Le MacLaren Art Centre présente David Craven: Selected Works, 1981 to 2013

Par Robyn Jeffrey le 11 avril 2014


David Craven, Don't Make Me Say It Again [Ne m’oblige pas à répéter], 2009, techniques mixtes sur toile, 213,5 x 152,5 cm. Avec la permission de l’artiste

Quiconque vit en ville a probablement entendu sans le vouloir des conversations privées, qu’il s’agisse de propos au cellulaire ou des discussions des passants. Toutefois, ce que plusieurs peuvent voir comme un ennui ou comme une curiosité momentanée représente de la matière brute pour l’artiste inventif et prolifique qu’est David Craven.

L’art de David Craven est le sujet de la nouvelle exposition du MacLaren Art Centre de Barrie, en Ontario. David Craven: Selected Works, 1981 to 2013 [David Craven. Œuvres choisies de 1981 à 2013] met à l’honneur deux fascinants groupes d’œuvres qui – bien que stylistiquement différents – proposent tous deux des portraits de la vie urbaine. 

Le premier volet, « David Craven et l’univers filmique », réunit un choix de peintures de la collection permanente du MacLaren et de l’Art Gallery of Hamilton. Selon Renée van der Avoird, conservatrice associée des arts visuels contemporains au MacLaren, ces œuvres en noir et blanc produites entre 1981 et 1985 peuvent aussi bien être vues comme des « portraits psychologiques » de l’homme urbain que comme des scènes de film. « Nous avons appelé ce volet ‘filmique’ à cause des références à des appareils cinématographiques », a-t-elle expliqué à Magazine MBAC en ajoutant que l’artiste avait eu recours à des procédés tels que des gros plans et des montages et utilisé ses propres « distributions de rôles ».

Les œuvres de la partie filmique ont ceci de particulier qu’elles datent d’une période où David Craven – un artiste représenté dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada – a délaissé un style plus abstrait, minimaliste, au profit du figuratif une fois installé à New York, en 1980. Celui-ci note d’ailleurs dans un entretien récent avec Magazine MBAC : « Quand on prend une décision comme celle de partir pour New York, de quitter une vie confortable à Toronto, on doit aussi se libérer d’un bagage plus ancien, plonger, entreprendre quelque chose de neuf et de différent. »

David Craven, Just Another Angry Man [Juste un autre homme en colère](détail) 1984, techniques mixtes sur toile sur contre-plaqué, 260 x 252 cm. Collection du MacLaren Art Centre. Don de Mme Barbara Stringer, 1998. Photo : André Beneteau

David Craven n’a jamais « vraiment eu peur » de se renouveler et de changer brutalement de trajectoire, observe Renée van der Avoird. Sa pratique polymorphe est d’ailleurs marquée par l’expérimentation et par une exploration permanente des tensions entre le figuratif et l’abstrait.

Les œuvres plus récentes de David Craven – regroupées dans une même salle sous le titre « David Craven : Coupe franche » – illustrent le poids de cette exploration. Réalisées entre 2009 et 2013, elles témoignent d’un « style unique de l’abstrait », précise Renée van der Avoird. Oscillant entre le bi et le tridimensionnel, elles combinent des marques gestuelles, des coulures de peinture, des collages, des constructions expérimentales d’étagères et, oui, des fragments de ces conversation entendues au hasard.

« Nous habitons un rez-de-chaussée à New York. De la fenêtre nous parviennent des fragments de conversations au cellulaire, le bruit des stilettos de quinze centimètres dans les boites de nuit et celui des interpellations des policiers », dit-il pour expliquer comment il s’est mis à « imposer » ces fragments dans son travail.

Si les lignes dynamiques, les formes audacieuses et les lettres majuscules donnent indubitablement une dimension ludique à cette production plus récente, des titres impérieux tels que Show Me [Montre-moi] et Don’t Make Me Say It Again [Ne m’oblige pas à répéter] laissent entrevoir d’autres lectures, probablement plus sombres. Les œuvres font ressortir la présence d’une autorité et la persistance d’une angoisse en dehors du cadre.

« Les œuvres [des années 1980] communiquent à celles d’aujourd’hui un même sentiment de pression, même si les couleurs criardes et agressives des œuvres plus récentes ajoutent un caractère ostentatoire, poursuit l’artiste. Il y a toujours une tension implicite. » 

L’exposition David Craven: Selected Works, 1981 to 2013 est présentée au MacLaren Art Centre de Barrie (Ontario) jusqu’au 22 juin 2014.


Par Robyn Jeffrey| 11 avril 2014
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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