Les multiples superpositions de Scott McFarland

Par Becky Rynor le 27 juin 2014

Scott McFarland, Main Street Optics, Main Street, Southampton, New York (2012), impression à jet d'encre, 95,8 x 179,1 cm. © Scott McFarland, 2014 

Le photographe canadien de renommée internationale Scott McFarland ne sait pas toujours ce qu’il espère quand il installe son 4 X 5, un appareil à soufflet, au coin d’une rue. Mais il est prêt à a attendre que « ça  » se produise, quel que soit le ça en question.

« Parfois on part sur quelque chose, dit-il. On sent vaguement qu’il y a  une photo à faire, mais on ne sait pas ce que c’est au début. C’est un jeu de patience : on s’assied et on attend des résultats. »

Le Musée des beaux-arts de l’Ontario (MBAO) expose jusqu’au 10 août 2014 les dernières photos de Scott McFarland. La technique de cet artiste : cadrer soigneusement une scène ou un sujet, puis prendre de multiples photos sous toutes sortes d’angles, à différentes heures de la journée et selon différents éclairages. »

Le photographe explique : « Parfois, l’image est instantanée et je dois aller très, très vite. Mais quand j’ai obtenu le truc de départ qui m’intéresse, je peux revenir en arrière et voir si autre chose peut enrichir l’expérience originale. » Après quoi il numérise et superpose ses images pour créer des vues composites extrêmement claires, nuancées et détaillées de paysages et de scènes de rue urbaines et rurales.

Après des études à l’Université de la Colombie-Britannique, Scott McFarland débute sa carrière à Vancouver où ses images de jardins et de cabanes rustiques de la côte ouest établissent sa réputation. Il vit et travaille aujourd’hui en Ontario, à Toronto, où il s’intéresse à des paysages et des scènes urbaines. Plusieurs images sont des études à la fois invraisemblables et fascinantes de personnes, de situations et de circonstances qu’il a fondues en un tout presque homogène. Ainsi, un coup d’œil à travers les vitres d’un restaurant permet d’apercevoir le reflet de pièces pleines de clients dans des miroirs. D’autres photos, dont celles de Repatriation [Rapatriement], une série sur le retour au Canada de soldats tombés en Afghanistan, illustrent cependant une approche plus documentaire.

« Les images de rapatriement relèvent davantage de la représentation de la guerre, de la guerre vue par des artistes. Mais vu sous cet angle, le rapatriement signifie voir des images prises chez nous. Bien sûr qu’il y a eu des gens qui sont allés en Afghanistan et qui ont décrit des scènes de villages – des gens qui vivaient en Afghanistan. Avec cette série particulière,  j’ai voulu voir ces gens de retour chez eux ; leur relation au conflit qui était si loin, comment le conflit n’avait pas vraiment influencé nos vies, nos considérations ou conséquences quotidiennes. »

Selon Kitty Scott, conservatrice de l’art moderne et contemporain au MBAO, Scott McFarland est l’un des plus grands artistes du Canada. « Son travail est passionnant par son côté documentaire et par l’intensité des détails qui révèlent le passage du temps. Par exemple, une série de photos grand format de scènes rue de La Nouvelle-Orléans saisit bien le ‘choc de l’ancien et du nouveau’. »

Scott McFarland, Homme sur une échelle, rue Royale, La Nouvelle-Orléans (en n. et b.) [2012], impression à jet d'encre, 88,9 x 106,6 cm. © Scott McFarland 2014

« [Ce choc] dynamise l’image, explique Scott McFarland. Certaines œuvres sont plus dynamiques que d’autres. Il existe des traces d’une époque ancienne à La Nouvelle-Orléans. En fait, cette époque alimente l’image touristique de la ville, qu’il s’agisse de cimetières rustiques, de tramways ou de calèches. Mais il y a aussi le revers de cette image, plutôt moderne et contemporaine, et toujours quelqu’un pour klaxonner la calèche qui le gêne.»

Des œuvres de Scott McFarland se trouvent dans les collections permanentes du Musée des beaux-arts du Canada, de la Vancouver Art Gallery, du San Francisco Museum of Modern Art et du J. Paul Getty Museum.

Snow, Shacks, Streets, Shrubs [Neige, cabanes, rues, arbustes] est à l’affiche du Musée des beaux-arts de l’Ontario, à Toronto, jusqu’au 10 août 2014.


Par Becky Rynor| 27 juin 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

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Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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