Cynthia Girard: Unicorns and Dictators à l’Esker Foundation Contemporary Art Gallery

Par Robyn Jeffrey le 12 août 2014

  

Cynthia Girard, vue de l’installation Unicorns and Dictators [Licornes et dictateurs], Esker Foundation 2014. Photo : John Dean

Tous les ans, après un long hiver, les villes canadiennes secouent leur léthargie au début de l’été et leurs rues apathiques deviennent en un instant des marchés effervescents et des festivals en plein air grouillants de monde.

Des échos de cette ambiance « carnavalesque » résonnent dans l’actuelle exposition de l’Esker Foundation Contemporary Art Gallery de Calgary, Cynthia Girard: Unicorns and Dictators  [Cynthia Girard. Licornes et dictateurs], qui regroupe une série de tableaux, sculptures de papier mâché, bannières et autres œuvres à première vue fantaisistes de cette artiste de Montréal.

Présentées sur des échafaudages qui occupent toute la hauteur de l’espace d’exposition, les œuvres de Cynthia Girard nous plongent dans un univers couleur bonbon d’oiseaux, d’animaux et de slogans. Toutefois, comme l’a noté dans une récente conversation avec Magazine MBAC Naomi Potter, commissaire de l’exposition et directrice de l’Esker Foundation, ce travail contient une importante charge politique et sociale.

 

Cynthia Girard, Le gendarme / The Policeman (2014), acrylique sur lin, 182 x 152 cm. Photo : Guy L'Heureux

Prenons par exemple Le gendarme / The Policeman. Si cette peinture évoque une figure d’autorité qu’il serait facile d’associer à un état policier militarisé, le gendarme au nez en forme de phallus est représenté comme une figure cubiste. « Elle enlève [à ces figures] leur pouvoir en en faisant des personnages drolatiques », note Naomi Potter en ajoutant que si le gendarme a toujours sa matraque, il ne peut plus l’utiliser puisque ses mains se disloquent.

Ici comme dans beaucoup d’autres de ses peintures, Cynthia Girard situe son gendarme dans un jardin abstrait extrêmement stylisé. Ce décor typique pousse Naomi Potter à croire que cette démarche artistique peut être vue comme du théâtre de rue, c’est-à-dire un art souvent politisé qui marie parfois spectacle et protestation. Elle explique : « Les trois éléments du théâtre de rue sont l’intrigue de la pièce, le décor et les personnages. »

 

Cynthia Girard, Fraternité (2013), acrylique sur lin, 150 x 180 cm. Photo : Guy L'Heureux

L’un des personnages ou motifs récurrents de l’univers de Cynthia Girard est la licorne. Souvent représentée dans la mythologie et dans les tapisseries médiévales comme un animal insaisissable, la licorne est associée à un rêve irréalisable, à une utopie. Naomi Potter précise : « C’est un animal auquel nous donnons des pouvoirs magiques, mystiques, avec lequel nous voulons tous entrer en relation, mais il est fugace et ne se laisse voir que de loin. » Les licornes des tableaux réunis pour cette exposition incarnent des valeurs idéales — mais parfois aussi, inatteignables — que les gens recherchent depuis la nuit des temps : fraternité, justice, paix, égalité, liberté. Bien qu’elles fassent manifestement référence à la Révolution française, ces œuvres renvoient aussi à des événements plus contemporains. Ainsi, la Fraternité aux motifs rose et arc-en-ciel est un clin d’œil aux émeutes de Stonewall datant de la fin des années 1960.

L’artiste rend aussi hommage aux luttes pour les droits civils et humains dans une série de bannières fortes qui reprennent les mots et les ressemblances de certaines figures historiques, par exemple Rosa Luxemburg et Hannah Arendt : des gens qui, selon elle, ont été « en avance sur leur époque ». Ce qui ne l’empêche pas de s’inspirer d’artistes contemporains et de solliciter la participation de David Altmejd, Julie Doucet, le groupe Épopée, Henry Kleine et Noémi McComber — tous connus pour leur art souvent engagé, politique et intelligent. En ajoutant leurs voix à l’exposition, elle fait en sorte que celle-ci puisse devenir « un lieu de discussion », comme le note Naomi Potter en ajoutant que celle-ci n’est pas « fixe et immuable » et qu’elle a le potentiel de devenir un « espace productif ».  

 

Détail de David Altmejd, Untitled [Sans titre] (2013), résine, argile époxyde, peinture acrylique, cheveux synthétiques, brillants, yeux de verre, améthyste, quartz, coquimbite, acier, 89  x 64 x 20 cm. Collection Claridge. Photo : John Dean

Cette démarche semble conforme à la propre approche de présentation de l’art de l’Esker Foundation. Naomi Potter explique que sa collègue conservatrice Shauna Thompson et elle-même réfléchissent depuis l’inauguration de cette galerie ultramoderne de plus de 1 000 m2, en 2012, à l’idée d’« expositions conçues comme des conversations. Quels artistes pouvons-nous réunir qui n’aient pas encore forcément été présentés ensemble ? » La galerie présente en parallèle une exposition consacrée à Beth Stuart, une artiste dont la pratique se démarque de celle de Cynthia Girard même si toutes deux semblent partager une même sensibilité. Comme le constate Naomi Potter : « En tant qu’observateurs, nous pouvons prendre à un artiste ce qui nous avons appris d’un autre artiste. »

Cynthia Girard: Unicorns and Dictators [Cynthia Girard. Licornes et dictateurs] et Beth Stuart: Doubting Thomas [Beth Stuart. Thomas l’incrédule] sont à l’affiche de l’Esker Foundation Contemporary Art Gallery de Calgary jusqu’au 7 septembre 2014.


Par Robyn Jeffrey| 12 août 2014
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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