Entre aurore boréale et feu d’artifice : Dessins contemporains de la collection du Musée des beaux-arts du Canada

Par Robyn Jeffrey le 24 janvier 2014

Tristram Lansdowne, Axis Mundi (2012), aquarelle et mine de plomb sur papier vélin, 83,5 x 110,5 cm. MBAC

Quiconque connaît le célèbre complexe résidentiel Habitat 67 dessiné par Moshe Safdie pour l’Exposition universelle de 1967, à Montréal, peut avoir une impression de déjà-vu en découvrant Axis Mundi (2012), une aquarelle de Tristram Lansdowne qui illustre une série de modules emboîtés s’élevant vers le ciel, agrippés autour d’une mystérieuse île couronnée de nuages roses.

Toutefois, comme l’explique Rhiannon Vogl, adjointe à la conservation au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), la démarche de Tristram Lansdowne transcende l’étude des idéaux de l’architecture moderne : « Il s’intéresse aussi aux limites du Modernisme et prend aux sérieux ses conséquences. On ne sait pas si l’île d’Axis Mundi est une utopie communautaire qui protège tous ses citoyens ou si elle augure plutôt un avenir contre-utopique, puisqu’aucun être humain n’apparaît jamais dans ses œuvres. »

Axis Mundi est l’une des œuvres fascinantes et saisissantes de Dessins contemporains de la collection du Musée des beaux-arts du Canada, une exposition opportune qui réunit plus de 40 dessins récemment acquis par le MBAC actuellement à l’affiche à la Mendel Art Gallery de Saskatoon. Mais en présentant en même temps le travail de certains des artistes canadiens et internationaux les plus intéressants aujourd’hui, dont Shary Boyle, Peter Doig ou Brian Jungen, l’exposition prend la mesure de la « renaissance du dessin ».

Jason McLean, J’ai vu de l’autre côté (2011), encre noire, acrylique et crayon-feutre de couleur sur papier vélin, 56,6 x 76,4 cm. MBAC

Selon Rhiannon Vogl, commissaire de l’exposition, le dessin est un antidote à l’évolution de notre société axée sur la technologie et sur un réseautage très serré : « Beaucoup de jeunes artistes s’intéressent au dessin parce que c’est une forme de travail immédiate. Le dessin leur offre la possibilité de travailler au ralenti, méthodiquement et en fonction du temps, de s’attacher à prendre des notes sur les pages, un peu comme s’ils tenaient leur journal ou réfléchissaient au monde dans lequel ils vivent. »

L’un des artistes à approfondir cette veine du journal intime est Jason McLean dont Rhiannon Vogl qualifie les dessins présentés dans cette exposition — Partie décisive pour la classe ouvrière (2010) et J’ai vu de l’autre côté (2011) — de « cartes mentales » psycho-géographiques. Fourmillant de marques et de symboles personnels, ces œuvres documentent en détail les expériences, les observations et les histoires personnelles quotidiennes de l’artiste.

Alison Norlen, Édifice  (2006), craie de couleur et pastel sur lavis à l’aquarelle sur papier vélin, 370 x 550 cm. MBAC

Qu’il s’agisse des surfaces imbriquées de Jason McLean ou des constructions hybrides de Tristram Lansdowne, l’abondance de détails et la maîtrise qui caractérisent toutes les dessins de cette exposition méritent des heures de réflexion. Prenons par exemple Édifice (2006), d’Alison Norlen. Dans ce dessin de quatre mètres de haut qui emplit notre champ de vision, rêve et réalité se conjuguent pour créer un paysage qui explore la transformation historique de la région de Kitchener-Waterloo. Comme le note Rhiannon Vogl, l’explosion de couleurs spectaculaires a pour effet de nous « envelopper », un peu comme si nous voyons apparaître en même temps « sous nos yeux une aurore boréale et un feu d’artifice ».

Rhiannon Vogl forme le vœu que les gens commencent à voir le dessin sous une autre perspective en visitant l’exposition. « Les artistes exploitent des procédés différents qui élargissent la notion réelle du dessin », dit-elle en citant Invisible (2008) d’Ed Pien, un dessin réalisé au cutter à l’aide de matériaux réfléchissants 3M, et 33.333333 (2011) de Kelly Mark, une œuvre « griffonnée » par décalque selon une technique dépassée, pour  illustrer le recul des limites de cet art. Et elle ajoute : « Aujourd’hui, l’idée du dessin signifie tellement plus que le papier et le crayon. »

Dessins contemporains de la collection du Musée des beaux-arts du Canada est l’affiche de la Mendel Art Gallery de Saskatoon jusqu’au 30 mars 2014.


Par Robyn Jeffrey| 24 janvier 2014
Catégories :  Expositions

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Robyn Jeffrey, écrivaine et réviseure, habite Wakefield, au Québec.

 

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