Etienne Zack, le mariage de la réalité et de la fiction

Par Tina Reilly le 19 juillet 2016


Etienne Zack, Double Press [Double presse], 2016, huile sur toile, 269,2 x 188 cm. Avec la permission de l’artiste et de l’Equinox Gallery, Vancouver. Photo : Joshua White

À l’occasion de sa première grande exposition albertaine, Etienne Zack explore la mutabilité de l’information et son traitement par des systèmes de contrôle tels que les gouvernements et les institutions.

Né à Montréal, Etienne Zack vit aujourd’hui à Los Angeles. Depuis le début des années 2000, il a présenté plusieurs expositions personnelles, entre autres au Musée d'art contemporain de Montréal, au Bergen Kunsthall (Norvège) et à l’ARCO Madrid (Espagne). Ses œuvres figurent aussi bien dans les collections de grands musées, dont le Musée des beaux-arts du Canada, que dans des collections d’entreprises et des collections particulières. 

SI l’artiste a jusqu’ici eu tendance à représenter son environnement quotidien, dont des espaces d’atelier, sous la forme de curieuses juxtapositions teintées de références à l’histoire de l’art, sa nouvelle exposition à l’Esker Foundation, à Calgary, marque une nouvelle orientation. En effet, les tableaux et de collages récents (depuis 2013) marient réalité et fiction, leurs descriptions de livres et de documents empilés, intercalés ou sculptés comme des lettres créant des murs, des planchers et des pièces. Intitulée Those lacking in imagination take refuge in reality [Ceux qui manquent d’imagination trouvent refuge dans la réalité], l’exposition analyse à fond les cogitations de l’artiste sur la relation entre l’information et les institutions.


Etienne Zack, Buoyant [Flottant], 2016, huile sur toile, 121,9 x 106,7 cm. Avec la permission de l’artiste et de l’Equinox Gallery, Vancouver. Photo : Joshua White

Naomi Potter, conservatrice de l’Esker Foundation, explique en entrevue avec Magazine MBAC que l’exposition analyse les systèmes de contrôle : « Elle propose une réflexion sur l’architecture et sur le pouvoir institutionnel. Elle repense l’histoire, le texte. »

De son côté, Etienne Zack explique à Magazine MBAC que les œuvres exposées se démarquent de son travail antérieur entre autres parce qu’elles illustrent un processus de recherche continu. « On pourrait dire que, avant, chaque tableau exprimait plus ou moins sa propre recherche. Mais cette nouvelle série s’apparente à un grand projet de recherche dans lequel j’utilise des motifs semblables — des empilages de papiers et de livres —pour mieux sonder quelque chose que je veux saisir. »

Ce « quelque chose », précise-t-il, est la notion de surveillance. L’idée lui est venue lorsque le monde entier a entendu parler d’Edward Snowdon, de WikiLeaks et de Julian Assange : « J’ai commencé à trouver plus logique de poursuivre l’idée de papiers et de textes et de comprendre comment tout cela était lié à la subjectivité de la société à l’égard de l’histoire. » 

Etienne Zack a aussi exploré l’idée de créer un espace au centre de chacune de ses œuvres pour offrir un point d’observation privilégié — une construction intellectuelle imputable, dit-il, au philosophe français Michel Foucault et à son interprétation du panoptique. Selon le modèle panoptique, toute personne placée stratégiquement en un lieu peut observer tout ce qui s’y passe, ce qui lui permet de contrôler des personnes qui ne savent pas si elles sont surveillées ou non. « L’œuvre tient aussi compte de la réalité de ma propre subjectivité à travers ce processus de peinture et d’écriture à l’intérieur des peintures. »


Etienne Zack, Withdrawn Titles [Titres enlevés], 2015, huile sur toile, 121,9 x 106,7 cm. Avec la permission de l’artiste et de l’Equinox Gallery, Vancouver

Etienne Zack cite en exemple Withdrawn Titles [Titres enlevés] (2015) dont le postulat compositionnel semble contenir ou englober quelque chose — excluant ainsi les réalités externes, selon lui. « Dans Withdrawn Titles, le choix des mots vise à établir une sorte de relation avec une quelconque réunion de groupe — une intégration, une sorte de « isme » ou une expérience partagée. » Plusieurs lettres sont couvertes de peinture noire, suspendant ou détériorant ainsi le sens des mots. « On autorise l’écrit à se modifier et à proposer plusieurs sens quand on insère des lettres différentes sur des carrés noirs revisités. »

Buoyant [Flottant] (2016) utilise un langage poétique plus direct : « Je fais quelquefois des listes de mots dans mon atelier et je laisse les mots se glisser dans d’autres mots et créer des sortes de courants ou de boucles de sons et de sens. »

Potter estime que Double Press [Double presse] (2016) est un témoignage de cette nouvelle démarche. Sur cette toile, des motifs typiques de l’artiste tels des tubes fluorescents, des ampoules nues et des fils trouvent leur place au milieu d’un ensemble de livres sculptés sous formes de lettres, faisant office, selon l’artiste, de « système nerveux » de l’œuvre. Selon elle, l’œuvre conserve sa part d’obscurité tout en étant illuminée de l’intérieur et attire l’observateur dans cet autre monde. 

« Selon moi, conclut Potter, l’œuvre de Zack n’offre pas plus une réponse unique qu’elle n’indique ce qu’il faudrait y voir. Elle propose un espace de fiction où personne ne sait ce qui est arrivé. On finit par se demander si l’œuvre est celle d’un fou ou d’un génie. »

Those lacking in imagination take refuge in reality est à l’affiche du 28 mai au 28 août à l’Esker Foundation de Calgary, en Alberta. 


Par Tina Reilly| 19 juillet 2016
Catégories :  Correspondants

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Tina Reilly préside Lightning Media Inc., une entreprise de services de rédaction professionnelle d’Ottawa.

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