Conversation au-delà des siècles : Témoin – Art canadien de la Première Guerre mondiale

Par Robyn Jeffrey le 20 août 2014

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S. Chatwood Burton, La chute (1918). © Collection Beaverbrook d’art militaire, Musée canadien de la guerre, Ottawa, Ontario, 19850327-024

Les traits sont énergiques. Une série de gribouillis et de brefs tirets qui représentent ce qui pourrait facilement être confondu avec un site de camping. Mais il s’agit d’une esquisse de 1917 qui illustre les tentes-hôpitaux près de la crête de Vimy, là où des combats sanglants ont été livrés pendant la Première Guerre mondiale.

Dessiné par le capitaine Geoffrey d’Easum, artiste soldat et aumônier, c’est l’une des pièces révélatrices et souvent « coup de poing » présentées dans Témoin  – Art canadien de la Première Guerre mondiale. À l’affiche actuellement au Musée canadien de la guerre à Ottawa, Témoin illustre comment les Canadiens ont traduit leurs expériences de la Première Guerre mondiale en art, comme artistes de guerre officiels ou simples soldats. 

« Nous ne pouvons remonter cent ans dans le temps et rencontrer les gens qui étaient là pendant les batailles de la Première Guerre mondiale », affirme Laura Brandon, l'historienne principale du Musée derrière Témoin. « Mais nous pouvons étudier ces dessins », ajoute-t-elle, en faisant référence à La crête de Vimy vue depuis la vallée de la Souchez, d’Easum, et à d’autres œuvres de l’exposition. « Ils nous transportent dans un lieu et une époque d’une façon qui se rapproche, en un sens, d’une conversation avec quelqu’un qui était là. » 

Le capitaine George Sharp, un autre artiste soldat, était aussi sur place. L’auteur au travail, autoportrait fantaisiste de cet architecte de formation, le montre dans un bunker entouré de rats mal intentionnés, buvant du rhum. Comme de nombreux artistes soldats, Sharp communique avec sa famille par le truchement de l’art. « C’est le type d’image que l’on peut envoyer à la maison, qui explique “Oui, je suis en Europe; c’est la guerre, mais je vais bien”, explique Brandon. Mais c’est aussi un compte rendu d’une expérience que l’artiste voulait partager. » 

En effet, tant les artistes soldats que les artistes officiels travaillant pour le Fonds de souvenirs de guerre canadiens créaient des œuvres qui, comme le rappelle Brandon, « rapportaient la guerre au Canada ». Il n’est donc pas étonnant que les images de cette expérience soient parfois brutales. Dans sa toile The Sunken Road [La route en contrebas], Frederick Varley, qui fera partie du Groupe des Sept, peint les membres décédés d’une équipe d’artilleurs allemands. Varley, devenu peintre de guerre officiel en 1918, était convaincu que les Canadiens restés au pays devaient voir la réalité de la guerre pour en mesurer l’horreur. 

D’autres ont choisi de ne pas peindre les terribles choses qu’ils ont vues, comme A.Y. Jackson, aussi du Groupe des Sept, blessé puis nommé artiste de guerre. « Il les a principalement reconstituées dans l’iconographie du paysage », souligne Brandon. La peinture du village français en ruines de Riaumont est l'un des nombres paysages évocateurs dans Témoin qui rendent compte avec justesse de la destruction et des répercussions de la guerre.

L’exposition comprend également deux œuvres de la collection du Musée des beaux-arts du Canada, toutes deux de la main de David Milne. L’artiste a peint les deux tableaux, Cratère Montréal, crête de Vimy et Tanks en ruines aux abords de Monchy-le-Preux, 24 mai 1919 après la guerre pour le Bureau canadien des archives de guerre. Comme Jackson, toutefois, Milne était aussi soldat pendant la guerre et il a réalisé des scènes racontant la vie de camp.

Parmi les autres œuvres qui se distinguent, notons des représentations de l’expérience du front intérieur d'un bout à l’autre du pays: le tableau L’Olympic, chargé de soldats de retour dans le port d’Halifax, d’Arthur Lismer; la peinture Femmes fabriquant des obus, de l’artiste montréalaise Mabel May représentant une fabrique de munitions; et Exploitation forestière d’épinettes pour avions en C.-B., de Charles W. Simpson. Cette dernière œuvre, une immense toile que Brandon compare à un « décor de théâtre » encadré par des arbres, n'a pas été exposée depuis des décennies.

L’œuvre la plus frappante, toutefois, est une toile beaucoup plus petite. The Fall [La chute] montre un pilote allemand qui saute d'un avion en feu, ses bras levés reprenant la forme des flammes. C’est, comme le dit Brandon, une huile « qui fait froid dans le dos », parce que nous savons que les pilotes n’avaient pas de parachute. Peinte par l’artiste soldat S. Chatwood Burton, The Fall a appartenu au vice-maréchal de l'Air canadien, Clifford McEwen. On ignore toutefois si McEwen a été témoin de l’incident illustré, ni pourquoi il a conservé la toile dans sa collection particulière. « Un tel état de fait illustre la complexité que représente maintenant la Première Guerre mondiale, quand il ne reste personne pour en parler directement, dit Brandon. Nous ne pouvons que nous adresser à ce qui est ici, devant nous. » 

Provoquant réflexion et discussion, Témoin Art canadien de la Première Guerre mondiale est à l’affiche au Musée canadien de la guerre à Ottawa jusqu’au 21 septembre 2014, en même temps que Transformations  –  A. Y. Jackson et Otto Dix.


Par Robyn Jeffrey| 20 août 2014
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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