Extraire l’inconscient en art contemporain canadien

Par Julie Sobowale le 17 avril 2014

Maxwell Bates, Night of Nepenthe [Nuit de népenthès], 1966, huile sur toile, 91,4 x 121,89 cm. Collection de la Vancouver Art Gallery, don de J. Ron Longstaffe. Photo : Vancouver Art Gallery

C’est une combinaison de bizarre, de merveilleux et de fantasque. Unreal, à l’affiche à la Kamloops Art Gallery, propose un mélange éclaté de peintures, collages et techniques mixtes. L’exposition présente aussi le travail de certains des artistes canadiens les plus influents, largement présent dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).

Produit au départ par la Vancouver Art Gallery (VAG), le projet Unreal est né d’un désir d’explorer le rôle joué par l’inconscient dans l’art moderne.

« Je voulais établir des liens avec ce qui se passe dans le monde », explique Daina Augaitis, conservatrice en chef et directrice associée du VAG, lors d’une récente entrevue accordée à Magazine MBAC. « Nombre d’artistes contemporains s’intéressent au surréalisme. J’ai pensé que nous devions offrir une perspective historique et contemporaine permettant d’en saisir toute la portée. »

Augaitis remarque aussi que le surréalisme est connu pour tirer parti des subtilités du comportement humain. « Sigmund Freud et sa théorie de la psychanalyse ont été très marquants, dit-elle. Les artistes tiraient constamment idées et sentiments de leur inconscient. » 

Toutes les œuvres dans Unreal appartiennent à la vaste collection permanente du VAG. L’exposition regroupe des pièces de plus de 30 artistes, divisées en quatre parties principales : l’histoire du surréalisme, le soi hanté, le corps et le démembrement du corps.

 

Jock Macdonald, The Black Quartet [Le quatuor noir], 1946, encre, aquarelle sur papier, 25,8 x 35,7 cm. Collection de la Vancouver Art Gallery, Fond d’acquisition. Photo : Teresa Healy, Vancouver Art Gallery

De nombreux pionniers de l’abstraction y sont représentés. Le Canadien Jock MacDonald, avec The Black Quartet [Le quatuor noir] (1946), mélange un rien espiègle entre figuratif et abstrait. Par contraste, Jack Shadbolt, avec l’abstraite Warrior Memory [Mémoire de guerrier] (1969), s’inspire de la riche histoire de la culture autochtone, dans une œuvre d’une grande puissance mélancolique. La partie suivante explore la mince démarcation entre grotesque et séduisant. « Pensez à votre imaginaire, explique Augaitis. Il peut être enchanté, mais ce fantastique peut aussi être la cause de véritables cauchemars. »

Cette dichotomie est évidente dans le Shaman Dancing in Sunset [Chaman dansant au crépuscule] (1989), de Lawrence Yuxweluptun, tableau sombre et captivant montrant un chaman squelettique bleu dansant avec d’autres personnages sur fond de mâts totémiques emblématiques des Salishs du littoral. Parmi les autres artistes illustrant le thème du soi hanté, on retrouve Marianna Schmidt, peintre d’origine hongroise connue pour ses grotesques à forme humaine et ses traits de pinceau appuyés, ainsi que Maxwell Bates, qui allie fantasque et absurde dans des paysages et scènes de la vie quotidienne.

Les céramiques occupent également une place importante dans l’exposition. Picnic with Black Dog and Clock [Pique-nique au chien noir et à l’horloge] (1976) n’est qu’un exemple des œuvres de Gathie Falk dans Unreal, illustrant sa fascination pour la vie ordinaire et la réalité augmentée telle qu’elle l’exprime, outre dans ses céramiques, dans ses sculptures et performances.

L’exploration du corps humain est une dimension centrale du surréalisme. Dans l’exposition, des œuvres de plusieurs artistes jouent avec les notions de forme et de structure humaines, comme celles de Paul Wunderlich, Cindy Sherman et Richard Hamilton. Le collage, technique souvent employée dans le surréalisme, est également très bien représenté, en particulier avec les œuvres de Geoffrey Farmer et Al Neil.

Poussant le collage traditionnel vers de nouveaux horizons, Elizabeth Zvonar, avec Challenging [Stimulant] [see caption] (2009), jette un regard nouveau sur le corps humain à travers le prisme de la technologie moderne. « Avec le collage numérique, ce qui émerge est presque anthropomorphique, constate Augaitis. C’est l’œuvre sous une forme désassemblée. À la fois allant de soi et étrangère. »

Mais ce sont les installations qui se distinguent particulièrement. Low Clouds [Nuages bas] (1984), de Falk, est une pièce évolutive, dans laquelle la hauteur des nuages est modifiée périodiquement par le personnel du musée. Dans le même ordre d’idées, Lubber [Lourdaud] (2003), étrange création en feutre de Luanne Martineau, constitue presque une incarnation d’Unreal : difficile à expliquer, intéressant et fantastique.

« Les pièces de l’exposition suggèrent que le quotidien est porteur d’un plus haut degré de signification, conclut Augaitis. Il n’y a pas là de grandes, de colossales idées; mais les objets qui font partie de ces œuvres nous sont souvent familiers. Je souhaite qu’une visite ici fasse réfléchir à la vie dans une perspective nouvelle. »

Unreal est à l’affiche à la Kamloops Art Gallery jusqu’au 14 juin 2014.


Par Julie Sobowale| 17 avril 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

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Julie Sobowale

Julie Sobowale est journaliste artistique et rédactrice. Elle vit à Halifax.

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