Casse-tête de précision. M.C. Escher: The Mathemagician [Le mathémagicien]

Par Becky Rynor le 18 mars 2013

M.C. Escher, Main tenant un miroir sphérique (1935), lithographie sur papier vélin avec couche argentée, 31,8 x 21,4 cm. MBAC. Don de George Escher, Mahone Bay (Nouvelle-Écosse), 1989. © 2013 The M.C. Escher Company, Pays-Bas. Tous droits réservés. www.mcescher.com

En 1956, le graphiste néerlandais Maurits Cornelis Escher écrivait à son fils Arthur, à propos d’une œuvre qu’il venait de terminer :

« L’étrange gravure dont je t’ai parlé la fois dernière est terminée, mais elle n’est pas encore imprimée.
Je ne pense pas avoir réalisé quelque chose d’aussi bizarre de toute ma vie. Elle montre, entre autres choses, un jeune homme qui regarde avec attention une estampe qui le représente, accrochée au mur d’une exposition. Comment est-ce possible ? Peut-être ne suis-je pas très éloigné de l’univers courbe d’Einstein. »

La pièce à propos de laquelle M.C. Escher avait cette réflexion est sa lithographie, Exposition d’estampes, l’une des 54 œuvres présentées à la Judith & Norman ALIX Art Gallery à Sarnia, en Ontario, jusqu’au 21 avril. Que même Escher – aujourd’hui l’un des artistes les plus célèbres au monde – soit perplexe devant son propre travail est surprenant et plutôt fascinant, comme l’affirme la conservatrice du musée, Lisa Daniels.

« Ce qui attire l’œil, c’est la composante magique, universelle, de ses œuvres, dit-elle. Ce sont comme des casse-tête. Elles se jouent de l’esprit, et elles plaisent à un vaste éventail de personnes. Nous avons, parmi nos visiteurs, autant de classes avec des professeurs de mathématiques que des professeurs d’art. »

Escher était fasciné par l’infini, les mathématiques et la physique, sans oublier la lumière, la couleur et la gravure. Ces passions combinées l’ont amené à créer une œuvre qui est probablement sans équivalent pour ce qui est de sa profondeur et sa complexité.

« On peut y trouver une obsession qui se décline en termes de perfection mathématique, avec une déformation devant cette perfection, une tentative de la contrecarrer parfaitement, soutient Daniels. Même la technique de l’estampe sur bois et du mezzotinte ajoute à cette dimension d’obsession, à cause des détails que l’artiste multiplie. La complexité, pour des gravures sur bois, est phénoménale. »

Cette exposition comprend des estampes tirées de la collection du Musée des beaux-arts du Canada qui retracent sa carrière extraordinaire. Certaines comptent parmi les premières gravures et expériences sur la division régulière d’une surface plane, réalisées pendant ses études à l’École d’architecture et de dessin ornemental d’Haarlem aux Pays-Bas. D’autres reflètent ses succès ultérieurs dans la maîtrise de la lithographie, de l’eau-forte et du mezzotinte.

Selon Daniels, l’intérêt suscité par Escher chez un vaste public a conforté sa décision de présenter ces œuvres dans le cadre d’une des premières expositions dans ce nouveau musée de Sarnia, inauguré en octobre 2012.

« Lors d’une exposition, en général, les visiteurs font le tour lentement, regardent, puis s’en vont. Ce que j’ai vu ici, ce sont des personnes debout devant ces œuvres et suivant le dessin avec les doigts, sans toucher, mais essayant de faire les liens avec les détournements et virages de la perspective. Ils s’y perdent. »

Si la plupart d’entre nous ont vu des reproductions du travail d’Escher, Daniels affirme que le fait d’observer des originaux les « humanise ».

« Quand vous êtes devant les originaux, vous voyez la trace de la main de l’artiste. Les reproductions sont tellement précises, l’humain ne se remarque pas. Dans les originaux, on peut voir des traces de la production non mécanisée. C’est une personne qui les a dessinés. Il y a une profondeur qui manque dans les reproductions. »


Par Becky Rynor| 18 mars 2013
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Becky Rynor

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Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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