Moholy-Nagy, Media and the Arts au Plug In Institute of Contemporary Art

Par Robyn Jeffrey le 08 avril 2014

 Photographe inconnu, Femme non identifiée avec László Moholy-Nagy (sans date). Avec la permission d’Hattula Moholy-Nagy

Les visiteurs des musées d’art s’attendent à regarder – à cultiver leur sens de la vue et à assimiler ce qu’ils voient aux murs et à l’intérieur des salles. Toutefois la nouvelle exposition du Plug In Institute of Contemporary Art de Winnipeg propose une expérience sensorielle plus immersive.

Sensing the Future: Moholy-Nagy, Media and the Arts [Sentir le futur : Moholy-Nagy, les médias et les arts] se penche sur l’influence de la technologie moderne en s’intéressant à la façon dont l’artiste hongrois László Moholy-Nagy (1895–1946) aborde cette question dans son art et ses idées. Figure influente de l’art moderniste, quoique peut-être moins connue, cet artiste multimédia révolutionnaire a notamment fait sa marque dans les champs de la peinture, des arts graphiques, de la photographie, du film et de l’art sonore et cinétique.

Écrivain prolifique, Moholy-Nagy croyait qu’il incombait aux artistes d’aider les gens à s’adapter à la complexité de la vie moderne, explique Oliver Botar, commissaire de l’exposition. « Toutes les générations depuis la fin du XVIIIe siècle ont réagi aux nouvelles techniques qui remettaient en question notre sensorium et nos modes de perception », précise-t-il en faisant allusion à notre tendance à nous laisser engloutir par l’apparente intensification et multiplication sensorielle du paysage technologique. Moholy-Nagy pensait pourtant que les artistes pouvaient aider les gens à contrebalancer ces sentiments s’ils apprenaient à mieux utiliser tous leurs sens.

Voilà exactement le propos de Sensing the Future, une exposition qui associe des œuvres d’époque à des œuvres contemporains qui reflètent ces thèmes et d’autres thèmes de l’œuvre de Moholy-Nagy. Citons par exemple Aromapoésie (2011) de l’artiste de Chicago Eduardo Kac. Composée d’un « livre » de poèmes aromatiques complexes – dont Manhattan et son odeur de gaz – Aromapoésie incarne la suggestion de Moholy-Nagy d’associer l’olfactif et l’art. D’autres œuvres, dont Silver Globe [Globe argenté] (2014) d’Olafur Eliasson, un artiste installé à Berlin, répondent à l’intérêt de Moholy-Nagy pour la transparence, la réflexion et le mouvement. Ce globe vitré et laqué, avec ses océans argentés et ses continents transparents, crée des surfaces réfléchissantes sur son intérieur, reprenant des images et des mouvements de l’espace environnant.

Vue de l’installation, Sensing the Future: Moholy-Nagy, Media and the Art [Sentir le futur : Moholy-Nagy, les médias et les arts], Plug In Institute of Contemporary Art, 2014. De gauche à droite : Andreas Haus, Nike Elena Arnold, Aline Helmcke, Frank Hopper, Frédéric Krauke et Walter Lenertz, Dynamik der Gross-Stadt. Ein filmisches Experiment nach László Moholy-Nagy [Dynamique de la grande ville. Une expérience cinématographique d’après László Moholy-Nagy], 2006. Projection DVD trois canaux; Olafur Eliasson, Silver Globe [Globe argenté], 2014. Sphère partiellement argentée, laque; Olafur Eliasson, Your screen-free environment [Votre environnement sans écran], 2014. Douze épreuves couleur. Photo : William Eakin

Sensing the Future comprend aussi plusieurs reconstitutions d’œuvres de Moholy-Nagy, notamment l’une de deux sculptures de verre et de métal de 1923 appariées, mais aujourd’hui perdues, qu’Oliver Botar décrit comme « l’un des tout premiers exemples de sculpture interactive que chacun pourrait recomposer à sa façon ». Bernie Miller, un sculpteur établi à Winnipeg, s’est basé sur deux anciennes photos documentaires pour repenser l’échelle et la configuration de l’ensemble sculptural original. La reconstitution qu’il propose permet de comprendre cette œuvre pour la première fois depuis les années 1930.

Les reconstitutions et les œuvres contemporaines, dont beaucoup ont été commandées par Oliver Botar pour cette exposition, côtoient des œuvres originales de Moholy-Nagy. Le Plug In a aussi obtenu des prêts de peintures du musée du design Bauhaus Archiv de Berlin, du Salgo Trust for Education de New York, du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) et de la collection de la fille de l’artiste, ainsi qu’une sélection de films, de dessins, de photogrammes et de photographies de Moholy-Nagy, dont Modulateur espace-lumière. Cette épreuve de 1930 qui se trouve dans la collection du MBAC illustre un « accessoire lumineux pour une scène électrique » – un appareil de projection cinétique servant à créer des visualisations lumineuses sur des surfaces environnantes.

Cette exposition consacrée aux écrits de Moholy-Nagy met, comme il se doit, bien en évidence quatorze de ses ouvrages sur le Bauhaus ainsi que d’autres publications. Oliver Botar note : « L’écriture et la publication ont été très importants pour lui. Non seulement parce que l’écriture était un autre moyen d’expression, mais aussi parce que c’était une façon de rejoindre un public plus nombreux. »

L’exposition du Plug In Institute of Contemporary Art de Winnipeg, Sensing the Future: Moholy-Nagy, Media and the Arts est prolongée trois semaines et sera présentée jusqu’au 1er juin 2014.


Par Robyn Jeffrey| 08 avril 2014
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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