Le Grand Tour

Par Lisa Hunter le 12 novembre 2013

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Giandomenico Tiepolo, Le menuet (1756), huile sur toile, 80,7 x 109,3 cm. Barcelone, Museu Nacional d’Art de Catalunya. Legs Francesc Cambó, 1949. Inv. MNAC 064989. Photo Calveras / Mérida / Sagristà

Quelle autre ville a connu autant de plaisirs que Venise ?

Carnavals, bals masqués, intrigues romantiques et loges d’opéra privées… Renaissance, Baroque, Venise n’a rien manqué. Même les cérémonies religieuses et politiques affectées étaient prétextes à fêter. La musique était dans les rues, au théâtre, à l’église et à la maison.

En fait, la seule chose que les Vénitiens semblaient apprécier plus encore était la rivalité les opposant quant à la quantité de soie dans laquelle ils pouvaient se draper sans tomber.

L’exposition Splendore a Venezia, à l’affiche au Musée des beaux-arts de Montréal, est à l’image de Venise : un feu d’artifice de ravissement des sens avec une solide assise intellectuelle. Il s’agit, semble-t-il, de la première exposition d’envergure à explorer l’interaction entre arts visuels et musique dans la Cité des doges, et on y présente, outre de magnifiques tableaux de Titien, Tintoret et Tiepolo, des instruments de musique et partitions manuscrites historiques. Vous ne lisez pas la musique ? Pas de problème. Vivaldi et l’opéra se transportent dans les salles, pour votre plus grand plaisir.

Soyez prévenus, cependant : vous serez tentés d’y rester jusqu’à ce que les gardiens vous montrent la sortie à l’heure de fermeture. 

L’exposition débute avec les peintures emblématiques du front de mer de Venise par Canaletto et Guardi. Vous avez certainement rencontré ces images, reproduites des millions de fois sur des affiches et des sacs, mais les admirer en personne dans leur pleine grandeur est une expérience totalement différente, un peu comme de visiter un site touristique dont vous n’auriez vu auparavant que des photographies. Ces tableaux sont encore plus splendides que vous ne pourriez l’imaginer.

Une exposition moins ambitieuse aurait pu en rester là et être assurément un succès public. Mais Splendore a Venezia a beaucoup à nous apprendre, sur l’histoire, la politique, les classes sociales, entre autres, le tout si habilement ficelé que la visite ne semble jamais didactique.

Peut-être est-ce parce que Venise elle-même possède le secret pour présenter chaque chose sous son jour le plus divertissant, y compris les tragédies de la mythologie et les récits édifiants. Nous sommes loin de l’austère Renaissance nordique et de ses pénitents pieux aux visages émaciés. Au contraire, les divinités exubérantes de l’art vénitien poussent à se demander si la véritable raison d’être de la Renaissance ne serait pas la liberté de peindre des nus espiègles (« honnêtement, cher cardinal, il doit bien y avoir une morale à en tirer ! »).

À Venise, les plaisirs sont partout, comme l’illustre l’exposition. On y voit des toiles représentant des chanteurs de rue et des gondoliers (le Musée met même en scène une véritable gondole) aux côtés d’images des classes supérieures, avec instruments raffinés et marquetés, recevant pour des concerts privés dans leurs palazzos. À Venise, la commedia dell’arte grivoise côtoyait les salles d’opéra et leur faste. La musique faisait partie du tissu social dans toutes ses composantes, publiques comme privées.

En fait, sa réputation de ville étourdissante a contribué à la prospérité de Venise pendant de nombreux siècles. Elle avait perdu de son importance sur la route de la soie après que les Portugais eurent réussi à naviguer au large de la Corne de l’Afrique. Mais plutôt que de péricliter, Venise s’est réinventée comme destination de musique et de festivals (un peu comme Montréal et la Nouvelle-Orléans à la suite de revers économiques). À une époque, Venise comptait pas moins de neuf opéras concurrents. Le divertissement comme récompense (financière).

Personne (même les plus blasés) ne peut résister aux charmes artistiques et musicaux de cette ville. Et une chance pour nous, Splendore a Venezia est la meilleure chose qui puisse nous arriver, à part un séjour sur place.

Splendore a Venezia : art et musique de la Renaissance au Baroque à Venise est présentée au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 19 janvier 2014.

 


Par Lisa Hunter| 12 novembre 2013
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Lisa Hunter

Lisa Hunter

Lisa Hunter est une scénariste et journaliste culturelle de Montréal. Son livre, The Intrepid Art Collector, a été publié par Three Rivers/Random House Canada.

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