Nature vs Culture. La photographie paysagère américaine à Washington

Par Shannon Moore le 19 avril 2017

 

George Kendall Warren, From Trophy Point, West Point, Hudson River [Vue depuis Trophy Point, West Point, fleuve Hudson], v. 1867–1868, épreuve à l’albumine. Encadré : 24,8 x 32,4 cm. Feuille : 17,6 x 22,2 cm. National Gallery of Art, Washington, Robert Menschel et le fonds Vital Projects

Diane Waggoner ne s’attendait pas à trouver une trame narrative aussi claire quand elle a commencé à monter l’exposition de la National Gallery of Art de Washington DC consacrée à la photographie paysagère américaine du XIXe siècle.

Comme l’explique la commissaire en entrevue avec Magazine MBAC : « L’un des grands thèmes de la photographie de l’époque est l’équilibre constant entre nature et culture. Si les photographes du XIXsiècle s’intéressaient aux sites pittoresques, ils étaient aussi fascinés par les différentes façons de changer et de transformer les paysages. »

East of the Mississippi: Nineteenth-Century American Landscape Photography [À l’est du Mississippi. La photographie paysagère américaine du XIXe siècle] réunit 175 photos qui illustrent l’évolution des paysages de l’est des États-Unis entre les années 1840 et 1890. De l’industrialisation au tourisme en passant par la guerre de Sécession, tous ces clichés documentent une période de transition technologique aux États-Unis tout en révélant la montée de l’environnementalisme et le désir de protéger les merveilles naturelles du monde entier.


Seneca Ray Stoddard, Avalanche Lake, Adirondacks [Lac Avalanche, Adirondacks], v. 1888, épreuve à l’albumine, 37,6 x 47,6 cm. Division des estampes et des photographies, Bibliothèque du Congrès, Washington (D.C.)

Suivant un parcours chronologique en six parties, l’exposition s’ouvre sur des daguerréotypes dont deux, qui représentent les chutes du Niagara, ont été réalisés par Hugh Lee Pattinson dans les années 1840. Ces premières épreuves démontrent un intérêt pour la nature et une admiration pour le pittoresque tout en rendant hommage à la beauté d’une nature inviolée.

Poursuivant leur chemin, les visiteurs découvrent des images semblables des montagnes Blanches, du fleuve Hudson et des Adirondacks réalisées entre autres par Seneca Ray Stoddard et George Kendall Warren. Ces photos incitaient certes les Américains à visiter de tels lieux, mais les photographes contestaient vigoureusement toute forme d’aménagement du territoire. Diane Waggoner précise : « Par exemple, Seneca Ray Stoddard et Henry Hamilton Bennett ont encouragé le tourisme, mais ils ont aussi participé à des mouvements de protection des sites. Les photographes avaient en commun une volonté de modération et de préservation de l’environnement naturel. »


Thomas H. Johnson, Inclined Plane G [Plan incliné G], v. 1863–1865, épreuve à l’albumine. Encadré : 45,7 x 55.9 cm. Feuille : 30,5 x 38,7 cm. Collection de Michael Mattis et de Judith Hochberg

Outre ces panoramas, l’exposition présente des photos prises en plein cœur de la guerre de Sécession ainsi que des paysages toujours plus menacés par les techniques et les transports. « James F. Ryder est un des premiers à avoir été engagés par une compagnie de chemins de fer pour photographier ses voies ferrées, note Diane Waggoner. Thomas H. Johnson a immortalisé les régions minières du nord-est de la Pennsylvanie tandis que d’autres, comme Thomas M. Easterly à St. Louis ou Jay Dearborn Edwards à la Nouvelle-Orléans, ont documenté la croissance des zones urbaines. » Ces photographes témoignaient activement des transformations du paysage, montrant par exemple la construction d’infrastructures telles que les ponts ferroviaires.


George N. Barnard, Pass in the Raccoon Range, Whiteside, No. 1 [Col de la chaîne Raccoon, Whiteside, n°1], v. 1863–1864, tiré en 1866, épreuve à l'albumine argentique, 25,6 x 35,8 cm. MBAC

L’exposition comprend quatre images prêtées par le Musée des beaux-arts du Canada. Trois sont des épreuves à l’albumine argentique représentant des ponts militaires. Elles ont été produites par Timothy H. O’Sullivan et par David B. Woodbury et réunies par Alexander Gardner dans son ouvrage publié en 1866, Gardner’s Photographic Sketch Book of the War. La quatrième a été prise par George N. Barnard et intégrée à son album parue en 1866, Photographic Views of Sherman’s Campaign. Lori Pauli, conservatrice des photographies au Musée des beaux -arts du Canada, souligne : « L’album de Gardner est vu comme l’une des plus importantes publications photographiques consacrées à la guerre de Sécession. Ces quatre œuvres prêtées par les Musée ont leur place dans sa riche collection de photos sur la guerre de Sécession. Aujourd’hui encore, elles offrent un compte rendu direct et fascinant d’une période tumultueuse de l’histoire de l’Amérique. »

Si les photos de l’exposition expriment avant tout un intérêt pour la mise en valeur de la beauté naturelle et des préoccupations (toujours d’actualité) à l’endroit d’une expansion urbaine incontournable, elles n’en exaltent pas moins l’identité unique de l’est des États-Unis. Comme le rappelle la commissaire : « L’exposition est loin de représenter tous les photographies qui ont travaillé dans l’est au XIXsiècle. J’aurais pu au moins quintupler leur nombre. »

Pour Diane Waggoner, la sélection des œuvres « met [plutôt] en valeur des photographes que notre intérêt pour l’Ouest américain a souvent négligés et relégués dans l’ombre ». En fin de compte, ces images nous permettent de voir et de glorifier les panoramas de l’est des États-Unis au XIXe siècle, qu’il s’agisse de montagnes ou de transformation de paysages.

East of the Mississippi: Nineteenth Century American Landscape Photography [À l’est du Mississippi. La photographie paysagère américaine au XIXe siècle] est à l’affiche jusqu’au 16 juillet à la National Gallery of Art de Washington (D.C.). Quant aux visiteurs de l’Institut canadien de la photographie du Musée des beaux-arts du Canada, ils ne voudront sûrement pas manquer La photographie au Canada, 1960–2000. Cette exposition à l’affiche jusqu’au 1er septembre 2017 réunit plus d’une centaine d’œuvres de 71 artistes dont Raymonde April, Edward Burtynsky et Lynne Cohen, et s’intéresse également aux thèmes du changement et de l’identité.


Par Shannon Moore| 19 avril 2017
Catégories :  Correspondants

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Shannon Moore est une journaliste d’Ottawa spécialisée en art et architecture.

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