Des scènes urbaines aux natures mortes. Les symphonies domestiques de Margaret Watkins

Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC le 20 mai 2014

Margaret Watkins, Nature morte – tuyau de douche (1919), épreuve à la gélatine argentique, 21,2 x 15,9 cm. MBAC. Acheté en 1984 grâce à une subvention du Gouvernement du Canada en vertu de la Loi sur l'exportation et l'importation de biens culturels

Après plus d’un siècle, les œuvres de la photographe canadienne Margaret Watkins obtiennent enfin la reconnaissance qu’elles méritent – cette fois-ci des amateurs du sud-ouest de l’Ontario.

Margaret Watkins. Symphonies domestiques est la première rétrospective jamais réalisée sur la carrière de cette photographe. Présentée pour la première fois au Musée des beaux-arts du Canada en 2012, elle a été chaleureusement accueillie un peu plus tôt cette année par les visiteurs du McMaster Museum of Art de Hamilton, en Ontario. Elle prendra l’affiche à partir du 17 mai au Museum London, en Ontario.   

« Watkins est née dans la région, ce qui fait plaisir à nos visiteurs. Mais ce qui nous plaît par-dessus tout, c’est de pouvoir présenter le travail d’une immense photographe, extrêmement respectée, qui a déjà été exposée en Europe aux États-Unis. Elle a vraiment une dimension nationale et internationale », explique Cassandra Getty, conservatrice de l’art au Museum London.

Watkins n’a pourtant pas toujours été aussi célèbre. L’histoire de l’art peut parfois décoter, oublier ou carrément supprimer de ses pages l’œuvre d’un artiste… ce qui a bien failli arriver à cette artiste.

Née à Hamilton en 1884, Margaret Watkins a déménagé à Boston en 1908 et travaillé pour un studio de portraits avant de s’installer à New York où elle est devenue une photographe professionnelle accomplie. De 1916 à 1928, elle a enseigné à la prestigieuse école de photographie de Clarence H. White, dans le Maine, puis à New York. Parmi ses élèves figurent entre autres Margaret Bourke-White, Laura Gilpin, Paul Outerbridge, Ralph Steiner et Doris Ulmann, des artistes qui ont tous leur place dans la collection du MBAC

En 1928, Watkins quitte New York pour prendre soin de ses tantes maternelles qui vivent à Glasgow, en Écosse. Elle ne reviendra plus jamais en Amérique du Nord. Bien que ses photos ne semblent pas lui avoir procuré de vrais revenus après cette date, elle se révèle néanmoins une amatrice passionnée, spécialiste des scènes de rue en Russie, en Allemagne et en France. Élue membre associée de la Royal Photographic Society, elle est aussi la première femme à intégrer la Glasgow and West of Scotland Photographic Association. Lorsqu’elle décède en 1969, son talent de photographe est largement oublié mais son exécuteur testamentaire découvre chez elle, à Glasgow, des centaines de clichés qui seront le point de départ de plusieurs expositions personnelles en Grande-Bretagne et Amérique du Nord.

« Le mérite de la réhabilitation de Watkins et de son retour dans l’histoire de la photographie revient en grande partie à Lori Pauli dont le rôle nous a vraiment aidés à comprendre cette artiste, souligne Cassandra Getty. Nous avons réussi un beau coup grâce au Musée des beaux-arts du Canada qui a eu la générosité de partager ces œuvres avec des petits établissements comme le nôtre. »

Lori Pauli, conservatrice de la photographie au MBAC et commissaire de l’exposition, a découvert Watkins presque par accident. « Il y avait sept de ses œuvres dans la collection du Musée et je suis tombée dessus par hasard, en faisant une recherche pour une autre exposition, se souvient-elle. Ces photos sublimes avaient été réalisées par une personne née à Hamilton. Je suis moi-même née à Guelph, pas loin de là, et j’ai pensé : ‘Mais pourquoi n’ai-je jamais entendu parler de cette artiste et de son œuvre ?’ »

D’où sa décision de consacrer une grande exposition à Margaret Watkins, un projet qui a finalement exigé près de 25 ans de préparation. L’inauguration longtemps attendue de cette présentation au MBAC, en octobre 2012, a permis à l’artiste de retrouver sa place légitime dans les annales de la photographie du XXe siècle et signé le coup d’envoi du rapatriement de son œuvre dans le sud-ouest de l’Ontario.

« C’est vraiment fabuleux de la voir revenir chez elle, ajoute Lori Pauli. New York lui a offert une rétrospective avant son départ, mais il ne s’est pas passé grand-chose ensuite. C’est donc sa première grande exposition personnelle depuis les années 1920. » 

Margaret Watkins. Symphonies domestiques rassemble plus de 100 photos allant de paysages et de portraits artistiquement floutés à des scènes urbaines et des vitrines commerciales, sans oublier des créations publicitaires et des natures mortes. Comme le souligne Lori Pauli : « Son travail ajoute une toute nouvelle dimension à l’histoire de la photographie moderniste et pictorialiste. ». 

L’exposition sera présentée au Museum London du 17 mai au 7 septembre. Pour de plus amples renseignements, cliquez ici.


Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC| 20 mai 2014
Catégories :  Expositions

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