L'exposition des Prix du GG braque les projecteurs sur un groupe de Canadiens illustres

Par Katherine Stauble, équipe MBAC le 23 mars 2016

La photo aérienne d’un paysage rougeoyant d’Islande signée Edward Burtynsky. Les immenses blocs de granit gravés de Bill Vazan. La peinture monumentale de la Voie maritime du Saint-Laurent par Wanda Koop. Ce ne sont que quelques-unes des œuvres d’envergure présentées au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) dans le cadre des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques (PGGAVAM) 2016.

Les PGGAVAM honorent des Canadiens pour leur carrière remarquable dans les domaines des beaux-arts ou des arts appliqués, du cinéma, de la vidéo, de l’audio, des nouveaux médias et des métiers d’art. Chaque année, le MBAC s’associe au Conseil des arts du Canada pour présenter une exposition des œuvres des lauréats. Outre Burtynsky, Vazan et Koop, on trouve cette année dans ce groupe illustre les artistes Phil Hoffman, Jane Kidd, Suzy Lake et Mark Lewis, ainsi que la conservatrice Marnie Fleming. 

Rhiannon Vogl, conservatrice associée de l’art contemporain au MBAC et commissaire pour la sixième année de l’exposition des PGGAVAM, a réuni une fois de plus un groupe cohérent d’œuvres créées par les lauréats, allant des photographies aux vidéos et aux peintures, en passant par les sculptures, les tapisseries et les publications. On trouve également huit « portraits vidéo » des gagnants, commandités par le Conseil des arts du Canada. Les vidéos, réalisées chacune par un cinéaste indépendant différent, sont en elles-mêmes des œuvres d’art éminemment fascinantes, qui proposent une plongée dans les élans, les préoccupations et les processus de travail de leur sujet.

Dans une entrevue avec Magazine MBAC, Vogl explique à quel point il était formidable de monter une exposition consacrée à un groupe de Canadiens si influents, prolifiques et dynamiques. « La stature de ces artistes est tellement grande. C’est vraiment un témoignage de ce qu’est l’art au Canada aujourd’hui. Chacun de ces créateurs a une énorme importance. »

Voici un survol rapide du parcours des lauréats et des œuvres présentées dans l’exposition.

 

EDWARD BURTYNSKY

 

Edward Burtynsky, Puits à degrés nº 4, Sagar Kund Baori, Bundi, Rajasthan, Inde (2010), épreuve à développement chromogène, 152,4 x 202,7 cm; image : 152,4 x 202,7 cm. MBAC. Photo : Edward Burtynsky, tous droits réservés. Avec l’autorisation de la Nicholas Metivier Gallery, Toronto

Les extraordinaires photographies couleur grand format de paysages industriels d’Edward Burtynsky ont valu à leur auteur une renommée internationale dans les cercles aussi bien artistiques, cinématographiques qu’environnementaux. Né à St. Catharine’s, en Ontario, et aujourd’hui installé à Toronto, Burtynsky est attiré tôt dans sa carrière par le paysage canadien et notamment celui de ses industries primaires; il se risque alors dans les carrières, les mines et les parcs à ferraille, dont il ramène d’imposantes photographies en couleurs. Ses images, dont beaucoup sont prises alors qu’il est penché au-dehors d’un avion, sont saisissantes par leurs teintes texturées semblables à des mosaïques, et rappellent souvent des toiles de Dubuffet, Picasso et autres modernistes ou, dans le cas de sa série Chine, évoquent la peinture traditionnelle shanshui.

En 2003, le MBAC, qui possède actuellement plus de 120 œuvres de Burtynsky, présente Paysages manufacturés, première rétrospective majeure consacrée à l’artiste. Pour l’exposition des PGGAVAM, Vogl a choisi trois grandes photographies couleur de la série Eau, acquises en 2014, qui sont exposées ici pour la première fois. Puits à degrés nº 4, Sagar Kund Baori, Bundi, Rajasthan, Inde (2010), par exemple, montre une installation pluricentenaire utilisée pour collecter l’eau pendant la mousson, aujourd’hui jonchée de détritus.

Le travail de Burtynsky invite à une interprétation à plusieurs niveaux. Comme il l’explique dans le portrait vidéo, on peut y voir l’illustration d’un désastre écologique ou du progrès humain. Ou encore, « on peut le regarder sous l’angle de la valeur artistique, et se demander s’il frappe l’imagination et crée une forme d’émerveillement. Je crois que si vous considérez l’œuvre dans son ensemble, c’est un récit d’équilibre sur le fil du rasoir. Nous sommes à la veille de connaître trop de succès. Nous tenons la nature à notre merci, et nous ne lâchons pas prise. »

 

MARNIE FLEMING

  

Photo : Daniel McIntyre

Conservatrice de l’art contemporain pendant plus de 20 ans des Oakville Galleries, Marnie Fleming s’est forgé une réputation d’excellence pour avoir transformé une petite institution de banlieue quelque peu fragmentée en un des musées les plus importants au pays. Prêtant attention aux artistes de la relève, forte d’un grand discernement dans les acquisitions et audacieuse en matière de programmation, elle est à l’origine d’un nombre impressionnant d’expositions et de publications. « Sa carrière aux Oakville Galleries a été tellement déterminante, apprécie Vogl. Elle a révolutionné la manière de gérer un musée régional. »

