Aganetha Dyck: des adieux émouvants à la Tom Thomson Gallery

Par Shannon Moore le 28 septembre 2015

 

Aganetha Dyck, Arrival [L’arrivée] (2006–2007), tableau en céramique modifié par des rayons d’abeilles mellifères, 25,4 x 30,5 x 15,2 cm (approx.). Photo : Peter Dyck. Avec la permission de la Michael Gibson Gallery, London, Ontario

Les adieux ne sont jamais faciles, mais l’artiste canadienne Aganetha Dyck a trouvé un moyen éloquent d’en faire d’inoubliables.

Pendant plus de 20 ans, Aganetha Dyck a invité des abeilles à miel à produire avec elle des créations uniques et saisissantes. Ayant malheureusement développé une allergie mortelle à leur contact, elle a cependant dû cesser cette collaboration. L’exposition de la Tom Thomson Gallery Denouement: Memories of the Hive [Dénouement. Souvenirs de la ruche] rend hommage à Aganetha Dyck et à cette étonnante collaboration. « C'est une exposition à la gloire des abeilles, indique Aganetha Dyck dans une entrevue avec Magazine MBAC. C’est un adieu à un travail direct avec certains des plus importants pollinisateurs du monde. »

Née au Manitoba en 1937, Aganetha Dyck a grandi dans une communauté mennonite et réalisé ses premières œuvres dans des centres d’art locaux en 1972 avant d’étudier l’histoire de l’art à l’Université de Winnipeg de 1980 à 1982. Si ses premières œuvres font appel à toutes sortes de procédés, le travail avec des abeilles se révèle néanmoins une vocation. Elle remporte le Prix de distinction en arts du Manitoba en 2006 et le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques en 2007. La collection du Musée des beaux-arts du Canada abrite plusieurs de ses sculptures avec rayons de miel dont deux acquisitions récentes, Tout près d’elle (2007) et Reine (2007), actuellement exposées dans les salles d’art contemporain du Musée.

Cette exposition singulière explore une pratique artistique qui consiste à placer dans des ruches des objets trouvés, tels des souliers ou des figurines de porcelaine, puis à assister à leur métamorphose à mesure que les abeilles fabriquent leurs rayons. Des nourrisseurs (ou cadres) provenant du rucher de l’apiculteur Phil Veldhuis sont disposés à côté de The Last Canvases [Les dernières toiles] (2011–2012) comme autant d’installations murales. « Les cadres sont la clé de voûte de l’exposition. Ils témoignent du labeur et du travail en coulisses que personne ne voit jamais, explique pour Magazine MBAC Virginia Eichhorn, commissaire de l’exposition et conservatrice de la Tom Thomson Gallery. Ils sont vraiment stupéfiants et incitent à la réflexion, voire à la méditation. » 


 

Aganetha Dyck, Feeder Boards [Nourrisseurs] (1995-2012), bois et cire, 50,8 x 40,6 x 0,63 cm. Photo : William Eakin. Collection de l’artiste du rucher de Phil Veldhuis Apiaries, Starbuck, Manitoba

« J’aimerais que les gens réfléchissent aux marques que laissent les abeilles sur les nourrisseurs, ajoute Aganetha Dyck. Je vois les marques des rayons comme d’éventuels codes à déchiffrer, de possibles messages des ruches. »

Les visiteurs pourront aussi admirer le tableau en céramique Arrival [L’arrivée] (2006–2007) et une tenue d’apiculteur que l’artiste et son assistante Megan Krause ont cousu à partir de vieilles couvertures de ruches, de toile, de nid d’abeille et de fil de lin. « Pour moi, note Virginia Eichhorn, ce vêtement est un tribut d’Aganetha aux apiculteurs qui ont eu une extrême importance pour son art pendant toutes ces années. Non seulement ont-ils aidé Aganetha, mais ils ont entouré les abeilles elles-mêmes de beaucoup de soins et d’amour. »

L’exposition se penche également sur le profond intérêt de l’artiste pour la santé des abeilles mellifères. La population de ces insectes petits, mais puissants, a considérablement chuté ces dernières années, amenant son lot de questions sur l’existence même d’une vie terrestre sans leur présence. « La disparition des abeilles et l’impact de cette disparition est un immense problème environnemental, note Virginia Eichhorn. L’exposition est une façon formidable de rappeler le genre de communication et d'interaction concertée qui accompagnent le traitement respectueux d’autres espèces. »

« J’espère que les gens comprendront l’importance du travail des abeilles mellifères ainsi que la force et la beauté de leurs rayons de miel, ajoute l’artiste. J’espère aussi que l’exposition démontrera mon intérêt pour le pouvoir du petit dans notre environnement global. »


Aganetha Dyck, Feeder Boards [Nourrisseurs] (1995-2012), bois et cire, 50,8 x 40,6 x 0,63 cm. Photo : William Eakin. Collection de l’artiste du rucher de Phil Veldhuis Apiaries, Starbuck, Manitoba

La qualité la plus intéressante de l’exposition est peut-être son émotion sous-jacente mais bien réelle. Virginia Eichhorn précise : « Aganetha fait toujours un merveilleux travail, mais l’exposition est particulièrement poignante. Je crois que si elle l’avait pu, elle aurait continué à travailler avec des abeilles jusqu’à la fin de sa vie. »

Aganetha Dyck affirme : « Ça n’a pas été facile de préparer cette exposition. J’ai été très triste de travailler sans mes abeilles et il m’a fallu beaucoup du temps pour comprendre que j’étais seule, que l’énergie que je partageais avec elles avait disparu. »

L’artiste ne prévoit cependant pas fermer les portes de son cœur ou de sa maison aux abeilles : « Je crée en ce moment une série de serre-livres pour rassembler ma collection de livres sur les abeilles. Je cherche aussi un moyen de travailler avec elles à distance. »

En attendant, l’exposition est une façon pour Aganetha Dyck — et pour ses admirateurs — de dire merci et au revoir. Salut les abeilles. Adieu.

Denouement: Memories of the Hive est à l’affiche à la Tom Thomson Gallery d’Owen Sound, en Ontario, jusqu’au 10 janvier 2016.


Par Shannon Moore| 28 septembre 2015
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

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Shannon Moore est une journaliste d’Ottawa spécialisée en art et architecture.

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