Les nouvelles expositions des Oakville Galleries Présentation narrative et Physique de la photographie

Par Shannon Moore le 02 novembre 2015

  

Derek Sullivan, A Piece of Glass [Un morceau de verre] (2015), crayon de couleur sur mur peint. Avec la permissions de l'artiste. Photo : Toni Hafkenscheid

Si les meurtres, idylles et mélodrames sont monnaie courante dans la littérature anglaise classique, ces thèmes n’en inspirent pas moins la nouvelle exposition singulière de l’artiste canadien Derek Sullivan qui anime les jardins Gairloch des Oakville Galleries. Transformés par Derek Sullivan, les jardins Gairloch rappellent les maisons de campagne décrites par des écrivains tels que E. M Forster et Patricia Highsmith. L’exposition, The Missing Novella [La nouvelle manquante], tente de recréer les descriptions de ces romans traditionnels grâce à une série d’installations complexes.

Derek Sullivan est né à Richmond Hill en 1976. Il détient un baccalauréat en beaux-arts de l’Université York et une maîtrise en art de l’Université de Guelph. La collection du MBAC abrite plusieurs de ses œuvres et le Musée lui a consacré en 2012 une exposition aux côtés du marchand d’art Steven Leiber, Leiber & Sullivan.

L’exposition des Oakville Galleries associe à des installations de livres et de meubles sculptés, propres au site, un choix de dessins modernistes et abstraits aux crayons de couleur provenant de la célèbre série de Derek Sullivan, Dessins-Affiches. « Je suis emballé par l’exposition, indique celui-ci à Magazine MBAC. J’en ai profité pour faire de nouvelles œuvres, et les particularités du site m’ont forcé à prendre certaines décisions ».

Derek Sullivan, #81, Mr. Bast [no 81, M. Blast] (2011), crayon de couleur sur papier. Collection particulière. Photo : Toni Hafkenscheid 

Les œuvres de cet espace domestique veulent affirmer leur propre récit et susciter chez le public une nouvelle réflexion et compréhension. « The Missing Novella incite à croire à une narration absente des lieux, à un récit auquel font allusion le site et les œuvres, explique l’artiste. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de raconter une histoire unique mais de créer une expérience et d’aller chercher la vision qu’ont les gens de ces récits. »

Comme l’a déclaré à Magazine MBAC Jon Davies, conservateur adjoint des Oakville Galleries : « J’adore cette exposition de Derek parce qu’elle présente des livres, de la fiction et une histoire, mais de façon très indirecte. Sa démarche donne souvent à voir comment le livre peut devenir une sculpture, mais aussi un espace ou une performance, et je crois que l’esprit de cette ‘nouvelle manquante’ inspire et hante ses diverses installations. »

À quelques pâtés de maisons à l’ouest, à Centennial Square, les Oakville Galleries présentent également Jessica Eaton: Wild Permutations [Jessica Eaton. Permutations sauvages], une exposition organisée conjointement par Transformer Station et MOCA Cleveland. « C’est passionnant parce que c’est la première exposition individuelle de Jessica dans un musée, souligne la commissaire Rose Bouthillier dans une entrevue avec Magazine MBAC. Jessica est une artiste très prolifique, très intense, et la présentation est une merveilleuse occasion de suivre l’évolution de sa pratique au fil des ans. »

Jessica Eaton, cfaal 412 (2014), épreuve pigmentaire de qualité d'archives, 127 x 101,6 cm. Avec la permission de l'artiste et de la M+B Gallery, Los Angeles

Jessica Eaton est née à Regina en 1977 et a étudié la photo à l’Université d’art et de design Emily-Carr. Elle s’intéresse tout particulièrement à la physique de la photographie et aux procédés qui permettent de voir des images comme des illusions d’espace et de temps. « Jessica répète sans cesse que même s’il reproduit l’œil humain, l’appareil photo ne propose qu’une façon de voir le monde, indique Rose Bouthillier. Elle aime remettre en question l’idée que nous puissions constamment investir dans cette réplique de la réalité et croit que nous avons besoin d’imaginer d’autres façons de voir le monde. » L’exposition de Jessica Eaton met les visiteurs au défi d’envisager ces autres idées. Ses photos lumineuses et colorées ressemblent à des rendus numériques ou à des illusions d’optique à cause de leurs formes géométriques à la fois simples et très complexes.

« Les images de Jessica sont le fruit d’une pratique à la fois incroyablement intense et laborieuse, qui repose sur l’utilisation d’appareils. Elles ont une telle profondeur qu’il faut les découvrir par soi-même » poursuit Rose Bouthillier en incitant les visiteurs à prendre le temps de bien les voir pour apprécier leurs multiples strates. « Nous traitons les images si vite que nous pensons rarement à leur matérialité, à leur vie ou à leur sens, ajoute-t-elle. La grande particularité de cette exposition est qu’elle nous force à ralentir et à traiter les images de façon plus globale. Nous devons réfléchir à leur fabrication et à leur lien avec notre façon de former la réalité. »

Jessica Eaton, MF 05 / Tricolour V 08: (MF 04 (d/b) + MF 05 (d/b)) + ( - MF05 G03) Unregistered (2014–2015), épreuve couleur sur papier charbon, 53,34 x 63,5 cm. Avec la permission de l'artiste et de la M+B Gallery, Los Angeles

Tout comme The Missing Novella de Derek Sullivan, Wild Permutations de Jessica Eaton propose une expérience originale qui stimule et provoque l’esprit des amoureux de l’art. Laissons le mot de la fin à Jon Davies : « La pratique de Jessica et de Derek s’inspire du legs de l’abstraction moderniste, mais elle apporte une perspective particulière à ces formes et à leur histoire. »

Derek Sullivan: The Missing Novella et Jessica Eaton: Wild Permutations sont présentées aux Oakville Galleries jusqu’au 3 janvier 2016.


Par Shannon Moore| 02 novembre 2015
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

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Shannon Moore

Shannon Moore est une journaliste d’Ottawa spécialisée en art et architecture.

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