Chaises de jardin et baleines blanches : Transmutation et Vienne, de Brian Jungen

Par Équipe Magazine MBAC le 15 février 2017



Brian Jungen, Vienne (gauche), 2003, chaises en plastique polypropylène blanc, 125 x 850 x 130 cm. MBAC. Acheté en 2004 avec le Fonds Joy Thomson pour l’acquisition d’oeuvres d’art de jeunes artistes canadiens, Fondation du Musée des beaux-arts du Canada / Brian Jungen, Transmutation (droite), 2000, chaises en plastique polypropylène blanc, 145 x 660 x 132 cm. MBAC

Cet hiver, les inconditionnels d’art contemporain et autochtone canadien ne voudront certainement pas manquer une exposition temporaire dans la salle d’art contemporain B205 du deuxième étage au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). 

Transmutation (2000) et Vienne (2003), de Brian Jungen, sont actuellement présentées ensemble au MBAC. Si ces œuvres font toutes deux parties de la collection nationale, leur taille est telle (respectivement 6,6 et 8,5 mètres de long) qu’on les voit rarement côte à côte. 

Première et troisième pièces d’une trilogie évoquant des squelettes de baleines, Transmutation et Vienne, ainsi que la seconde, Cetology (Cétologie) (2002), dans la collection de la Vancouver Art Gallery, sont réalisées à partir de chaises de jardin en plastique. Représentant un animal considéré par de nombreux peuples autochtones comme une créature ayant une grande puissance spirituelle, les sculptures de cétacés de Jungen font également penser à des présentations dans les musées d’histoire naturelle et rappellent les baleines captives dans les parcs aquatiques et les aquariums.


Brian Jungen, Transmutation, 2000, chaises en plastique polypropylène blanc, 145 x 660 x 132 cm. MBAC

Jungen voit le jour en 1970 dans une région éloignée du Nord de la Colombie-Britannique. Son père est originaire de Suisse, et sa mère est une Dane-zaa. Jungen entreprend ses études à l’Université Concordia à Montréal, avant d’être diplômé de l’Emily Carr Institute of Design à Vancouver, en C.-B. Il est le lauréat du premier prix artistique Sobey en 2002, et son travail est présenté lors d’expositions individuelles et collectives partout dans le monde, notamment dans le cadre de Sakahàn et de la dOCUMENTA (13). Les œuvres de cet artiste qui vit à Vancouver se trouvent également dans de nombreuses collections publiques et particulières.

L’une des caractéristiques de la pratique de Jungen est son expérimentation avec les matériaux commerciaux pour créer des constructions inattendues. Parmi ses œuvres les plus connues figurent les masques créés à partir de chaussures de course, des mâts totémiques réalisés avec des sacs de golf et des tipis avec des canapés en cuir. Outre la sculpture, il s’est également fait remarquer pour ses œuvres monumentales en fibres comme Le drapeau du peuple (2006) et des installations comme Le court (2004), toutes deux aussi dans la collection nationale. 

Avoir Transmutation et Vienne dans la même salle donne une occasion unique au visiteur de comparer les différences entre les approches et les matériaux. Le titre de la première œuvre, Transmutation, renvoie au processus spirituel de la métamorphose que l’on retrouve dans de nombreuses cultures entre humains, animaux et êtres surnaturels. Dans ce cas, l’œuvre traduit aussi la transformation par l’artiste d’un produit de consommation courante (les chaises en plastique blanc bon marché) en objets à la majesté et au pouvoir mystérieux. 

Le titre de l’œuvre sœur, Vienne, indique le lieu où elle a été créée. Les chaises en plastique qui la constituent provenant également de Vienne, les visiteurs trouveront intéressant de pouvoir comparer les matériaux utilisés dans les deux sculptures.


Brian Jungen, Vienne, 2003, chaises en plastique polypropylène blanc, 125 x 850 x 130 cm. MBAC. Acheté en 2004 avec le Fonds Joy Thomson pour l’acquisition d’oeuvres d’art de jeunes artistes canadiens, Fondation du Musée des beaux-arts du Canada

Les baleines de Jungen traitent aussi de problématiques écologiques. Les déversements de pétrole, matière première du plastique, viennent bien sûr à l’esprit, tout comme les amas de déchets à la dérive dans l’océan Pacifique. Ces « décharges ambulantes », réputées couvrir collectivement environ la moitié de la taille du continent nord-américain, sont surtout constituées de plastique et peuvent atteindre une profondeur de 30 mètres, compromettant la liberté de mouvement et le bien-être de la faune et la flore marines.

Dans de nombreuses légendes et histoires autochtones sur la création, les baleines occupent une place de choix. Elles créent le monde et sauvent les humains. Elles causent aussi des destructions, elles sont chassées. Dans le monde d’aujourd’hui, elles sont traquées jusqu’à l’extinction par des bateaux-usines et leurs ossements jonchent de véritables cimetières marins à proximité des anciens ports baleiniers.

Dans le Nord-Ouest Pacifique, où Jungen a puisé l’essentiel de son inspiration, les baleines font toujours partie intégrante de la culture autochtone. Et avec ces sculptures faites de plastique de consommation jetable, l’artiste rend un hommage durable à ces géants des profondeurs et à leur ballet complexe avec l’humanité.

Transmutation et Vienne sont actuellement présentées dans la salle d’art contemporain B205 du deuxième étage au Musée des beaux-arts du Canada.


Par Équipe Magazine MBAC| 15 février 2017
Catégories :  Expositions

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