Vers le noir et blanc : les dessins de Ron Shuebrook

Par Julie Sobowale le 27 juin 2014

Ron Shuebrook, Radiance Series (Two Discs) [Série Radiance (deux disques); 2011], fusain sur papier de chiffon, 76 x 57 cm. Avec l’autorisation de l’artiste

La trajectoire de la carrière d’un artiste reflète généralement sa production artistique du moment. Et, tout comme une peinture particulière peut parfois suivre une orientation inattendue, la carrière du créateur peut soudain dévier de façon surprenante.

Né en Virginie en 1943 et maintenant installé au Canada, Ron Shuebrook est un peintre abstrait depuis ses débuts au commencement des années 1970. Sa palette de couleurs caractéristique et certains motifs récurrents rendent son travail antérieur très facile à reconnaître, ce qui explique en partie la présence de ses œuvres dans plus de 50 collections publiques et particulières à travers le monde.

Il y a 15 ans, cependant, Shuebrook délaissait la complexité de la couleur pour se tourner vers le noir et blanc. C’est cette production plus récente qui est présentée dans Ron Shuebrook: Drawings, une exposition itinérante actuellement à l’affiche à la Mount Saint Vincent University Art Gallery à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

John Kissick, commissaire de l’exposition et ami de longue date de Shuebrook, a conçu cette dernière comme une exploration des plus récentes découvertes de l’artiste en art abstrait. « J’ai pensé que cette exposition intéresserait particulièrement la plus jeune génération », affirme Kissick, directeur de la School of Fine Arts and Music de la University of Guelph. « La pratique de dessin de Ron s’étend sur plus d’une génération, mais le travail qu’il a réalisé au cours des 15 dernières années interpelle vraiment les jeunes artistes. »

Les œuvres traditionnelles de Shuebrook, dont trois figurent dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada, présentent des couleurs et des traits élégants, selon une esthétique qui lui est tout à fait propre. « Ron utilise certains motifs très particuliers, qui sont à la base de son style, ajoute Kissick. Il revient systématiquement à un ensemble de valeurs formalistes dans sa pratique. »

Ron Shuebrook, Secrets and Revelations [Secrets et révélations] (2013), fusain sur papier de chiffon, 115 x 196 cm. Avec l’autorisation de l’artiste

L’exposition est organisée en quatre parties, chacune ancrée par une œuvre de grandes dimensions, appuyée par une série de tableaux et de dessins. Secrets and Revelations [Secrets et révélations] (2013) est un amalgame de formes, d’angles et d’espace libre, avec des coups de fusain qui ressortent littéralement du papier de chiffon. « L’aspect curviligne est plutôt chic, dit Kissick. On y voit une certaine vitesse, ainsi qu’une impression de fragments architecturaux. C’est Ron dans toute son essence. » 

Wharf [Quai] (2012), qui domine une autre partie, présente le travail architectural de Shuebrook, exprimé par des contours et silhouettes. Les dessins qui l’accompagnent reprennent cette thématique avec les réflexions de l’artiste sur ses anciennes maisons.

Turbulence (2013) explore la fascination de Shuebrook pour les angles et le processus artistique. Kissick affirme : « Il y a un peu de tension dans son travail, qui contrebalance son sens habituel de la mesure. C’est ce qui m’attire. Il lutte avec son approche traditionnelle. Quelque chose d’intéressant se passe entre l’argile et la toile. »

 

Ron Shuebrook, Turbulence (2013), fusain sur papier de chiffon, 115 x 140 cm. Avec l’autorisation de l’artiste

Les cercles resserrés du quatrième grand dessin, Dark Radiance [Sombre rayonnement] (2011), suggèrent la fascination de Shuebrook pour la forme circulaire. Les autres œuvres de la série « Radiance » accrochées dans cette section sont futuristes, mais en droite ligne avec les penchants esthétiques de Shuebrook. « Ron décrit sa pratique comme étant une abstraction formaliste de deuxième génération, affirme Kissick. Quand on regarde ses dessins de près, on voit comment il applique ses principes, et avec subtilité d’œuvre en œuvre.

L’objectif derrière cette exposition est de préserver l’héritage artistique de Shuebrook et d’explorer son influence sur les jeunes. En tant que professeur et administrateur dans de nombreuses institutions prestigieuses, l’artiste a eu un apport qui dépasse la simple familiarité avec son œuvre et son esthétique. Le catalogue de l’exposition, qui s’en fait l’écho, ne porte pas que sur le travail récent de Shuebrook, mais il comprend aussi des essais du peintre David Urban, de l’artiste abstraite Mélanie Authier et de Robert Enright, fondateur du magazine Border Crossings.

« Les artistes qui pensent connaître le travail de Ron seront surpris par ces dessins qui montrent sa production étonnante des dernières années, dit Kissick. Ron a été un acteur culturel pendant des décennies. Je veux pousser plus loin la discussion au sujet de l’homme et de son œuvre. »

Ron Shuebrook: Drawings est à l’affiche à la Mount Saint Vincent University Art Gallery à Halifax, en Nouvelle-Écosse, jusqu’au 10 août 2014. Elle sera aussi présentée à la Robert McLaughlin Gallery du 11 octobre 2014 au 25 janvier 2015, et à la Kelowna Art Gallery du 7 mars au 26 avril 2015.


Par Julie Sobowale| 27 juin 2014
Catégories :  Correspondants

À propos de l’auteur(e)

Julie Sobowale

Julie Sobowale

Julie Sobowale est journaliste artistique et rédactrice. Elle vit à Halifax.

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