L’invitation au voyage : Morrice et Lyman en compagnie de Matisse

Par Johanne Lepage le 20 mai 2014

John Lyman, Hammamet (1920), huile sur toile, 40,7 x 32,2 cm. Collection particulière. Photo : MNBAQ, Idra Labrie

De Venise à Paris, de l’Afrique du Nord aux Antilles, de Dieppe à Saint-Jean-de-Luz, de Québec au lac Massawippi… C’est à une invitation au voyage que nous convie le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) à travers son exposition Morrice et Lyman en compagnie de Matisse, présentée jusqu’au 7 septembre 2014.

Mais entre les Montréalais James Wilson Morrice (1865–1924), John Lyman (1886–1967), deux figures de proue de la modernité canadienne, et Henri Matisse (1869–1954), quel rapport direz-vous ? Celui de l’effervescence des avant-gardes dans le Paris de la Belle Époque. Un moment charnière où l’art ne cesse de se réinventer à un rythme d’enfer pour aboutir au modernisme. Matisse œuvre activement à ce renouveau de l’expression esthétique et les deux peintres québécois, qui s’y sont exilés, s’épanouissent à mille lieues du conservatisme artistique canadien qui, selon eux, les rejette. 

Morrice et Matisse, de la même génération, se lient d’amitié à la faveur d’un voyage à Tanger en 1912 et 1913. Lyman étudiera à l’Académie Matisse en 1910 auprès du maître, qui affirme que la liberté et l’authenticité sont les valeurs suprêmes d’une expression qui se veut universelle, moderne, sans la visée nationaliste ou régionaliste que promeut le Groupe des Sept. Lyman qualifie cette vision « d’exotisme sur place ».  

Le voyage pictural que propose l’exposition est jalonné de 131 œuvres – peintures sur toile, bois et carton, nus, portraits puissants, paysages chatoyants et scènes de plage lumineuses – rassemblées en sept escales thématiques : Les lumières de l’exil, Le décoratif, L’invitation au voyage, L’extraordinaire finesse de la lumière nord-africaine, L’été sans fin : Bermudes, Caraïbes et Antilles, Le prestige de l’eau et L’attachement au pays.

James Wilson Morrice, Marché aux fruits, Afrique du Nord (Tunis), 1914, huile sur toile, 50 x 60 cm. Musée des beaux-arts de Montréal. Legs David R. Morrice. Photo : MBAM

Chacune de ces escales se fait « l’écho d’une conversation esthétique sur la peinture avec des connivences plastiques entre des sensibilités affirmées, dit Michèle Grandbois, conservatrice de l’art moderne du Musée. Et le reflet de la relation entre le destin singulier des trois artistes. » Qui plus est, cette conversation, s’étendant sur huit décennies, offre, par son étendue, un réel dialogue sur leurs préoccupations et leur fraternité.

Indépendants de fortune, Morrice et Lyman auront vécu longtemps hors du Canada. L’exil est toutefois ponctué de séjours dont surgissent des œuvres qui témoignent de leur attachement au pays. Si la mort surprend Morrice à Tanger, à 58 ans, Lyman revient vivre à Montréal en 1931. Il s’engage alors dans une fervente croisade pour la reconnaissance de l’art moderne, ici.

Parmi les incontournables, il faut voir, de Morrice, Tanger, la fenêtre (1913). On considère cette œuvre, qui n’a pas été vue au Canada depuis des décennies, comme le témoin le plus éloquent des rapports entre le Canadien et Matisse à Tanger – d’autant plus que Matisse avait peint une œuvre similaire à Tanger, la fenêtre l’année d’avant. Et Maison à Santiago, Cuba (1915), propriété de la Tate Gallery de Londres depuis 1924, et qui, sublimement décorative et moderniste, rend compte de la réputation internationale de Morrice de son vivant.

James Wilson Morrice, Tanger, la fenêtre (1913), huile sur toile, 62 x 46 cm. Collection particulière


De Lyman, on s’attardera devant À la plage (Saint-Jean-de-Luz) (1929–1930). L’œuvre, l’une des 18 prêtées par le MBAC au MNBAQ pour l’événement, en est une de maturité, puisqu’elle fait la somme des connaissances acquises par l’artiste durant son séjour en France (1907–1930). Puis devant Jori Smith en costume (vers 1935). Ce portrait de la peintre québécoise a été exposé à la Valentine Gallery de New York en mai 1936 et reproduit dans la presse américaine, ce qui en dit long sur la portée internationale du travail du Canadien.

Enfin, de Matisse, on pourra admirer La Palme (1912). La toile, exposée pour la toute première fois au Canada, illustre l’influence significative du maître sur la production antillaise de Morrice, quelques années plus tard. Tout autant que Nu au canapé jaune (1926), réalisé l’année même où Matisse écrivait ses mémoires sur Morrice, preuve indéniable de la grande connivence entre les deux hommes. Nu au canapé jaune fait aussi partie de la collection permanente du MBAC qui a acquis le tableau en 1958.

De la grisante Europe à la douceur du Maghreb, des flamboyantes tropiques aux longues neiges du Québec, aucun doute : l’exposition Morrice et Lyman en compagnie de Matisse avivera en vous l’étincelle d’un voyage pictural aussi intime qu’unique.

Morrice et Lyman en compagnie de Matisse est à l’affiche au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 7 septembre 2014.


Par Johanne Lepage| 20 mai 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

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Johanne Lepage

Journaliste et rédactrice, y compris de discours, Johanne Lepage œuvre dans les communications écrites depuis plus de 30 ans.

 

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