Peter Doig : Une couleur qui n’a rien de locale

Par Lisa Hunter le 17 février 2014

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Photo : George Whiteside 

Pour la plupart d’entre nous, poser la question « D’où venez-vous ? » est une façon inoffensive d’engager la conversation. Dans le cas de l’artiste Peter Doig, c’est plus compliqué. Presque tous les entretiens sur sa peinture débutent sur un parcours de vie mouvementé : il est né au R.-U., a grandi à Trinidad et au Canada et, devenu adulte, a vécu et travaillé dans ces trois pays, de même qu’à New York.

Le titre de l’exposition du Musée des beaux-arts de Montréal, Nulle terre étrangère, s’inspire fort à propos de cette citation de Robert Louis Stevenson : « Il n’y a pas de terres étrangères. Seul le voyageur est étranger. » Le fait que Peter Doig crée des paysages à partir de cartes postales, de photos et de souvenirs ne fait que renforcer l’impression que les voyages et les déplacements font partie intégrante de son art.

Toutes ses toiles illustrent la tension du choc culturel. Ses huiles de Trinidad rappellent les Fauves français sous les tropiques; ses images canadiennes évoquent la fusion des influences européennes et des paysages canadiens propre au Groupe des Sept qui a donné lieu à des créations remarquablement uniques. La collection du Musée des beaux-arts du Canada abrite plusieurs œuvres de Peter Doig, dont Grand Riviere (2002), Sans titre (Deux portraits) [2002] et Il y a 100 ans (2001). 

Je suis depuis longtemps attirée par son art, peut-être à cause de nos situations similaires : enfant, j’ai vécu sous les tropiques, puis j’ai grandi aux É.-U. et en Europe avant d’immigrer au Canada. J’admire quiconque associe une couverture de la Compagnie de la Baie d’Hudson à une œuvre textile ethnographique.

Nulle terre étrangère m’a cependant fait comprendre que la démarche de cet artiste dépassait largement la nostalgie inconfortable qui m’avait plu au départ.

Les salles s’ouvrent les unes sur les autres et offrent ainsi des liens visuels entre les thèmes très différents des toiles. L’artiste a d’ailleurs déclaré lors du vernissage qu’il était très heureux car la présentation mettait en lumière des liens entre ses tableaux que lui-même n’avait pas forcément repérés.

L’exposition révèle immédiatement la facture internationale des tableaux. Henri Matisse et Paul Gauguin, deux artistes qui ont eu une immense emprise sur Peter Doig, ont chacun vécu une expérience d’expatrié – Matisse en Afrique du Nord et Gauguin à Tahiti –, mais leur « exotisme » ne tient pas seulement à la couleur locale de leurs sujets. À l’instar de nombreux artistes de leur temps, ils ont cherché leur inspiration au-delà des traditions européennes. L’art africain, les textiles de la route de la soie et l’art oriental ont entre autres nourri l’esthétique de Matisse; quant à Gauguin, il a notamment été influencé par l’estampe japonaise, l’art populaire et l’art tribal des mers du Sud.

Digne héritier de ces artistes, Peter Doig puise à toutes ces sources et s’inspire de tous les continents habités. Ce n’est pas seulement ce qu’il peint, mais la façon dont il peint qui donne à son travail une impression de temporel. Tous les aspects de sa peinture indiquent qu’il est un citoyen du monde. 

Peter Doig. Nulle terre étrangère est à l’affiche au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 4 mai 2014.


Par Lisa Hunter| 17 février 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Lisa Hunter

Lisa Hunter

Lisa Hunter est une scénariste et journaliste culturelle de Montréal. Son livre, The Intrepid Art Collector, a été publié par Three Rivers/Random House Canada.

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