurément à l’âge de 47 ans. Toutefois, sa famille a fait don d’une importante collection de ses tableaux à la Ville de Hamilton en 1914, ce qui sera à l’origine de l’Art Gallery of Hamilton, qui fête cette année son centenaire.

« Il serait fascinant de savoir quelle orientation aurait pris sa pratique », conclut Tobi Bruce. Ce qu’il nous reste, malgré tout, est l’histoire d’une vie fascinante et une œuvre brillante. 

Into The Light: The Paintings of William Blair Bruce (18591906) est à l’affiche de l’AGH jusqu’au 5 octobre 2014. Outre Coucher de lune, Brucebo, d’autres œuvres ont ét prêtées pour l’occasion par le MBAC, dont Les charrons, de 1894 et Study for Summer Day [Étude pour Jour d’été], de 1889.


Par Robyn Jeffrey| 25 août 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Robyn Jeffrey

Robyn Jeffrey

Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

Partagez cette page

Ajouter un commentaire

Commentaire

HTML autorisé : <b>, <i>, <u>

Commentaires

© 2013 Le Musée des beaux-arts du Canada. Tous droits réservés.

 2014