Beautés monstrueuses à Kamloops

Par Becky Rynor le 17 janvier 2014

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Albrecht Dürer, La bête aux cornes d'agneau (v. 1496–1497), gravure sur bois sur papier vergé, 38,8 x 27,9 cm. MBAC

Des monstres – des beaux monstres – sont sur le point d’envahir la Kamloops Art Gallery (KAG).

Ce musée d’art de la Colombie-Britannique est le dernier lieu en date à accueillir l’exposition itinérante du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), Beautés monstrueuses. Bêtes et créatures fantastiques dans l’estampe européenne ancienne. Cette fois-ci pourtant, l’exposition s’enrichit de deux présentations qui promettent de faire contrepoint au thème du macabre.

« Je suis revenue au sens premier de “baroque” qui signifie “perle irrégulière”, ce qui m’a amenée à réfléchir à d’autres objets et êtres difformes », affirme Sonia Del Re, commissaire de Beautés monstrueuses. J’ai alors remarqué les nombreuses représentations de créatures fantastiques dans les collections du Musée, qu’elles soient de nature mythologique ou qu’elles soient les protagonistes de récits apocalyptiques. C’est ainsi que le thème de l’exposition a germé dans mon esprit. »

L’exposition regroupe une cinquantaine d’estampes européennes des XVe, XVIe et XVIIe siècles toutes tirées de la collection de gravures au burin, d’eaux-fortes et de gravures sur bois du MBAC. Les créatures, bêtes et formes humaines vont du beau à l’hideux, du vrai au fictif, de l’étrange au surprenant.

Sonia Del Re s’est aussi penchée sur la racine latine du mot « monstre » pour y trouver inspiration et matière. « Il est issu du verbe latin monstro, qui signifie “se montrer”. J’ai trouvé ce lien intéressant parce qu’il laisse supposer que quelque chose d’inquiétant est sur le point de se manifester. Il ne s’agit donc pas uniquement de légendes et de créations de l’esprit, mais aussi de la réalité, du monde dans lequel nous vivons et de notre conception de celui-ci. »

Les deux expositions qui accompagnent Beautés monstrueuses misent en partie sur cette combinaison de monstres du monde moderne et de descriptions historiques. Soucieuse de remplir l’espace, Charo Neville, conservatrice au KAG, s’est adressée à Sonia Del Re pour voir quelles œuvres des collections du MBAC pouvaient l’aider à approfondir la question de la fascination humaine pour le monstrueux. 

« Beautés monstrueuses est une exposition totalement fascinante. Et les visiteurs, quels qu’ils soient, peuvent tirer profit sur toutes sortes de plans de ces anciennes œuvres originales, précise Charo Neville. Le thème du monstre intrigue vraiment les gens, et l’intérêt généralisé pour les films de vampires et de zombies nous a soufflé toutes sortes d’idées pour nos programmes publics. »

L’une des expositions complémentaires est Picasso’s Beasts: Selections from the National Gallery of Canada [Le bestiaire de Picasso. Une sélection du Musée des beaux-arts du Canada], une présentation d’une centaine d’eaux-fortes réalisées par Picasso pour Ambroise Vollard, ce marchand d’art parisien qui lui offrit sa première exposition individuelle en 1901. Produites entre 1930 et 1937, elles ont pour sujet le Minotaure, un monstre de la mythologie grecque moitié-homme, moitié-taureau.

Pour parachever ce thème, la KAG propose également unlimited edition [édition illimitée], une sélection d’estampes d’artistes autochtones tirées de sa propre collection qui sont toutes liées à la mythologie de la tradition orale dans la culture autochtone.

Beautés monstrueuses se décline sur cinq thèmes : chimères religieuses, créatures mythologiques, monstres marins, chevaux de guerre et motifs décoratifs.

Selon Sonia Del Re, certaines estampes, dont le célèbre Combat des dieux marins d’Andrea Mantegna, représentent des thèmes mythologiques ou allégoriques. D’autres, comme La Grande Prostituée de Babylone de Dürer, livrent un message plus moralisateur. Quel qu’en soit le thème, le ton ou la signification, il est difficile d’en détourner le regard.

« C’est cette tension entre l’attirance et le rejet que nous ressentons pour l’Autre, l’inconnu, qui est le vrai sujet de cette exposition, ajoute-t-elle. Les monstres incarnent certaines de nos peurs et de nos angoisses, et c’est pour cela qu’ils nous fascinent. »

Beautés monstrueuses, Picasso’s Beasts et unlimited edition sont présentées à la Kamloops Art Gallery du 17 janvier au 22 mars 2014. 

Avec dossiers de Peter Zimonjic


Par Becky Rynor| 17 janvier 2014
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Becky Rynor

Becky Rynor

Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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