Coups de cœur en rafale. La beauté du geste

Par Lisa Hunter le 24 juillet 2014

  

Betty Goodwin, Red Sea (1984), pastel à l'huile, pastel sec, huile et fusain sur papier vélin, 304,8 x 213,3 cm. Don de monsieur Charles S.N. Parent. Collection Musée d'art contemporain de Montréal. Photo : Richard-Max Tremblay. Avec l'aimable permission de Gaétan Charbonneau

Il en va sans doute du désir impérieux de bâtir un musée comme de l’élan artistique : la volonté de créer quelque chose de beau et de réfléchi, voire d’immortel.

Comme le souligne la conservatrice du Musée d’art contemporain de Montréal (MACM), Josée Bélisle, le MACM est « un pur produit de la Révolution tranquille ». Il y a cinquante ans, la société québécoise toute entière s’est libérée de son carcan et chacun, partout, s’est demandé ce que signifiait plonger dans la nouveauté et la modernité. En plein cœur de cette ferveur idéaliste, une poignée d’artistes ainsi que des collectionneurs, des galeries et une fondation ont offert une centaine d’œuvres qui ont constitué le noyau de la collection du premier musée canadien exclusivement consacré à l’art contemporain.

Aujourd’hui, la collection du MACM abrite près de 8 000 œuvres d’art dont près de la moitié sont, malgré toutes ces années, des dons privés. Pour fêter ce patrimoine et souligner 50 années de générosité, le MACM a réuni 200 de ces œuvres gracieusement offertes pour sa nouvelle exposition, La beauté du geste. Le résultat ? Le sentiment d’avoir accès à une remarquable collection particulière – une collection qui aurait été assemblée par des lanceurs de tendances perspicaces, qui auraient acheté les artistes les plus stylés de chaque décennie.  


  

Rafael Lozano-Hemmer, Pulse Room (détail), 2006, 300 ampoules incandescentes, contrôleur de voltage, ordinateur, câblage, capteurs de fréquence cardiaque et support en acier inoxydable, 1/1, 3 x 10 x 10 m (dimensions variables selon le lieu d'exposition). Don anonyme. Collection Musée d'art contemporain de Montréal. Montré ici : Fábrica La Constancia, Plataforma, Puebla, Mexico. Photo : Alejandro Biazquez, avec l'aimable permission de l'artiste

La beauté du geste occupe presque tout le MACM, y compris son Jardin de sculpture et son toit, et sa trame chronologique couvre bien des principaux mouvements et tendances artistiques de chaque décennie de l’après-guerre. Art abstrait, Pop Art, mouvement plasticien, photographie, vidéo – rien ne manque. La présentation met en lumière les liens esthétiques entre les artistes, et le visiteur ne peut manquer, à la façon dont les œuvres se côtoient, de voir quelles ont été leurs influences réciproques et comment chacun a pu aborder des notions semblables. Si l’un de vos amis jure ne rien comprendre à l’art comprendre, emmenez-le visiter cette exposition. Son ciel commencera soudain à s’éclaircir. 

Du Québec sont exposés les incontournables de l’après-guerre, notamment des œuvres abstraites de Jean Paul Riopelle et une toile plasticienne graphique et colorée de Guido Molinari, toutes deux placées dans un contexte international. Et pas n’importe lequel : Charles Daudelin, Paul-Émile Borduas, Alfred Pellan, David Altmejd, Nicolas Baier, Geneviève Cadieux, Pierre Dorion, Betty Goodwin, Pascal Grandmaison, Kent Monkman, Irene F. Whittome, Louise Bourgeois, Anselm Kiefer, Nam June Paik, Giuseppe Penone, Antoni Tàpies ...

L’exposition est aussi le bottin mondain des 50 dernières années : tout y est, depuis une œuvre textile d’Hans (Jean) Arp animée par des masses flottant librement jusqu’aux plans du projet d’emballage de l’École militaire de Christo, à Paris. Parmi les œuvres les plus récentes, citons une installation vidéo d’Eve Sussman et des photos à grande échelle de bateaux et de paysages industriels prises par Edward Burtynsky. Tous les mouvements qui ont fait vibrer la scène artistique au fil des années ont leur place ici.


 

Spencer Tunick, Montréal 2 (2001), épreuve à développement chromogène scellée entre deux plexiglas, 1/6, 179,8 x 226,5 cm. Don de madame Sandra Grant et de monsieur Gilles Marchand. Collection Musée d'art contemporain de Montréal. Photo : Richard-Max Tremblay. Avec l'aimable permission de l'artiste

Les choix incroyablement audacieux des mécènes du musée ne manquent pas d’étonner. Voilà des gens qui collectionnaient des photos à une époque où la vieille garde se demandait si la photographie était vraiment un art. Qui n’ont pas reculé devant l’Art abstrait ou l’Art conceptuel. Et qui ont su franchir la barrière des belles images de l’art traditionnel. Montréal 2, de Spencer Tunick, est une immense photo plutôt déroutante de corps nus entassés dans la rue. Et la Chaise électrique d’Andy Warhol est plus difficile à aimer que ses images de fleurs ou sa représentation de Marilyn.

La beauté du geste est à l’image de ses donateurs, et c’est tout l’intérêt de cette exposition. Aucune œuvre n’a été collectionnée selon un plan directeur. Les donateurs n’ont pas essayé de remplir les « trous » d’un quelconque survol de l’histoire de l’art. Ils sont tout simplement tombés amoureux d’œuvres qu’ils ont voulu partager. Chaque œuvre a été un coup de cœur.

La beauté du geste : 50 ans de dons est à l’affiche du Musée d’art contemporain de Montréal jusqu’au 7 septembre 2014.


Par Lisa Hunter| 24 juillet 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Lisa Hunter

Lisa Hunter

Lisa Hunter est une scénariste et journaliste culturelle de Montréal. Son livre, The Intrepid Art Collector, a été publié par Three Rivers/Random House Canada.

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