William Ronald et Alexandra Luke à la Tom Thomson Art Gallery

Par Robyn Jeffrey le 18 août 2014

 

Alexandra Luke, Static Triad [Triade statique] (date inconnue), huile sur masonite, 124,46 x 83,82 cm. Collection particulière. Photo :  Heather Hughes

« Non-conformistes et révolutionnaires. » C’est ainsi que Virginia Eichhorn qualifie tant William Ronald (19261998) qu’Alexandra Luke (19011967), les deux artistes qui font l’objet de l’exposition qui porte leur nom, présentée actuellement à la Tom Thomson Art Gallery (TOM) à Owen Sound, en Ontario.

Ronald et Luke faisaient partie du Groupe des Onze, regroupement influent d’artistes souvent présenté comme le mouvement pionnier du modernisme au Canada. En 1952, Luke organise Canadian Abstract Painters, première exposition nationale de peinture abstraite, qui va mener à la création du Groupe des Onze, dont la constitution en 1953 est pour une bonne part le fait de Ronald.

Évoquant l’influence du Groupe des Onze lors d’une récente entrevue accordée à Magazine MBAC, Eichhorn, directrice et conservatrice en chef de la TOM, disait que ses membres avaient créé « un autre vocabulaire artistique canadien contemporain ». Mais l’exposition consacrée au travail de Ronald et Luke ne rend pas seulement hommage à la production personnelle de ces deux membres du célèbre groupe; elle vise aussi à élargir le portrait en s’intéressant à leur personnalité.


 

William Ronald, Two Nudes [Deux nus] (1962), huile sur toile, 119,38 x 226,06 cm. Avec l’autorisation de la Christopher Cutts Gallery. Photo : Heather Hughes

Ronald avait la réputation d’être quelqu’un de « haut en couleur, plus grand que nature », explique Eichhorn. Toutefois, au cours d’une visite chez Helen Ronald, ancienne femme de l’artiste disparu, Eichhorn avait eu l’occasion de voir, à côté des peintures de Ronald, des photos le montrant en père et grand-père attentionné. Cette rencontre, et la découverte que Rosemary McLeese (petite-fille d’Alexandra Luke) était une résidente de la région d’Owen Sound, ont convaincu Eichhorn d’organiser une exposition explorant les influences de la famille sur la pratique artistique de Ronald et Luke.

Comme le souligne Eichhorn, « la famille » est souvent une dimension « négligée dans les discussions sur les artistes et leur œuvre », et leur chemin vers le succès, ou les difficultés, qui en découle. William Ronald and Alexandra Luke possède également une dimension d’intimité et de familier, toutes les œuvres présentées étant la propriété de membres des familles, et beaucoup n’ayant jamais été exposées en public.

Les 27 peintures et aquarelles proposées sont dans les deux cas des œuvres de début de carrière et de maturité.  On y voit notamment Two Nudes [Deux nus], tableau figuratif peint par Ronald en 1962, ainsi que Last Painting [Dernière toile], sa dernière pièce, de 1998. Au moment où il la peint, Ronald subit une crise cardiaque, et il décèdera quelques jours plus tard à Barrie, en Ontario. Le tableau est, comme le dit Eichhorn, « absolument, profondément puissant ».


 

William Ronald, Last Painting [Dernière toile] (1997–1998), acrylique sur toile, 185,42 x 185,42 cm. Avec l’autorisation de Ronald Estate. Photo :  Heather Hughes

Luke est également représentée dans l’exposition par des œuvres d’une grande force, par exemple la toile Blue Legend [Légende bleue]. Cette dernière illustre bien ces « couches d’intensité » que Luke sait créer, fait remarquer Eichhorn, qui ajoute que c’est une des qualités qui captivent le visiteur, tout comme « l’utilisation raffinée de la palette ».

Selon Eichhorn, néanmoins, on en sait très peu sur les relations entre Ronald et Luke en tant que contemporains artistes, si ce n’est qu’ils semblaient animés d’un réel respect l’un pour l’autre. Quoi qu’il en soit, l’exposition est structurée de manière à ce que les peintures « dialoguent » les unes avec les autres, plutôt que d’être présentées dans des parties différentes, par exemple. De cette façon, les visiteurs peuvent explorer les approches de l’abstraction et du sujet propres aux deux artistes.


 

Alexandra Luke, Blue Legend [Légende bleue] (v. 1962), huile sur toile, 102,87 x 85,09 cm. Collection particulière. Photo : Heather Hughes

La Tom Thomson Art Gallery prévoit également la sortie d’une publication qui mettra la peinture de Ronald en Luke en contexte, avec des photographies et des souvenirs de famille. C’est une stratégie déjà adoptée par la TOM pour raconter l’histoire de Thomson, l’emblématique peintre de paysages canadien qui a grandi et est enterré dans la région, et dont la TOM porte le nom. Ce musée possède l’une des plus vastes collections d’œuvres de Thomson au Canada. 

« Nous situons [Thomson] ici à Owen Sound, et nous nous intéressons au parcours qui l’a amené à devenir l’artiste qu’il était », explique Eichhorn. Alors, il n’est sans doute pas surprenant que, lors de la conception de l’exposition William Ronald and Alexandra Luke, et Eichhorn en convient, « ce genre de parallèle ait été pris en compte ».

William Ronald and Alexandra Luke est à l’affiche à la Tom Thomson Art Gallery, à Owen Sound, en Ontario, jusqu’au 14 septembre 2014.


Par Robyn Jeffrey| 18 août 2014
Catégories :  Correspondants

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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