Storytelling. La biennale d’art contemporain autochtone, 2e édition

Par Johanne Lepage le 26 mai 2014

Adrian Stimson, Beyond Redemption (2010), installation et techniques mixtes. Photo : Eve Kotyk, Mendel Art Gallery

« Les humains sont des animaux narrateurs, dit le professeur Gregory Cajete, auteur de Look at the Mountain : An Ecology of Indigenous Education, lui-même un Tewa du Nouveau-Mexique. Le storytelling [l’art de conter] est la structure première à travers laquelle les humains pensent, tissent des liens et communiquent. Nous créons des histoires, nous racontons des histoires, nous vivons des histoires parce qu’il s’agit d’une partie intégrale de l’expérience humaine. Les mythes à travers lesquels nous vivons modèlent et empreignent notre expérience. À travers leurs symboles et leurs images, ils nous informent et nous forment. »

Le storytelling est le mode de transmission du savoir ancestral des nations amérindiennes, un de leurs fondements communs. Aux antipodes du modèle européen qui prévaut dans nos sociétés occidentales et promeut l’enseignement magistral sur les bases de sa rationalité, son objectivité, voire son irréfutabilité, le storytelling, qui passe par les contes et les histoires, est un livre ouvert dont les pages se tournent au souffle du changement. 

C’est ce dont témoigne la pléiade d’œuvres présentées à la galerie Art Mûr, à Montréal, à la galerie Stewart Hall, à Pointe-Claire, et au siège social international du Cirque du Soleil, aussi à Montréal, pour ce qui est de celles de Nadia Myre, qui y expose en solo. Le tout est orchestré par le commissaire Michael Patten.

« Pour la seconde édition de la Biennale d’art contemporain autochtone, dit le commissaire, j’ai choisi d’inviter des artistes [...] à partager des histoires qui sont brutalement contemporaines et incroyablement pertinentes [comme sur] la crise écologique. [...] Les nations autochtones [amènent] la cause environnementale vers l’avant. Noam Chomsky, peut-être un des esprits les plus [brillants de notre temps], a ouvertement souligné l’importance des activistes autochtones [dans les] politiques environnementales. Les artistes [invités] ne font pas [que] sonner l’alarme de l’écologie, mais à travers leurs histoires, ils nous enseignent à respecter et à célébrer la nature dans toute sa complexité [...]. »

Michael Anthony Simon, Faux/Real (détail), 2014, toile de Nephila Clavata (araignée), poudre dorée et adhésif en aéosol. Photo : Michael Anthony Simon

Cloud Whispers de Michael Anthony Simon est un exemple. Après qu’il a laissé des araignées tisser leurs toiles dans son atelier avant de les relâcher dans la nature et s’en être inspiré pour peindre ses magnifiques voiles de soie semblables à des capteurs de rêve, l’artiste nous invite à voir la banalité autrement pour prendre conscience de notre environnement.

Hanna Claus et Amelia Winger-Bearskin font revivre le mythe iroquois de la Femme Ciel qui tombe du Monde Ciel par le trou d’un arbre déraciné. Un oiseau l’attrape dans sa chute et la pose sur la carapace d’une tortue qui l’accueille. Dans les œuvres des deux femmes, le nuage symbolise à la fois créativité et communauté. Le nuage, à l’instar de la communauté, se compose d’un nombre infini de particules actives qui forment un tout.

Da-ka-xeen Mehner, pour sa part, perturbe le récit en insérant dans des photos d’archives du début du XXe siècle des éléments contemporains pour faire le pont entre le présent et le passé. L’effet miroir suggère le dialogue entre l’ancêtre et l’artiste. Par ailleurs, quand Kent Monkman juxtapose des voitures à la nature sauvage et aux signes traditionnels, il renverse la portée allégorique des grands genres de l’histoire de l’art, tels les scènes historiques et les paysages, en brouillant les pistes.

Da-ka-xeen Mehner, Kent Monkman et Nadia Myre, dont des œuvres font partie de la collection du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), ont aussi participé à son exposition Sakahàn. Art indigène international en 2013 aux côtés de nombreux artistes aujourd’hui à la 2e Biennale d’art contemporain autochtone. Comme quoi le storytelling, en nous invitant à un dialogue global sur la politique, la culture, l’écologie et autres sujets d’actualité, répand son souffle pour éparpiller nos idées reçues.

Storytelling est à l’affiche aux galeries Art Mûr (Montréal), Stewart Hall (Pointe-Claire) et au siège social international du Cirque du Soleil (Montréal) jusqu’au 22 juin 2014. Pour plus de renseignements, rendez-vous sur le site www.artmur.com.


Par Johanne Lepage| 26 mai 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Johanne Lepage

Johanne Lepage

Journaliste et rédactrice, y compris de discours, Johanne Lepage œuvre dans les communications écrites depuis plus de 30 ans.

 

Partagez cette page

Ajouter un commentaire

Commentaire

HTML autorisé : <b>, <i>, <u>

Commentaires

© 2013 Le Musée des beaux-arts du Canada. Tous droits réservés.

 2014