Les premières photographies d’exploration au Canada

Par Andrea Kunard, Conservatrice adjointe, photographies, MBAC le 30 mai 2013

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Photographe inconnu, Camp des relevés des Royal Engineers du sergent Kay près de North Antler Creek (1873), épreuve à l’albumine, Bibliothèque et Archives Canada

Un vent d’expansion souffle au milieu du XIXe siècle au Canada. Alimentée par la fièvre de la construction ferroviaire, l’industrie brûle d’impatience d’exploiter les vastes ressources de l’intérieur du pays et les jeunes fermiers, incapables de trouver des terres à l’est, pensent à s’établir à l’ouest. Réagissant à ces besoins et craignant une expansion américaine vers le nord, les gouvernements britannique et canadien envoient plusieurs expéditions d’exploration à l’intérieur des terres pour évaluer le potentiel de ressources et la possibilité de colonisation.

Qu’il s’agisse de l’encombrant procédé au collodion humide nécessitant le transport de plaques de verre et de produits chimiques ou de la technique plus commode de la plaque sèche apparue plus tard, dans les années 1870, la photographie joue un rôle important. Et si les images qui accompagnent les rapports gouvernementaux de l’époque sont appréciées pour leur côté pratique, elles sont aujourd’hui des documents aimés et précieux, qui ont immortalisé les peuples et les territoires du Nord-Ouest juste avant les bouleversements provoqués par l’édification du pays, la colonisation et le commerce.

Puisant dans la vaste collection de Bibliothèque et Archives Canada, Les premières photographies d’exploration au Canada présente des photos de plusieurs expéditions. La plus ancienne, qui date l’expédition d’exploration de l’Assiniboine et de la Saskatchewan (1858) ayant pour but d’évaluer les sols, le climat et le potentiel agricole de la région entourant la ville actuelle de Winnipeg, été prise par Humphrey Lloyd Hime.

Un autre ensemble de photos prises par les ingénieurs du génie royal pendant la mission de la Commission frontalière nord-américaine (1858–1862 et 1872–1875) montrent l’équipe chargée de délimiter la frontière du 49e parallèle. Des images de Benjamin Baltzly et de Georges Dawson illustrant respectivement les levés de 1871 et de 1878–1879 de la Commission géologique du Canada (CGC) sont aussi exposées. Plusieurs équipes envoyées par la CGC à l’intérieur des terres avaient pour tâche de trouver des spécimens géologiques, mais aussi des artefacts autochtones et des échantillons de faune et de flore. Toutefois d’autres photos, prises par Charles Horetzky, documentent l’arpentage effectué pour la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique (1871-1879) en vue d’établir le meilleur tracé de la voie ferrée transcontinentale.

Bien que le but de ces images ait été de fournir des informations documentaires, beaucoup sont aussi des interprétations subjectives de territoires et de peuples peu compris par les explorateurs. Par exemple, le chef de l’expédition de 1858, Henry Youle Hind, voulait être considéré comme un scientifique pratique et comme un explorateur aventureux. Les rapports qu’il publie au retour de l’expédition allient ferveur religieuse et sens du dramatique, sans toutefois jamais se départir d’une inébranlable confiance dans les notions victoriennes du progrès.

Les images de Hime poursuivent des objectifs très divers : si le crâne humain présent dans La prairie, en direction ouest ajoute à la scène le spectre de la mort, La prairie, sur les rives de la rivière Rouge, en direction sud produit l’effet inverse avec sa terre fraîchement labourée, symbole du succès de l’agriculture victorienne. D’autres photos, allant de descriptions « exotiques » de la population autochtone à d’austères vues d’églises et de maisons, confirment la complexité du mélange des cultures autochtones et européennes.

Plusieurs œuvres attestent la capacité de la photographie à refléter toutes sortes d’intérêts. Bien que les photos de Benjamin Baltzly, un employé de William Notman, de Montréal, se justifient pour leur valeur commerciale et scientifique, celui-ci n’en a pas moins réalisé quantité d’images d’une nature sublime et romancée qui trahissent un tempérament religieux et artistique.

Charles Horetzky a été plus ambitieux. Dédaignant son rôle de photographe, il voulait être vu comme un ingénieur d’exploration. S’opposant à l’arpenteur en chef sir Sandford Fleming, il s’est vigoureusement prononcé pour le trajet de la rivière Pine plutôt que pour celui du col de la Tête-Jaune privilégié par Fleming pour traverser les montagnes. Son tracé ayant été rejeté, il publie un traité dans lequel il critique Fleming. Son caractère coléreux ne l’empêche pourtant pas d’apprécier avec une stupeur respectueuse l’atmosphère changeante des paysages et de décrire les forces élémentaires avec une humilité empreinte de force poétique.

George Dawson était d’une nature plus placide. Infatigable explorateur, scientifique et photographe, il est naturaliste et géologue à la Commission frontalière nord-américaine en 1872 et produit des rapports appréciés sur la géologie, l’histoire naturelle et la géographie des prairies. Également ethnologue et anthropologue, il se passionne pour les Haïdas, photographie leurs villages et étudie leur langue. Au cours de ses voyages vers l’ouest, il envoie de nombreux artefacts et spécimens à l’est, posant ainsi les jalons des collections des principaux établissements d’Ottawa et de Montréal dont le Musée de la nature, le Musée canadien des civilisations et l’Université McGill.

Les premières photographies d’exploration au Canada est à l'affiche au MBAC jusqu'au 29 september 2013


Par Andrea Kunard, Conservatrice adjointe, photographies, MBAC| 30 mai 2013
Catégories :  Expositions

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