Copier-coller : Collages. Gestes et fragments au Musée d’art contemporain de Montréal

Par Lisa Hunter le 24 février 2014

Louis-Philippe Côté, Data (1996–2013), 30 collages sur papier, 33 x 25,5 cm chacun. Collection de l’artiste. Avec l’aimable permission de la Galerie Simon Blais

À l’instar de la peinture abstraite ou des vers libres, le collage est l’une de ces formes d’art qui semblent toujours d’une simplicité trompeuse. Après tout, n’importe quelle femme au foyer est capable de découper et de coller des images de magazines pour son album-souvenir, non ? Mais alors, comment expliquer que certains collages soient définis comme de l’« art » ? La nouvelle exposition du Musée d’art contemporain de Montréal (MACM), Collages, propose quelques réponses étonnantes.

Comme le souligne la commissaire Lesley Johnstone, le collage est la forme ultime du grand art et de l’art populaire. Comme la musique hip-hop, il échantillonne la culture populaire. Ce que faisaient bien sûr des lettrés de haut vol, par exemple James Joyce, ou des artistes tels que Picasso ou Warhol. Le collage doit ses lettres de noblesse à l’intelligence de sa conceptualisation. Pour parler comme les décorateurs d’intérieur : tout est dans l’agencement.

Collages illustre en premier lieu la grande fluidité de l’idée du collage. Celui-ci peut être à deux ou à trois dimensions, personnel ou politique. Il peut être une œuvre de David Elliott qui, de loin, ressemble à un copier-coller mais qui se révèle être une peinture. Ou des découpages de Hajra Waheed ou de Paul Butler. Ou encore une sculpture, par exemple Prop  de Trevor Mahovsky et Rhonda Wheppler. Le collage est moins défini par l’objet en soi que par le processus de réflexion qui l’alimente.

Le collage est en réalité l’une des formes artistiques que je préfère car il permet une compréhension extrêmement directe de la vision du monde d’un artiste. Comme il utilise un genre d’images que nous connaissons déjà, nous « avons » les références sans avoir besoin des notes de bas de page mais le sens général peut néanmoins rester mystérieux. Prenons Data, de Louis-Philippe Côté, une œuvre qui juxtapose l’image d’une belle statue gréco-romaine classique, celle d’une pin-up des années 1940, une photo sexuellement suggestive d’un tunnel et, on se demande bien pourquoi, l’image d’une chèvre. L’ensemble nous est étrangement familier, et malgré tout insaisissable. J’ai eu du mal à en détourner le regard.

Luanne Martineau, The Lack of it the Dreams (2013), papier chiffon, papier fait main, colle et ruban adhésif, 266 x 202 cm. Photo : Richard Max-Tremblay. Avec l’aimable permission de Trépanier Baer, Calgary

Ce collage m’a rappelé un séminaire de Téléfilm auquel j’ai participé il y a deux ou trois ans. À cette occasion, tous les cinéastes s’étaient pliés au test de personnalité Myers-Briggs. Au début j’ai cru que c’était une épreuve absurde qui jouait la carte de l’émotion, mais les résultats ont été impressionnants. L’une des quatre qualités que mesure ce test est la capacité intuitive de faire des liens et des associations à partir de choses apparemment isolées. Environ dix pour cent seulement de la population possèderait cette qualité. Toutefois, les organisateurs ont affirmé qu’ils n’avaient jamais vu un seul écrivain ou réalisateur qui ne rentrait pas dans ce groupe depuis qu’ils animaient ces séminaires. Et ils ont dit : « Voilà pourquoi votre public ne comprend pas certaines choses qui vous semblent pourtant à vous parfaitement claires. »

L’étudiant de premier cycle qui doit analyser un poème ou un tableau peut évidemment penser que la combinaison de références en libre association ressemble à une sorte de code secret intellectuel. Mais les créatifs voient essentiellement la vie comme un super kaléidoscope hip-hop. Les artistes ne peuvent pas s’empêcher de voir des connexions et des réseaux. Collages nous donne un aperçu de ce sentiment.

Pour compléter cette exposition sous une forme cinématographique, le MACM propose The Clock de Christian Marclay, une installation vidéo synchronisée sur le temps réel qui ponctue chaque minute d’une journée de 24 heures en utilisant des milliers de séquences de films contenant une référence au temps. Pour de plus amples renseignements sur cette œuvre primée, voir l’article du MBAC ici.

Collage : gestes et fragments est à l'affiche au Musée d’art contemporain de Montréal jusqu'au 27 avril 2014. The Clock sera présentée jusqu'au 20 avril 2014.


Par Lisa Hunter| 24 février 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Lisa Hunter

Lisa Hunter

Lisa Hunter est une scénariste et journaliste culturelle de Montréal. Son livre, The Intrepid Art Collector, a été publié par Three Rivers/Random House Canada.

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