Pionnier des Prairies. La vie dans l’Ouest vue par David Thauberger

Par Julie Sobowale le 02 mai 2014

David Thauberger, Lake Reflecting Mountains [Lac réfléchissant les montagnes] (1982), peinture acrylique, brillants sur toile, 167,6 x 228,6 cm. Collection particulière

Toute architecture raconte l’histoire d’une population dans la mesure où les formes et les couleurs des bâtiments expriment l’atmosphère et le style d’un lieu.

Bien que les fameuses toiles de David Thauberger évoquent souvent des fermes et des petites villes des Prairies, son travail transcende les bâtiments qu’il dépeints. L’exposition itinérante David Thauberger: Road Trips & Other Diversions [David Thauberger. Voyages & autres diversions] actuellement présentée à la Mendel Art Gallery de Saskatoon réunit près de 80 de ses œuvres. 

Cette première rétrospective de l’artiste canadien le plus connu des Prairies a été un immense projet pour la conservatrice associée de la Mendel Art Gallery, Sandra Fraser, qui a passé trois années avec David Thauberger. Elle a aussi travaillé avec le co-commissaire de l’exposition Timothy Long, conservateur en chef de la MacKenzie Art Gallery de Regina. Tous deux ont obtenu des prêts de collections publiques et particulières et développé des fonctionnalités interactives pour raffiner leur présentation de l’œuvre de David Thauberger. 

« En parlant avec David, j’ai su qu’il avait systématiquement voulu être original et trouver sa voix, explique Sandra Fraser à Magazine MBAC. Pour moi, la recherche expérimentale est très importante. Les gens ont une certaine image de David, mais je veux aller au-delà et offrir une perspective élargie de son travail. »

David Thauberger est plus connu pour peintures de l’architecture vernaculaire de sa province natale de la Saskatchewan. Ces toiles – dont deux se trouvent dans la collection permanente du MBAC – saisissent avec éloquence l’ambiance des petites villes des Prairies. L’exposition en regroupe un grand nombre et propose également de nombreuses autres œuvres qui illustrent son évolution artistique.

David Thauberger, Evil Kneevil saute le Snake River Canyon (1973), faïence, glaçure, peinture acrylique, chaîne de transmission en métal, bois, 37 x 37 x 33 cm. Collection de la Banque d’œuvres d’art du Conseil des arts du Canada

Par exemple, nous sommes un peu surpris d’apprendre qu’il a commencé sa carrière comme céramiste. L’amusant Evil Kneevil saute le Snake River Canyon (1973) est typique de ses débuts : une faïence peinte à l’acrylique, composée de bois et d’une chaîne de vélo, qui représente la trajectoire en arc-en-ciel suivie par un casse-cou plongeant dans une tasse à café. Tout y est… jusqu’au pygargue à tête blanche perché sur le bord de la tasse.

À mesure que sa carrière évolue, David Thauberger s’éloigne la céramique et apprend la peinture.  Dans ses premières toiles, il donne priorité aux figures animalières et aux répétitions de motifs et de styles. Comme l’indique Sandra Fraser : « Il explore les différents enjeux esthétiques et le contenu. Il réagit à l’art abstrait par son travail. »

Grandfather’s Painting [Peinture grand-père] (1979) est l’une de ces œuvres transitoires qui illustrent ce cheminement vers des thèmes architecturaux. L’avant-plan de cette aquarelle est entièrement occupé par un cheval massif qui semble dominer une ferme traditionnelle des Prairies à l’arrière-plan. Des éléments caractéristiques d’art animalier ont effectivement été conservés, mais l’artiste a aussi représenté une maison qu’il a traitée avec un soin méticuleux.

C’est d’ailleurs vers cette époque qu’il peaufine le style auquel il est aujourd’hui le plus identifié et créé des œuvres mettant en vedette des bâtiments. Parmi les toiles emblématiques de cette période, citons Rainbow Danceland [Danceland arc-en-ciel] (1979), une salle de danse colorée, et At Home [À la maison] (1983), une image classique de maison. Bien qu’il peigne à partir de photos, il refuse le style photoréaliste et préfère réinterpréter ces images pour créer des œuvres reconnaissables entre toutes. Cette approche sous-tend également les toiles plus récentes de l’exposition, par exemple Way Out West [Vers l’Ouest] (2004), une œuvre qui comprend une série de bâtiments pittoresques d’une ferme consacrée à la culture du blé.

David Thauberger, Way Out West [Vers l’Ouest] (2004), peinture acrylique sur panneau, 60,9 x 91,4 cm. Collection particulière

Pour enrichir sa présentation, la Mendel Art Gallery a créé un site web assortie de commentaires vidéo ainsi qu’un court film documentaire projeté sur place et un catalogue. Toutefois son initiative la plus ambitieuse est peut-être l’utilisation d’une application de géolocalisation : des capteurs placés sur douze œuvres différentes invitent les visiteurs à lire des commentaires ou à regarder une vidéo décrivant l’œuvre en question.

« Nous voulions faire entendre la voix de David, précise Sandra Fraser. Cette application est un outil séduisant que nous essayons pour la première fois. Nous voulons rejoindre la plus grande diversité de personnes possible. » 

David Thauberger: Road Trips & Other Diversions [David Thauberger. Voyages & autres diversions] est à l’affiche de la Mendel Art Gallery jusqu’au 15 juin 2014. L’exposition sera ensuite présentée à l’Art Gallery of Windsor (27 juin-21 septembre 2014), à la MacKenzie Art Gallery de Regina (2 mai-23 août 2015) au Glenbow Museum de Calgary (automne 2015) et au Centre des arts de la Confédération de Charlottetown (6 mars-6 juin 2016).


Par Julie Sobowale| 02 mai 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Julie Sobowale

Julie Sobowale

Julie Sobowale est journaliste artistique et rédactrice. Elle vit à Halifax.

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