Plongée. La photographie d’Ai Weiwei à la Morris and Helen Belkin Art Gallery

Par Ariana Armstrong le 14 octobre 2014

 

Ai Weiwei, Ai Weiwei : Williamsburg, Brooklyn (1983), impression à jet d’encre sur papier, 50,8 x 61 cm. Avec l’autorisation de l’artiste, du Three Shadows Photography Art Centre et de la Chambers Fine Art

Une photographie en noir et blanc montre un jeune homme nonchalamment appuyé sur une vitrine de magasin. La photo est anodine : elle pourrait avoir été prise dans de nombreuses villes, et le jeune homme porte une chemise unie, un pantalon quelconque et des chaussures ordinaires. Mais quelque chose dans l’expression de son visage fait que l’on s’y arrête.

Rares sont ceux qui se douteraient que l’image est un autoportrait d’Ai Weiwei (1957–), l’un des artistes contemporains vivants les plus renommés. « C’est un portrait très direct de lui fixant l’objectif, de lui dans le contexte new-yorkais, debout devant un magasin dans le quartier où il vivait », explique Keith Wallace, directeur associé et conservateur de la Morris and Helen Belkin Art Gallery à Vancouver.

La photographie – Ai Weiwei. Williamsburg, Brooklyn (1983/2011) – est l’une des plus anciennes que l’on découvre dans l’exposition Ai Weiwei: New York Photographs 1983–1993, présentée actuellement à la Belkin Art Gallery. Organisée à l’origine par le Three Shadows Photography Art Center à Beijing et la Chambers Fine Art à New York et Beijing, l’exposition comprend 227 photographies en noir et blanc, choisies par l’artiste lui-même, et une entrevue vidéo. Elle explore, selon sa propre perspective, la décennie qu’il a passée à New York, après sa jeunesse en Chine communiste.


 

Ai Weiwei, Summer at Tompkins Square Park [Été à Tompkins Square Park] (1993), impression à jet d’encre sur papier, 50,8 x 61 cm. Avec l’autorisation de l’artiste, du Three Shadows Photography Art Centre et de la Chambers Fine Art

« C’est l’œil de quelqu’un venant d’ailleurs et qui voit les choses en tant que nouvel arrivant, plongé dans un contexte et une culture totalement différents », précise Wallace.

L’artiste, qui a participé à la conception du stade « Nid d’oiseau » pour les Jeux Olympiques d’été à Beijing, en 2008, est reconnu tant pour sa production artistique que pour son militantisme. Mais dans les années 1980, c’est simplement un homme explorant un nouveau lieu. Venu à New York pour y étudier l’art, il ne tarde pas à décrocher et gagne sa vie en dessinant des portraits dans la rue et en effectuant des travaux divers. Il traîne également toujours avec lui un appareil photo, ce qui donnera la série que l’on peut voir ici.


 

Ai Weiwei, Abandoned Building on the Lower East Side [Édifice à l’abandon dans le Lower East Side] (1987), impression à jet d’encre sur papier, 50,8 x 61 cm. Avec l’autorisation de l’artiste, du Three Shadows Photography Art Centre et de la Chambers Fine Art

Les œuvres dans l’exposition sont agencées par ordre chronologique, et le visiteur suit Ai alors qu’il s’installe à New York, fait la connaissance de nouvelles personnes, visite les musées, est confronté à la pauvreté dans l’East Village et observe les festivals et autres événements publics. « La plupart des gens ne savent pas ce qu’il faisait dans les années 1980 », affirme Wallace.

Ai ne voulait pas que chacune des photographies soit vue séparément. « Pour lui, l’exposition est une œuvre d’art en soi », explique Wallace. Les images, qui ont été accrochées proches les unes des autres, sont disposées de façon à rendre l’expérience d’Ai à New York quand elles sont vues ensemble, et non séparément.


 

Ai Weiwei, In front of Duchamp’s work, Museum of Modern Art [Devant l’œuvre de Duchamp, Museum of Modern Art] (1987), impression à jet d’encre sur papier, 50,8 x 61 cm. Avec l’autorisation de l’artiste, du Three Shadows Photography Art Centre et de la Chambers Fine Art

« Il y a dans l’exposition plusieurs niveaux de lecture », dit Wallace. Le militantisme social en fait partie. Les manifestations sont à l’époque un fait nouveau pour Ai, qui capte ces scènes comme il les voit, crues ou pas.

Pour Wallace, « C’est vraiment l’expérience de l’immigrant. Une expérience vécue, je crois, par de nombreux jeunes artistes chinois. Comme la photographie Wang Keping and Ai Weiwei [Wang Keping et Ai Weiwei] (1987) le suggère, Ai n’est alors pas le seul artiste du pays à profiter de l’assouplissement des restrictions de voyage dans la Chine des années 1980. Ai partage sa vie et son domicile avec ses collègues, dont Wang Keping et Xu Bing, qui accèderont eux aussi à la renommée internationale. « Au fur et à mesure que l’on progresse dans l’exposition, ces différents personnages viennent se greffer », commente Wallace.


 

Ai Weiwei, Wang Keping and Ai Weiwei [Wang Keping et Ai Weiwei] (1987), impression à jet d'encre sur papier, 50,8 x 61 cm. Avec l'autorisation de l'artiste, du Three Shadows Photography Art Centre et de la Chambers Fine Art

Ai Weiwei: New York Photographs 1983–1993 propose au public une plongée dans une décennie bien particulière de la vie d’Ai, qui permet de la suivre du point de vue même de l’artiste. « C’est comme entrer dans l’univers de quelqu’un », conclut Wallace, évoquant cette rare occasion de voir par les yeux d’Ai Weiwei.

Il est ironique de remarquer que l’exposition couvre une période de la vie d’Ai durant laquelle il était libre de voyager où il le souhaitait. Aujourd’hui, il vit sous surveillance constante des autorités dans sa Chine natale, souvent interdit de voyage même pour le vernissage de ses propres expositions. Le jeune Ai Weiwei ne se doutait probablement pas, quand il a pris ces photographies, qu’il pourrait ne jamais revoir New York.

Ai Weiwei: New York Photographs 1983–1993 est à l’affiche à la Morris and Helen Belkin Art Gallery à Vancouver jusqu’au 30 novembre 2014. Cliquez ici pour de plus amples renseignements.


Par Ariana Armstrong| 14 octobre 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Ariana Armstrong

Ariana Armstrong

Ariana Armstrong possède un baccalauréat avec mention en affaires publiques et gestion de politique, et est actuellement en deuxième année de maîtrise en journalisme à l’Université Carleton. Elle a été stagiaire au magazine Muse et à Global National avant de rejoindre Magazine MBAC.

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