Explorer Math + Art au Musée des beaux-arts de Winnipeg

Par Robyn Jeffrey le 07 février 2014

Bertram Brooker, Four Dimensional Cube [Cube en quatre dimensions] (s.d.), encre sur papier. Collection du Musée des beaux-arts de Winnipeg, don de Robert et Margaret Hucal, 2006-85

En voyant un groupe d’étudiants munis de carnets de croquis devant un chef-d’œuvre, quoi de plus naturel que de penser qu’ils travaillent à un dessin. Au Musée des beaux-arts de Winnipeg (WAG), toutefois, il se peut aussi qu’ils soient en train de résoudre un problème de mathématique.

La nouvelle exposition du WAG, Math + Art, traite en effet de la relation fascinante entre deux sujets en apparence bien éloignés. « Une des choses amusantes que nous aimons faire avec notre collection permanente est d’explorer les liens interdisciplinaires », explique Rachel Baerg, éducatrice en art et commissaire de l’exposition.

Basée sur plus de 30 estampes, peintures et sculptures de la collection du WAG, l’exposition porte sur l’utilisation par les artistes de méthodes et principes mathématiques, comme la forme et la dimension, la symétrie et le motif, ou encore la mesure et la numération.

Avec des œuvres d’artistes canadiens et internationaux de renom tels Bertram Brooker, Salvador Dalí, Sol LeWitt, Kazuo Nakamura, Jessie Oonark et Claude Tousignant, l’exposition est fortement ancrée dans l’art du siècle dernier. Comme le souligne Baerg, le XXe siècle est une époque où « les artistes s’affranchissent des conventions traditionnelles de la représentation », et expérimentent avec « l’abstraction géométrique et les théories mathématiques pour explorer de nouvelles manières de voir et d'interpréter le monde ».

Claude Tousignant, Accélérateur chromatique (1968), acrylique sur toile. Collection du Musée des beaux-arts de Winnipeg, acquis avec l’aide du Conseil des arts du Canada, G-77-92

À propos de la toile Accélérateur chromatique, peinte par Claude Tousignant en 1968, par exemple, Baerg remarque que l’artiste a utilisé « des calculs mathématiques très précis pour créer ces bandes concentriques aux contours nets de couleurs alternées, conçues pour provoquer un effet de pulsation. Il qualifie ses tableaux de pure sensation ».

Elle ajoute que des artistes comme Bertram Brooker et Salvador Dalí, outre leur intérêt pour les principes conceptuels et structurels des maths, ont aussi approché la relation entre les philosophies mathématiques et la métaphysique. On retrouve, entre autres, le concept d’une quatrième dimension allant « au-delà de notre connaissance de ce monde comme étant tridimensionnel ». Dans Le désir hyperrationnel (1984), sculpture en verre et métal présentée dans l’exposition, Dalí déconstruit la célèbre sculpture grecque antique, la Vénus de Milo, en pratiquant une ouverture très calculée dans le torse de l’œuvre et en plaçant la tête sur un socle au-dessus d’un cube. « On voit ici une belle illustration de la façon dont les artistes jouent avec notre perception de ce qui est logique et de ce qui ne l’est pas », dit Baerg.

Kelly Mark, Ginger (2000), épreuve couleur sur papier. Collection du Musée des beaux-arts de Winnipeg, acquis avec le soutien du fonds de dotation pour la photographie de la Winnipeg Art Gallery Foundation Inc., 2001-64

L’un des buts premiers de la proposition est d’inviter les étudiants en particulier à penser aux maths et à l’art différemment. « L’objectif était de créer une expérience alternative à l’apprentissage par les livres, et de donner un sens concret aux mathématiques à l’extérieur de la salle de classe », affirme-t-elle, précisant que l’exposition offre aussi différents « défis mathématiques » et activités interactives pour les étudiants et amateurs d’art de tous âges.

Baerg avoue que le processus d’élaboration de Math + Art a changé sa perception des deux domaines. « En abordant la création sous un angle mathématique, j’ai découvert une perspective complètement différente sur la façon d’explorer et de comprendre l’art visuel. Et, plus surprenant sans doute, travailler à cette exposition a changé mon point de vue sur la discipline des mathématiques. Je n’avais jamais pensé à elle comme étant créative, intuitive ou même belle. Maintenant, oui ! »

Math + Art est présentée au WAG jusqu’au 27 avril 2014.


Par Robyn Jeffrey| 07 février 2014
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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