Touche personnelle à la Galerie d’art d’Ottawa

Par Ariana Armstrong le 30 juillet 2014

  

James Wilson Morrice, Dinard, vers Saint-Malo (v. 1905), huile sur panneau, 12,1 x 15,2 cm. Collection de la Galerie d’art d’Ottawa, Collection d’art Miriam et Hudson Sargeant; don de Miriam Sargeant, 2013

Quand Catherine Sinclair, commissaire principale de la Galerie d’art d'Ottawa (GAO), a reçu en 2013 un appel d’une famille qu’elle ne connaissait pas, elle ne savait pas trop à quoi s’attendre. « Ça venait de nulle part », se rappelle Sinclair.

La nièce et le neveu de Miriam et Hudson Sargeant, collectionneurs d’art d’Ottawa, l’invitaient à voir la collection particulière des Sargeant et à y sélectionner librement des œuvres. Intriguée, elle a accepté. 

Elle a été renversée par ce qu’elle a découvert. La collection comprenait quelque 60 pièces, dont de nombreuses d’artistes canadiens très connus : A.Y. Jackson, John Hammond, Henri Masson et Kittie Bruneau, pour n’en citer que quelques-uns. Sinclair a soigneusement choisi 23 œuvres, toutes des joyaux historiques de l’art canadien.

Elles font aujourd’hui l’objet d’une exposition à part entière à la GAO : La collection d’art Miriam et Hudson Sargeant. Couvrant tout le XXe siècle, elle présente estampes, peintures, techniques mixtes et sculptures. On y trouve notamment une impressionnante variété de toiles impressionnistes et postimpressionnistes, dont une pièce plutôt mystérieuse du peintre canadien de renommée internationale James Wilson Morrice (1865–1924).

Le tableau, qui représente un port et plusieurs bateaux, n’était pas daté lorsque la GAO l’a reçu de la famille Sargeant. Une ancienne étiquette de marchand au verso indiquait Bateaux de pêche, Concarneau. N’ayant aucune preuve du contraire, Sinclair a présumé que l’étiquette était exacte et donnait le bon titre de l’œuvre.

La biographe de Morris, Lucie Dorais, a communiqué avec la GAO quand elle a appris que cette dernière avait acquis la toile. Faisant allusion à l’étiquette du verso, Dorais a expliqué que les marchands d’art avaient de manière inappropriée et générique identifié certaines des toiles de Morrice Concarneau, en référence au port français où l’on savait que Morrice avait séjourné. Dorais a montré à Sinclair une image de la scène exacte de la peinture à Dinard, en France, plutôt qu’à Concarneau, et a donné 1905 comme date. L’énigme étant résolue, Sinclair est actuellement en processus de changement du titre de Bateaux de pêche, Concarneau pour Dinard, vers Saint-Malo.

Dinard, vers Saint-Malo (v. 1905) est typique du fauvisme, un style caractérisé par des couleurs vives et des compositions fortes. Il s’agit, pour la GAO, du premier tableau de Morrice, un artiste représenté par ailleurs dans la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). « Ses œuvres sont assez rares; ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur l’une d’entre elles, précise Sinclair. Elles sont très prisées sur le marché de l’art. »

L’exposition Sargeant n’est pas la première que la GAO a montée à partir du don d’une collection particulière. La Galerie abrite également la Collection Firestone d’art canadien, composée de 1 600 œuvres réunies par les collectionneurs ottaviens O.J. et Isobel Firestone.

Il y a quelque chose d’inspirant dans une telle générosité. « C’est un encouragement aux jeunes collectionneurs, qui voient ce que cela peut devenir. On peut bâtir une collection qui s’avèrera digne d’intérêt aux yeux du public, affirme Sinclair. Vous redonnez à la collectivité en lui offrant ces incroyables, ces magnifiques œuvres d’art qui, une fois confiées aux soins d’un musée, peuvent être montrées à tous. »


Molly Bobak, November 11 [11 novembre] (1971), huile sur carton, 122 x 102 cm. Collection de la Galerie d’art d’Ottawa, Collection Firestone d’art canadien; don à la Ville d’Ottawa par la Fondation du patrimoine ontarien, 1992

Après plusieurs années d’expositions en rotation, une sélection de la Collection Firestone est devenue exposition permanente à la GAO en 2011, sous le titre En bonne compagnie. Sélections de la Collection Firestone d’art canadien. Certains des artistes célèbres représentés dans l’exposition Firestone sont aussi à l’affiche de l’exposition Sargeant, A.Y. Jackson étant un exemple parmi d’autres. « Nombre des œuvres de la Collection Firestone sont complémentaires à celles de la collection Sargeant », précise Sinclair.

Agencée de façon chronologique, l’exposition Firestone entraîne le visiteur dans un voyage à travers l’histoire de l’art canadien. Cheminant dans le sens des aiguilles d’une montre, le public peut tout d’abord admirer des tableaux inspirés des courants artistiques européens, puis passer à des œuvres du Groupe des Sept et d’artistes au style connexe, dont Emily Carr. Une troisième section est consacrée à la peinture figurative, et une dernière à un éventail de pièces modernes abstraites.

Molly Lamb Bobak fait partie des grands noms que l’on retrouve dans l’exposition Firestone. Bobak (1920–2014), dont les œuvres font également partie de la collection permanente du MBAC, a été la première Canadienne envoyée à l’étranger comme peintre de guerre officiel. Sa toile November 11 [11 novembre] (1971) est une des préférées du public. Ce grand tableau figuratif montre un défilé du jour du Souvenir. Ses couleurs vives sont expressives et attirent l’œil. Les objets et personnages dans la scène sont présentés sous un angle qui fait que le visiteur a l’impression de faire partie des festivités. Lorsqu’on lui demande pourquoi autant de personnes aiment cette peinture, Sinclair a cette réponse simple : « Je crois que les gens aiment voir des gens. »

Grand public et expressément canadiennes, les expositions Sargeant et Firestone proposent une vue d’ensemble de l’histoire de l’art canadien du XXe siècle. Elles constituent un témoignage de la valeur des collections particulières, qui apportent avec elles une touche personnelle.

« Ils avaient leurs propres idées sur quoi et qui collectionner, rappelle Sinclair. Et voilà que subitement, toutes ces pièces arrivent dans le domaine public, elles sont le sujet de recherches, de travaux de muséologues. Cela illustre jusqu’où un tel investissement peut mener. » 

La collection d’art Miriam et Hudson Sargeant est à l’affiche à la GAO jusqu’au 17 août 2014. En bonne compagnie. Sélections de la Collection Firestone d’art canadien est une exposition permanente avec rotations périodiques. Des publications bilingues accompagnent les deux collections. Pour de plus amples renseignements, cliquez ici.


Par Ariana Armstrong| 30 juillet 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Ariana Armstrong

Ariana Armstrong

Ariana Armstrong possède un baccalauréat avec mention en affaires publiques et gestion de politique, et est actuellement en deuxième année de maîtrise en journalisme à l’Université Carleton. Elle a été stagiaire au magazine Muse et à Global National avant de rejoindre Magazine MBAC.

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