L’art du hockey

Par Stephen Dale le 10 avril 2017


Saul Miller, The Rocket Scores [Le Rocket marque], 1998, acrylique sur toile, 97 x 128 x 3.5 cm. Musée Canadien de l'Histoire

Il est normal que le hockey sur glace fasse l’objet d’une grande exposition à plusieurs facettes, étant donné sa place prépondérante dans l’imaginaire canadien. Simplement intitulée Hockey, l'exposition du Musée canadien de l’histoire (MCH) veut séduire son public sous des formes aussi variées que celles que ce sport a adoptées pour se faufiler dans l’histoire nationale.

Hockey débrouille le fil de ses récits sur une impressionnante superficie : 650 m2 divisés en huit modules distincts. Une formule qui permet d’observer le jeu sous plusieurs aspects, indique Jenny Ellison, conservatrice, Sport et Loisir au MCH et commissaire de l’exposition avec Jennifer Anderson, historienne au MCH.

Ellison explique à Magazine MBAC : « Nous essayons d’illustrer les différentes façons par lesquelles les gens découvrent le hockey et de comprendre les raisons de l’importance culturelle que semble avoir ce sport. »

Chacune des huit sections approche le hockey sous un angle différent, explorant ainsi plusieurs aspects de ce sport national d’hiver. Vaguement conçue comme une aréna, l’exposition présente le hockey du point de vue de ses fans et propose aussi bien un coup d’œil en coulisse sur les vestiaires et les galeries de presse qu’un point de vue centré sur la science qui sous-tend ce sport. Parmi les artefacts chargés d’histoire figurent notamment une ancienne version de la coupe Stanley, l’uniforme d’Hilda Ranscombe, une des pionnières du hockey féminin, la bague de la coupe Stanley de Maurice Richard et le masque « bretzel » du gardien de but Jacques Plante.

Le point d’orgue de la visite est la section artistique consacrée à l’influence du hockey sur la sphère culturelle et à ses représentations. Si ce jeu décrit dans le poème d’Al Purdy comme « cette combinaison de figures de ballet et de meurtres » est amplement évoqué au cinéma et dans des livres, il est aussi le sujet de nombreuses photos et tableaux et a produit une foule d’artefacts folkloriques. Hockey réunit une vaste sélection de toutes ces diverses formes d’expression artistique.

« L’art permet de poser quelques-unes des questions les plus difficiles et de saisir certaines tensions propres au hockey. Et il permet parfois une forme d’insolence totalement imprévue », note la commissaire.


Robert Bozak, Tim Horton & Donut [Tim Horton et beigne], 1974, émail sur contreplaqué, 62 x 54,8 x 1 cm. Collection Musée de London, don de Mlle Dawn Johnston, London, Ontario, 1993

C’est le cas par exemple de la toile fantaisiste du peintre ontarien Robert Bozak, Tim Horton & Donut [Tim Horton et beigne], qui fait apparaître le joueur de hockey au centre de cette pâtisserie typiquement canadienne. Jenny Ellison voit dans cette œuvre un commentaire narquois sur « l’ubiquité de Tim Hortons vu comme un canadiana. Elle nous rappelle cette bizarrerie canadienne voulant que les mots hockey et beignes apparaissent systématiquement dans la même phrase. »

Un sens similaire du jeu anime deux autres œuvres : The Rocket Scores [Le Rocket marque] de Saul Miller, où le joueur légendaire des Canadiens de Montréal, Maurice Richard, bat l’ennemi juré que sont les Maple Leafs de Toronto, et Group of Seven Awkward Moments [Moments délicats du Groupe des Sept] – Winter on the Don [L’hiver sur le Don], une image de Diana Thorneycroft qui transforme un paysage tranquille d’A. J. Casson en une patinoire improvisée prête à accueillir une partie de hockey entre vedettes.

Une estampe d’Andy Warhol représentant Wayne Gretzky et provenant de la même série que celle de la collection nationale du MBAC offre un autre commentaire sur la place du hockey dans la culture en général. Sur cette image créée par l’artiste vers la fin de sa vie, dans les années 1980, Gretzky apparaît comme un symbole international de séduction, à mille lieues de l’image traditionnelle des joueurs de hockey des cartes de collection.

D’autres œuvres proposent des commentaires sociaux plus acerbes. « Le sport est vraiment un bon moyen de parler de problèmes sociaux compliqués parce que les gens s’attendent à ce qu’il soit honnête, souligne Jenny Ellison. Quand on en vient au sport, les règles du jeu sont censées être équitables. Mais comme on nous rappelle parfois, les participants ne sont pas sur un pied d’égalité. »


Jim Logan, Passe-temps nationaux – Image du père I, 1991, acrylique sur toile, 52,8 x 63,5 cm. Affaires autochtones et du Nord Canada

Par exemple, sur un des sept tableaux de sa série Passe-temps nationaux, Jim Logan dépeint la figure inquiétante d’un prêtre qui domine trois jeunes garçons autochtones vêtus de chandails de hockey, rappelant les horreurs des pensionnats et nous obligeant à revenir sur l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire du Canada. L’atmosphère de cette toile contraste de façon saisissante avec la joie pure qui émane de The Hockey Player [Le joueur de hockey] de Clifford Maracle, une œuvre dans laquelle un autochtone solitaire glisse en toute liberté sur la glace, d’un coup de patin rapide et puissant.

D’autres images expriment des sous-entendus politiques et sociaux évidents. Le portrait de Cassie Campbell du photographe et chanteur Bryan Adams met en scène la vedette du hockey casquée et masquée. Ellison explique : « Quand des athlètes féminines sont photographiées, elles le sont généralement sans leur équipement; surtout en publicité, elles portent leurs vêtements de tous les jours. » Or l’équipement est important car il représente avant tout Cassie Campbell comme une athlète plutôt que comme une femme.


Palissade de chantier, Vancouver, C.-B., 15 juin 2011, peinture acrylique en aérosol et feutre sur contreplaqué, 244 x 123 cm. Musée de Vancouver

Ellison est aussi impressionnée par un objet trouvé inhabituel : un grand panneau d’affichage en contreplaqué, couvert de graffitis, aujourd’hui installé en permanence au Musée des beaux-arts de Vancouver. Placé là pour protéger les propriétés menacées par les émeutes du hockey qui ont secoué Vancouver en 2011, il a joué un rôle impromptu en incitant les passants à discuter entre eux de ce sujet.  

« C’est vraiment un beau panneau de graffitis, note Ellison. Et c’est génial de voir toutes ces personnes se parler comme ça. »

En fin de compte, la commissaire souhaite que l’exposition favorise un débat public similaire : « Le hockey touche à tellement de choses que c’est vraiment un bon moyen de parler d’enjeux sociaux complexes. » Et comme le prouve cette exposition, le hockey est un terreau fertile pour les artistes.

Hockey est à l’affiche jusqu’au 9 octobre 2017 au Musée canadien de l’histoire de Gatineau, au Québec.


Par Stephen Dale| 10 avril 2017
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Stephen Dale

Stephen Dale

Le dernier livre de l’auteur ottavien Stephen Dale s’intitule Noble Illusions: Young Canada Goes to War [Nobles illusions. Young Canada, sur le chemin de la guerre], Fernwood Books, 2014.

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