Deux regards – Les photographies d’Ansel Adams et de Leonard Frank au Musée canadien de la guerre

Par Robyn Jeffrey le 17 décembre 2013

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Ansel Adams, Entrée de Manzanar, Centre de réinstallation de Manzanar (1943). Gracieuseté de la Library of Congress, Prints and Photographs Division, LOC-DIG-ppprs-00286

À première vue, les images d’Ansel Adams présentées au Musée canadien de la guerre sont des œuvres typiques de ce maître américain de la photographie de paysages sauvages. Mais si les chaînes de montagnes à pic, l’un de ses sujets préférés, s’imposent dans plusieurs clichés noir et blanc aux reflets argentés, les baraquements alignés en bordure de plusieurs images et des titres tels que Manzanar from guard tower, view west (Sierra Nevada in background) [Vue de Manzanar depuis le mirador (Sierra Nevada à l’arrière-plan)] laissent à penser que la nature sert uniquement de décor à un récit différent.

L’exposition Deux regards – Les photographies d’Ansel Adams et de Leonard Frank examine l’approche de deux photographes, l’un américain et l’autre canadien, qui ont témoigné du vécu des Américains et des Canadiens d’origine japonaise déplacés de force pendant la Seconde Guerre mondiale. Organisée par le Nikkei National Museum de Burnaby, en Colombie-Britannique, elle coïncide avec le 25e anniversaire des excuses officielles présentées par les États-Unis et le Canada aux citoyens d’origine japonaise pour le traitement qu’ils ont subi pendant et après la guerre.

Ansel Adams, dont plusieurs œuvres emblématiques telles que Lever de lune, Hernandez, Nouveau-Mexique font partie de la collection du MBAC, a été tellement indigné par la politique du gouvernement américain à l’égard des Américains d’origine japonaise qu’il s’est rendu plusieurs fois en Californie, à ses frais, au Manzanar War Relocation Center ou camp d’internement de Manzanar. Sur place, il a documenté bien sûr la sinistre réalité, mais aussi la résilience de ces 10 000 Sino-américains internés qui cultivaient la terre, jouaient au base-ball et, parfois, souriaient avec fierté.

Comme l’a récemment expliqué à Magazine MBAC Amber Lloydlangston, historienne adjointe, Art et Guerre, au Musée canadien de la guerre, les gestes posés par Adams étaient inhabituels à cette époque : « On entendait très peu de commentaires directs sur le déplacement forcé des Américains ou des Canadiens d’origine japonaise. » Selon elle, Adams voulait montrer que les Sino-américains étaient de « bons citoyens américains » — parfois au point de refuser de les photographier lorsqu’ils portaient des tenues japonaises ou pratiquaient des activités japonaises.

Adams a parcouru en tous sens le camp de Manzanar, il a pénétré dans les maisons des détenus et a produit des photos qui expriment une approche que plusieurs ont qualifiée d’intimiste et d’humaine. La démarche du photographe canadien Leonard Frank, engagé par la British Columbia Security Commission pour documenter le déplacement forcé des Canadiens d’origine japonaise vivant sur la côte de la Colombie-Britannique, est cependant différente.

Les clichés de Frank saisissent souvent les conditions de vie imposées à cette population déplacée, par exemple les bâtiments massifs de Hastings Park, à Vancouver, qui ont servi de lieux de détention. Ses images sont généralement vides de toute présence humaine et son travail a parfois été critique comme « clinique » mais, comme le souligne Amber Lloydlangston, ses photos n’en possèdent pas moins une force certaine. Par exemple, Bâtiment K, le dortoir des hommes (anciennement le Forum) et ses rangées de paillasses dures, ou encore Building B, baggage room (formerly the Horse Show building) [Bâtiment B, la salle des bagages (anciennement la salle des manifestations équestres)], avec son éclairage aveuglant  et ses bagages abandonnés, sont pour elle des images émouvantes qui racontent avec force l’expérience qui a modifié le cours de la vie de 22 000 Canadiens d’origine japonaise.

En invitant ses visiteurs à réfléchir aux éléments présents et absents des photos, l’exposition Deux regards renforce sa profondeur— et son importance.

Deux regards – Les photographies d’Ansel Adams et de Leonard Frank est à l’affiche du Musée canadien de la guerre, à Ottawa, jusqu’au 23 mars 2014.


Par Robyn Jeffrey| 17 décembre 2013
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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