Myfanwy MacLeod et Lawren Harris à la Vancouver Art Gallery

Par Robyn Jeffrey le 01 avril 2014

Myfanwy MacLeod, Ramble On (2013), Camaro Rally Sport 1977, support en acier. Avec l’autorisation de la Catriona Jeffries Gallery, Vancouver

Dites ramble on à des mordus de hard rock, et il y a de grandes chances que cela leur rappelle les voix torturées et les riffs fracassants de la chanson homonyme de Led Zeppelin. Ou même que cela déclenche quelques accords de guitare imaginaire. Mais une exposition à la Vancouver Art Gallery (VAG) propose une perspective différente sur ce morceau d’anthologie et d’autres moments forts de la culture populaire.

Myfanwy MacLeod, or There and Back Again réunit sculptures, peintures et photographies créées au cours de la dernière décennie par l’artiste vancouvéroise Myfanwy MacLeod. Connue pour ses explorations satiriques du pouvoir social par l’art qui se moquent des frontières entre cultures « noble » et « de masse », MacLeod a produit plusieurs nouvelles œuvres pour l’exposition. L’une d’elles est Ramble On, une Camaro 1977 de Chevrolet littéralement démolie, dépouillée de son moteur et montée sur une « rôtissoire ». Comme l’expliquait récemment Grant Arnold, conservateur Audain d’art britanno-colombien à la VAG, dans une entrevue à Magazine MBAC, Ramble On joue sur une image de la masculinité nord-américaine, présentant le bolide comme une bête en train de rôtir.  

Mais Arnold souligne également que la Camaro appartenait au beau-frère de MacLeod, qui garde de bons souvenirs du temps où il était assis à l’arrière pendant qu’il faisait crisser les roues en tournant en rond dans les stationnements de London, en Ontario, d’où il est originaire. « L’œuvre ne se réduit pas à une évocation du patriarcat », précise Arnold, qui y voit une démarche plus complexe d’« analyse de choses qui sont empêtrées dans des structures plus vastes où se construit et s’exprime l’identité sexuelle dans notre culture, sans pour autant les rejeter totalement. »

Myfanwy MacLeod, Stack [Empilement] (2013), 18 sérigraphies sur toiles peintes, ferrures, vinyle, bois. Avec l’autorisation de la Catriona Jeffries Gallery, Vancouver. Photo : Rachel Topham, Vancouver Art Gallery

En fait, Arnold remarque qu’un engagement plus manifeste autour du genre est un aspect qui caractérise plusieurs des œuvres récentes de MacLeod dans l’exposition, de sa série d’origamis faits à partir d’images de Dorothy Stratten, Playmate de Playboy assassinée, à la série Stack [Empilement], de grandes sérigraphies accrochées au mur. Cette dernière rappelle à la fois les œuvres minimalistes Untitled (Stack) [Sans titre (empilement)] du sculpteur Donald Judd et les murs d’enceintes Marshall qui servaient à produire un son très amplifié lors des concerts de rock « musclé » dans des stades.

« Ce genre de combinaison est assez particulier au travail de Myfanwy, à travers lequel elle tisse des liens entre histoire de l’art et culture populaire; elle donne ainsi à une personne qui n’aurait aucun point de repère artistique particulier la possibilité d’accéder néanmoins à l’œuvre », explique Arnold. « Mais quand on prend le temps d’y penser, cette dernière emprunte à tous les autres niveaux de signification ». Le titre de l’exposition lui-même est une référence aux écrits de J.R.R. Tolkien (qui influencèrent certaines paroles de chansons de Led Zeppelin), et évoque un voyage qui transforme les perceptions traditionnelles de la banalité.

Lawren Harris, Tamarack Swamp, Algoma [Marais de mélèzes, Algoma] (1920), huile sur toile. Collection de la Vancouver Art Gallery, don de Mme Margaret H. Knox. Photo : Trevor Mills, Vancouver Art Gallery

Une autre exposition présentée à la VAG explore également un parcours. Lawren Harris Canadian Visionary retrace l’évolution artistique de Lawren Stewart Harris (1885–1970) depuis le début du XXe siècle jusqu’au milieu des années 1960. Cette rétrospective, première présentation individuelle majeure à la VAG des œuvres de Harris en plus de 50 ans, permet de voir 137 toiles, esquisses à l’huile et dessins de ce membre de l’influent Groupe des Sept. Parmi les moments forts, on admirera le révolutionnaire Tamarack Swamp, Algoma [Marais de mélèzes, Algoma], tableau qui, selon le communiqué concernant l’exposition, « illustre parfaitement comment Harris réussissait à faire d’un sujet de prime abord peu attrayant une magnifique œuvre d’art », et l’un des carnets de dessin du peintre, montré pour la première fois.

Ce carnet, ainsi que d’autres dessins présentés sur un site Tumblr dédié, offre une rare incursion dans le processus créatif de Harris et dans son évolution audacieuse pour l’époque d’un style figuratif vers un style abstrait. Comme le souligne Ian Thom, conservateur principal d’art ancien à la VAG, c’est une évolution qui a fait de Harris « le pionnier de l’abstraction dans l’art canadien ».

Lawren Harris, Composition no 1 (1940), huile sur toile. Collection de la Vancouver Art Gallery, don de M. et Mme Sidney Zack et du McLean Foundation Funds. Photo : Trevor Mills, Vancouver Art Gallery

Comme tout bon voyage, les deux expositions à la VAG offrent des rencontres inoubliables et quelques surprises. Lawren Harris: Canadian Visionary est présentée jusqu’au 4 mai 2014. Organisée par la VAG et le Museum London, l’exposition Myfanwy MacLeod, or There and Back Again, quant à elle, est à l’affiche jusqu’au 8 juin 2014. Les visiteurs pourront en plus voir Artists’s Choice Cock and Bull, organisée autour d’une sélection de pièces de la collection permanente de la VAG choisies par Myfanwy MacLeod et Grant Arnold.


Par Robyn Jeffrey| 01 avril 2014
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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