Au-delà du papier et du crayon. Dessins contemporains à l’Art Gallery of Alberta

Par Robyn Jeffrey le 23 juin 2014

Jason McLean, J’ai vu de l’autre côté (2011), encre noire, acrylique et crayon-feutre de couleur sur papier vélin, 56,6 x 76,4 cm. MBAC

Pour son 90e anniversaire, l’Art Gallery of Alberta (AGA) présente les plus belles créations d’artistes de l’Alberta à côté d’œuvres réalisées ailleurs au Canada et dans le monde entier.

« Nous avons choisi pour notre anniversaire de mettre à l’honneur l’art albertain tout en faisant découvrir des œuvres du monde entier au public de l’Alberta, explique Laura Ritchie, gestionnaire des expositions à l’AGA. Cette exposition nous plait parce qu’elle présente le travail d’une diversité d’artistes. Les visiteurs verront à la fois ce qui distingue l’art de l’Alberta et comment celui-ci rejoint ce qui se passe dans le monde du dessin contemporain. Pour nous, c’est franchement passionnant. »

Organisée par le MBAC et déjà présentée à la Mendel Art Gallery de Saskatoon, l’exposition de l’AGA Nouveaux tracés. Dessins contemporains du Musée des beaux-arts du Canada réunit 36 œuvres dont des dessins à l’encre et au crayon, des aquarelles et des découpures. Certaines décrivent des espaces urbains concrets, d’autres illustrent nos liens avec l’environnement naturel et d’autres encore expriment des conflits dans nos relations à ces deux éléments. Repoussant les limites de leur pratique respective, les artistes misent autant sur la richesse des motifs et sur le soin du détail que sur l’humour et le récit.

Quiconque connaît le célèbre complexe résidentiel Habitat 67 dessiné par Moshe Safdie pour l’Exposition universelle de 1967, à Montréal, peut avoir une impression de déjà-vu devant Axis Mundi (2012), une aquarelle de Tristram Lansdowne qui illustre une série de modules emboîtés s’élevant vers le ciel, agrippés autour d’une mystérieuse île couronnée de nuages roses.

Toutefois, comme l’explique Rhiannon Vogl, adjointe à la conservation au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) et commissaire de l’exposition, la démarche de Tristram Lansdowne transcende l’étude des idéaux de l’architecture moderne. « Il s’intéresse aussi aux limites du Modernisme et prend aux sérieux ses conséquences. On ne sait pas si l’île d’Axis Mundi est une utopie communautaire qui protège tous ses citoyens ou si elle augure plutôt un avenir contre-utopique, puisqu’aucun être humain n’apparaît jamais dans ses œuvres. »

Tristram Lansdowne, Axis Mundi (2012), aquarelle et mine de plomb sur papier vélin, 83,5 x 110,5 cm. MBAC

Axis Mundi est l’une des œuvres fascinantes et saisissantes de cette exposition de dessins récemment acquis par le MBAC. Mais en présentant en même temps le travail de certains des artistes canadiens et internationaux les plus intéressants aujourd’hui, dont Shary Boyle, Peter Doig ou Brian Jungen, cette exposition opportune prend la mesure de la « renaissance du dessin ».

Selon Rhiannon Vogl, le dessin est un antidote à l’évolution de notre société axée sur la technologie et sur un réseautage très serré : « Beaucoup de jeunes artistes s’intéressent au dessin parce que c’est une forme de travail immédiate. Le dessin leur offre la possibilité de travailler au ralenti, méthodiquement et en fonction du temps, de s’attacher à prendre des notes sur les pages, un peu comme s’ils tenaient leur journal ou réfléchissaient au monde dans lequel ils vivent. »

L’un des artistes à approfondir la veine du journal intime est Jason McLean dont Rhiannon Vogl qualifie les dessins présentés ici — Partie décisive pour la classe ouvrière (2010) et J’ai vu de l’autre côté (2011) — de « cartes mentales » psycho-géographiques. Fourmillant de marques et de symboles personnels, ces œuvres documentent en détail les expériences, les observations et les histoires personnelles quotidiennes de l’artiste.

Qu’il s’agisse des surfaces imbriquées de Jason McLean ou des constructions hybrides de Tristram Lansdowne, l’abondance de détails et la maîtrise qui caractérisent tous les dessins de cette exposition méritent des heures de réflexion. Prenons par exemple Édifice (2006), d’Alison Norlen. Dans ce dessin de quatre mètres de haut qui emplit notre champ de vision, rêve et réalité se conjuguent pour créer un paysage qui explore la transformation historique de la région de Kitchener-Waterloo. Comme le note Rhiannon Vogl, l’explosion de couleurs spectaculaires a pour effet de nous « envelopper », un peu comme si nous voyons apparaître en même temps « sous nos yeux une aurore boréale et un feu d’artifice ».

Rhiannon Vogl forme le vœu que les gens commencent à voir le dessin sous une autre perspective en visitant l’exposition. « Les artistes exploitent des procédés différents qui élargissent la notion réelle du dessin », dit-elle en citant Invisible (2008) d’Ed Pien, un dessin réalisé au cutter à l’aide de matériaux réfléchissants 3M, et 33.333333 (2011) de Kelly Mark, une œuvre « griffonnée » par décalque selon une technique dépassée, pour  illustrer le recul des limites de cet art. Et elle ajoute : « Aujourd’hui, l’idée du dessin signifie tellement plus que le papier et le crayon. »

Nouveaux tracés. Dessins contemporains du Musée des beaux-arts du Canada sera à l’affiche de l’Art Gallery of Alberta d’Edmonton jusqu'au 5 octobre 2014.

Avec dossiers de Peter Zimonjic

Par Robyn Jeffrey| 23 juin 2014
Catégories :  Expositions

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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