Jouer sur les attentes. Mark Lewis à la Charles H. Scott Gallery

Par Robyn Jeffrey le 08 janvier 2014

Mark Lewis, Brown's Point (2013), photogramme. Avec l'autorisation de l'artiste

D’une manière générale, la plupart des gens qui regardent un film s’attendent à voir le déroulement d’une narration ou d’une action. La Charles H. Scott Gallery (CHSG) de Vancouver présente cependant deux films fascinants de Mark Lewis qui remettent ces attentes en question.

L’artiste canadien installé en Angleterre a entrepris ces dernières années de réduire les composantes du cinéma à leur plus simple expression. Comme l’a récemment indiqué à Magazine MBAC Cate Rimmer, conservatrice de la CHSG, l’aspect passionnant de son travail se révèle dans sa façon de disséquer un film, « de le déstructurer pour le reconstruire ».

Connu pour ses créations qui jonglent avec les métaphores du cinéma et les techniques de caméra telles que les travelings, zooms et rotations complètes d’images, Mark Lewis propose à la CHSG deux œuvres composées de plans statiques et muets, réalisées et filmées à partir d’un point fixe. Brown’s Point, un film d’environ six minutes commandé pour l’exposition, met en scène un village rural de Terre-Neuve, un drapeau canadien flottant au vent et un camion qui descend une route. Impossible de dire qu’il se passe quelque chose de particulièrement important, mais c’est là que réside l’intérêt du film.

Vue de l’installation de l’exposition Mark Lewis à la Charles H. Scott Gallery. À gauche, Brown’s Point (2013); à droite, City Road 24 March 2012 (2012). Photo : Blaine Campbell

Outre sa capacité à confondre nos notions habituelles à l’égard du cinéma, ce film induit aussi, selon Cate Rimmer, « l’idée d’une surveillance », et les webcams omniprésentes déversent des images banales de croisements de route et autres endroits du monde. Toutefois, dans la mesure où Brown’s Point semble offrir une sorte de scène quotidienne, le film n’en est pas moins soigneusement pensé : « Lewis est intervenu et a fait quelques ajouts, même minimes, comme les oiseaux qui apparaissent déjà dans un ancien plan », explique Cate Rimmer.

Le second film, City Road March 24 2012, nous incite évidemment aussi à réfléchir à la place des images saisies au hasard par rapport à celle des images composées. Ce film d’environ quatre minutes présente un carrefour de la ville de Londres où semblent coexister aussi bien l’ordinaire, par exemple des livreurs de fleurs demandant leur chemin, que l’extraordinaire, notamment un groupe de passants habillés en Super Mario. Citons Cate Rimmer : « Ce sont des choses qui arrivent, mais comme on cherche un sens et une histoire au film, on pense qu’elles ont été introduites exprès. Mais ce n’est pas le cas. »

Mark Lewis, City Road 24 March 2012 (2012), film. Vue de l’installation de l’exposition Mark Lewis à la Charles H. Scott Gallery. Photo : Blaine Campbell

Si les films de Mark Lewis peuvent paraître plus exigeants que les vidéos, qui demandent une écoute plus passive, ils sont finalement plus captivants et plus gratifiants et nous invitent à imaginer des scénarios basés sur notre propre compréhension du cinéma. Comme le note Cate Rimmer : « En les regardant, on prend le temps de se demander ce que l’on est censé voir. » Et c’est une bonne chose.

Les deux nouvelles œuvres cinématographiques de Mark Lewis sont présentées à la Charles H. Scott Gallery de Vancouver jusqu’au 16 février 2014. Pour écouter la conférence de l’artiste à l’inauguration de l’exposition cliquez ici (en anglais seulement).


Par Robyn Jeffrey| 08 janvier 2014
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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