Au confluent du Moyen Âge et du Contemporain : Motet à quarante voix aux Cloîtres

Par Becky Rynor le 22 octobre 2013

Janet Cardiff, Motet à quarante voix (2001). Chapelle Fuentidueña au musée et jardins des Cloîtres. Image : The Metropolitan Museum of Art/Wilson Santiago

L’installation sonore contemporaine de l’artiste canadienne Janet Cardiff, Motet à quarante voix, est devenue la première œuvre d’art contemporain à être présentée au musée des Cloîtres, une antenne du Metropolitan Museum of Art (MET) habituellement consacrée à l’art et l’architecture européennes au Moyen Âge.

D’après Anne Strauss, conservatrice au MET, l’accueil « exceptionnel » obtenu jusqu’à présent par l’œuvre prêtée par le Musée des beaux-arts du Canada correspond parfaitement au lieu : « Avec son abside du XIIe siècle, la chapelle Fuentidueña des Cloîtres est le lieu rêvé pour cette installation. Elle ressemble vraiment au genre d’endroit qui aurait accueilli ce type de musique. C’est un espace qui fait penser à une église, avec un cadre architectural évocateur, qui possède une merveilleuse acoustique. »

Considéré comme le chef-d’œuvre de Janet Cardiff, Motet à quarante voix est une restitution de 40 voix chorales enregistrées séparément par 40 haut-parleurs haute-fidélité placés sur des supports. Les visiteurs peuvent se déplacer d’un haut-parleur à l’autre pendant la diffusion de onze minutes d’une interprétation du motet à quarante voix du compositeur de la Renaissance anglaise Thomas Tallis (v. 1505–1585), Spem in alium numquam habui. Spem in alium [Mon espérance en nul autre que toi] est vu comme sa plus célèbre composition.

La chapelle Fuentidueña est un prêt permanent du gouvernement espagnol. Construite il y a 75 ans, elle comprend plus de 3 000 blocs de calcaire et se distingue par la richesse de son ornementation : fresque catalane, crucifix massif en bois espagnol du XIIe siècle de 2,6 mètres, entrée italienne de Toscane du XIIsiècle et autres œuvres de la période romane.

Janet Cardiff, Motet à quarante voix (2001). Chapelle Fuentidueña au musée et jardins des Cloîtres. Image : The Metropolitan Museum of Art/Wilson Santiago

« C’est un merveilleux cadre pour l’œuvre, souligne Anne Cardiff. Si les églises avaient d’immenses arches gothiques, c’est pour une raison acoustique, parce que la réverbération spatiale épouse parfaitement la voix des chanteurs. La chapelle est en pierre, et la taille grossière des pierres donne une très belle réverbération. C’est la même chose avec l’iconographie. Les gens qui entrent se trouvent face à face avec cet immense Christ en croix qui domine toute la salle – ce qui, je crois, peut provoquer des sentiments forts, surtout chez les catholiques. »

Anne Strauss indique que l’installation semble susciter des émotions fortes chez tous les visiteurs. « Beaucoup ont les yeux fermés. On voit des réactions émotives. Certains sourient, ils semblent habités par la joie. D’autres ont un peu plus la larme à l’œil. Ils s’étreignent. Ils s’allongent par terre, s’imprègnent de l’œuvre. Ils l’expérimentent sans cesse, réécoutent les cycles en boucle. »

Et la technologie semble s’effacer, note Janet Cardiff. « Quand la musique joue, les haut-parleurs deviennent un peu invisibles, dit-elle à propos de cette alliance entre modernité et Moyen Âge. Nous sommes tellement habitués à voir des haut-parleurs. J’aime travailler avec la technologie moderne qui fait partie de la vie populaire, comme les iPods et les haut-parleurs. C’est presque comme si les gens ne passaient pas par la case technologie, ils vont directement à l’art. »

Motet à quarante voix sera présenté au musée des Cloîtres du Metropolitan Museum of Art jusqu’au 8 décembre 2013.


Par Becky Rynor| 22 octobre 2013
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

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Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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