Éclats de rire. La comédie rencontre la tragédie à la Dunlop Art Gallery

Par Ariana Armstrong le 30 juillet 2014

  

Michel de Broin, Objet perdu (2003–2013), caoutchouc, pompe, contrôleur, tuyau, filage, poudre de talc, dimensions variable. Photo :  permission de l’artiste

Imaginez un tube de caoutchouc gonflable d’un peu plus d’un mètre de long qui sort d’une ouverture percée dans un mur quand la pièce est vide et qui rentre se cacher dans son trou quand une visiteur s’approche pour l’examiner.

« C’est une œuvre visuelle qui se cache quand on veut la voir, ce qui est un aspect amusant ou paradoxal de la chose, note Blair Fornwald, conservatrice adjointe à la Dunlop Art Gallery de Regina. Autant essayer d’attraper une souris. » 

Cette sculpture animée intitulée Objet perdu (2003–2013) figure parmi d’autres de Michel de Broin, lauréat du prix Sobey pour les arts de 2007, réunies pour Tragedy Plus Time [La tragédie, plus le temps]. Actuellement à l’affiche à la Dunlop Art Gallery, cette exposition explore le point de jonction entre la comédie et la tragédie en proposant des œuvres qui font appel à des procédés allant de la vidéo et de la photographie à la peinture et la sculpture, sans oublier la performance, les enseignes ou les textiles. Objet perdu, qui n’est pas sans évoquer un certain organe reproducteur, exprime un humour suggestif malgré sa dimension tragique. « Il se comporte comme s’il avait honte d’être vu », ajoute Blair Fornwald.

Un grand nombre d’œuvres de Tragedy Plus Time utilisent l’humour pour aborder des sujets graves et les sentiments qui y sont associés. Blair Fornwald explique : « L’exposition analyse la fonction publique de l’humour comme stratégie d’adaptation. » De la naissance à la mort et après la mort, du capitalisme à la pauvreté et à l’identité sociale, rien n’est interdit et la diversité des sujets reflète la variété des formes d’humour. « Certaines se rapprochent de la limite tragique du registre tandis que d’autres se rapprochent de sa limite comique. »


 

Mark Clintberg, Not over you [C'est fini entre nous] (2014), lettres, luminaires-rubans DEL, système de montage [177,8 X 157,5 cm]. Commandé par la Regina Public Library et par la Dunlop Art Gallery, 2014. Photo : Eagleclaw Thom

Not over you [C'est fini entre nous] (2014), une enseigne illuminée dont les lettres blanches lumineuses composent l’expression « NOT OVER YOU », se situe à peu près à mi-chemin de ce registre. Fixée au toit de la bibliothèque publique de Regina, elle propose un jeu de mots subtil sur les états physiques et mentaux. Non seulement communique-t-elle un sentiment de désir mais, contrairement à ce qu’elle affirme, elle est littéralement au-dessus des visiteurs.

Cette œuvre de Mark Clintberg, un artiste représenté dans la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada, a été commandée précisément pour l’exposition. Elle illustre parfaitement la démarche de cet artiste qui exprime souvent des pensées d’ordre intime dans des textes exposés dans des lieux publics.

Blair Fornwald précise : « Elle est plutôt discrète le jour, mais la nuit elle brille comme la lune. Je crois qu’il s’agit d’un commentaire sur les relations humaines, l’espace public et les émotions privées – des sentiments qui ne sont normalement pas exprimés en public. »

Tragedy Plus Time explore aussi le lien entre l’humour et la culture. L’œuvre qui décrit peut-être le mieux cette volonté est Wooded Area (2nd View) [Région boisée, 2e vue] (2006), une peinture de Kim Dorland qui décrit une fête d’adolescents dans un secteur boisé de l’Alberta. « Elle exprime et transmet des un humour parce que nous partageons un contexte et une histoire. »


 

Kim Dorland, Wooded Area (2nd View) [Région boisée, 2e vue] (2006), huile et acrylique sur toile sur panneau de bois, 152,4 x 121,9 cm

À l’origine, l’exposition devait être beaucoup plus petite, mais elle s’est considérablement développée à mesure de sa conception. Il s’agit d’ailleurs de la première exposition organisée par l’équipe de conservation de la Dunlop Art Gallery – une équipe composée de Blair Fornwald, Jennifer Matotek et Wendy Peart. L’idée de départ ? L’adage « La comédie, c’est la tragédie plus le temps » attribué à plusieurs comédiens dont Mark Twain, Steve Allen, Carol Burnett, Lenny Bruce et Woody Allen.

L’approche humoristique de Tragedy Plus Time lui permet de rejoindre divers publics. Blair Fornwald explique : « Les artistes utilisent entre autres l’humour pour provoquer le visiteur tout en sollicitant sa participation. Je crois que l’humour peut vraiment être utile pour aborder des traumatismes et des sujets délicats en suscitant un dialogue et une réflexion critique, mais cette forme d’esprit sert aussi à accrocher. »

De toute évidence, Tragedy Plus Time incitera le visiteur à réfléchir, à y regarder à deux fois et, ce qui est peut-être le plus important, à éclater de rire. 

L’exposition est présentée à la Dunlop Art Gallery de Regina jusqu’au 27 août 2014. Pour de plus amples renseignements, veuillez cliquer ici. Majestic (2011), une sculpture monumentale conçue par Michel de Broin à partir de lampadaires déracinés par l’ouragan Katrina qui a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005, peut être admirée en permanence sur la pointe Nepean, derrière le Musée des beaux-arts du Canada.


Par Ariana Armstrong| 30 juillet 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Ariana Armstrong

Ariana Armstrong

Ariana Armstrong possède un baccalauréat avec mention en affaires publiques et gestion de politique, et est actuellement en deuxième année de maîtrise en journalisme à l’Université Carleton. Elle a été stagiaire au magazine Muse et à Global National avant de rejoindre Magazine MBAC.

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