Une galerie de Regina lie les artistes de la relève et les artistes établis

Par Becky Rynor le 20 août 2013

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David Thauberger, Point de fuite (2013), acrylique sur toile. Photo avec l'autorisation de SLATE Fine Art Galley

En tant que père, il est fier. En tant qu’artiste dont les œuvres sont exposées partout dans le monde, Joe Fafard est impressionné par la nouvelle galerie de Regina. Et il se trouve que ce lieu est né de l’imagination de sa fille Gina Fafard et de l’associée de celle-ci, Kimberly Fyfe.

Il avoue maintenant avoir été sceptique quand elle lui a présenté son idée la première fois. « Je lui ai simplement dit : “Es-tu certaine de vouloir faire ça ?” Parce que je sais ce qu’est une galerie d’art. C’est beaucoup de travail et ça peut être assez difficile. Mais j’imagine qu’elle y pense depuis longtemps, alors pourquoi devrais-je faire obstacle au rêve de quelqu’un d’autre ? »

La Slate Fine Art a ouvert ses portes le 4 avril 2013, avec plus de 185 mètres carrés d’espace d’exposition, dans le quartier patrimonial de Regina. Gina, qui a étudié la bijouterie et travaillé dans l’atelier de son père, précise que la galerie représentera des artistes établis et de la relève, en particulier ceux qui vivent et travaillent en Saskatchewan, afin de refléter l’abondance de talents dans la région.

« Selon moi, nombreux sont les artistes d’ici qui ont besoin de plus de visibilité, car les gens sont assez surpris par ce qu’ils voient lorsqu’ils s’intéressent à l’art dans les Prairies, dit-elle. Il ne nous a pas été très difficile d’établir le contact avec ces artistes, parce que nous sommes des Prairies et que nous voulions concentrer notre travail sur eux. Mais pas exclusivement; c’est une voie qui s’est tracée d’elle-même. Nous ne faisons que choisir des créateurs de notre région, que nous connaissons et aimons. »

Parmi ceux-ci, Victor Cicansky, Jack Cowin qui est originaire de l’Indiana, mais qui habite maintenant en Saskatchewan, Joe Fafard, David Thauberger et Russell Yuristy, né dans les Prairies, mais aujourd’hui installé à Ottawa. Tous ont des œuvres dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).

Kimberly Fyfe souligne que même les « étrangers » représentés par la Slate ont des liens avec les Prairies. « Nos artistes en Pennsylvanie et au Québec ont déjà vécu en Saskatchewan, affirme-t-elle. Ces liens existent toujours, et je pense qu’on les voit dans leurs œuvres, même s’ils ne sont pas originaires des Prairies. Les Prairies les ont touchés d’une façon ou d’une autre, et ça paraît. »

Le sculpteur Victor Cicansky soutient que la Slate comble une lacune sur la scène artistique de la Saskatchewan. « Il y a cette impression tenace que toute la création de qualité se fait dans les grands centres comme Toronto, New York, Montréal et Berlin. Notre art local est en général négligé, dit-il. Depuis quelques années maintenant, plusieurs d’entre nous, dont Gina et Kimberly, parlions d’ouvrir une autre galerie. Nous nous sommes entendus pour soutenir le projet et l’intérêt s’est propagé, comme un feu de prairie. Ces deux-là se sont saisies de l’idée et l’ont menée à terme. »

Les propriétaires, quant à elles, espèrent que la Slate devienne un lieu de rencontre où artistes établis et de la relève peuvent se rejoindre. « Beaucoup des artistes aujourd’hui connus que nous représentons, comme Thauberger, Fafard et Yuristy, ont commencé ensemble, en même temps. Ils se sont aidés les uns les autres quand, dans les années 1970, leur carrière prenait tout juste son envol, confie Gina. Certains, parmi la présente génération, n’ont pas un tel appui. Ils sont plutôt isolés. C’est pourquoi nous devons peut-être relier un peu plus les générations. Créer un lieu où chacun peut communiquer l’un avec l’autre, et avec le public. »

À 78 ans, Victor Cicankski affirme qu’il a beaucoup à gagner à travailler en réseau avec cette nouvelle vague d’artistes plus jeunes. « Je suis l’un des plus vieux et expérimentés, et je passe l’essentiel de mon temps en atelier, alors je ne bouge pas beaucoup. Il est donc certain que d’assister à un vernissage où l’on rencontre de nouveaux et jeunes créateurs apporte énergie et idées nouvelles, et vous réalisez que vous avez en face de vous celles et ceux qui prendront la relève. Cela vous renvoie là où vous en étiez il y a 25, 30 ou même 40 ans. Vous les encouragez et ils vous dynamisent. »

Gina dit que son père se rend à la galerie très souvent, et a été d’un grand soutien. « Il m’a aussi prévenue que c’est une voie difficile pour gagner sa vie, qu’il y a certains risques. Mais il est vraiment derrière moi, et il sait, comme nous, qu’il y avait un besoin en la matière à Regina ». 

« Je pense que ce que nous avons réussi à accomplir le surprend, ajoute Kimberly. Il est ravi et enthousiaste devant tout le travail réalisé ces derniers mois. »

« Je crois qu’elles vont réussir, prédit Joe. Elles y croient vraiment, elles ont de l’imagination et du culot, et ont créé quelque chose de remarquable avec cet espace. Elles forment une bonne équipe. Elles sont complémentaires. Chacune avec des talents différents, mais indispensables. »

La Slate Fine Art Gallery est située au 2078 Halifax Street, à Regina, en Saskatchewan.


Par Becky Rynor| 20 août 2013
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

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Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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