Parmi les choix visionnaires de Fleming, on notera cette commande d’une promenade audio à Janet Cardiff, qui a contribué à faire connaître l’artiste sur la scène internationale. Au cours de ses années à Oakville, Fleming fait l’acquisition et expose des œuvres de nombreux artistes qui vont eux-mêmes gagner le Prix du gouverneur général, comme Kim Adams, Robert Fones, Angela Grauerholz, Mark Lewis, Micah Lexier, Liz Magor, David Rokeby, Lisa Steele, Kim Tomczak et Colette Whiten. On pourra voir différents catalogues, matériels d’archives et publications ayant trait à ces artistes.


PHILIP HOFFMAN

 

Philip Hoffman, ?O,Zoo! (The Making of a Fiction Film) [?O, Zoo! (Comment faire un film de fiction)], 1986, film 16 mm reporté sur vidéo numérique. Avec l’autorisation de l’artiste

Le cinéaste expérimental Philip Hoffman, qui vit à Mount Forest, en Ontario, réalise des films depuis les années 1980, explorant expériences, histoire et souvenirs personnels dans un style proche du journal intime. Ses films associent souvent séquences filmées récupérées et originales, tant analogiques que numériques. « Collectionner, archiver, avoir du matériel auquel je peux revenir est une partie importante de mon processus de réalisation », explique Hoffman dans le portrait vidéo d’accompagnement. « J’ai des caisses de pellicule sous la maison. J’ai commencé à me servir des instantanés familiaux pour comprendre comment le passé vit dans le présent. »

Trois de ses films sont présentés ici : ?O,Zoo! (The Making of a Fiction Film) [?O, Zoo! (Comment faire un film de fiction)], réalisé en 1986, alors qu’Hoffman est en formation auprès du cinéaste britannique Peter Greenaway sur le plateau de Zoo. Il combine réflexions sur cette expérience et séquences récupérées tournées par le grand-père d’Hoffman, un caméraman d’actualités. AGED [ÂGÉ] (2014) est un portrait poignant des dernières années de la vie de son père, alors que By The Time We Got To Expo [Lorsque nous sommes allés à l’Expo] (2015), réalisé en collaboration avec Eva Kolcze, revisite l’Expo 67. Hoffman est également un enseignant influent et il est cofondateur de Film Farm, ou Independent Imaging Retreat, un atelier de réalisation cinématographique annuel.


JANE KIDD 

  

Jane Kidd, Curiosités – Appariement no 1 (2013), tapisserie montée sur support de bois, 66 cm x 56 cm. Collection de l’artiste. Photo : John Cameron

La tisserande Jane Kidd, de l’île Saltspring, en C.-B., est la lauréate cette année du prix Saidye Bronfman pour l’excellence dans les métiers d’art. Ses remarquables tapisseries en laine intègrent des symboles allégoriques, des éléments graphiques et des photographies liés aux dimensions de culture matérielle, de science, de technologie et d’écologie. Parmi les œuvres présentées se trouvent deux tapisseries de sa série Curiosités (2013), qui fait référence au traditionnel cabinet de curiosités. Dans l’une d’elles, une feuille est accolée à un corail pour créer un nouvel hybride, alors qu’une autre associe coquillage et cage thoracique humaine. « Je vois ces œuvres comme un artifice pseudo-scientifique, une aberration artificielle de l’ordre naturel, écrit Kidd. Les tapisseries sont présentées comme des spécimens montés et exposés, suggérant des relations et/ou des contradictions entre art et science, imagination et savoir, décoration et présentation. »

WANDA KOOP

   

Wanda Koop, Ma mère vit sur cette île (2012), acrylique sur toile, 289,5 x 406,4 cm. MBAC. CARCC, tous droits réservés, 2016

Au cours d’une carrière de 40 ans, l’artiste de Winnipeg Wanda Koop explore en peinture, vidéo, photographie et performance la manière dont la technologie vient brouiller la nature. Les visiteurs du MBAC se rappellent sans doute ses grandes et puissantes toiles présentées à l’occasion de la rétrospective qui lui a été consacrée en 2011, qui proposait une recréation de son atelier avec les dessins, carnets et papillons adhésifs composant un processus de création qui s’appuie sur de nombreuses recherches. Pour l’exposition des PGGAVAM, Vogl a choisi une œuvre de la collection nationale, Ma mère vit sur cette île (2012), un tableau de quatre mètres de long de la série SEEWAY [VOIES DU LARGE] de Koop, dans laquelle l’artiste rapporte ses impressions d’un voyage de sept jours sur le fleuve Saint-Laurent à bord d’un cargo. Avec des couches de peinture d’un bleu intense et des lavis vaporeux, elle installe une ambiance onirique, empreinte de souvenirs. Ce tableau est pour Koop un hommage à sa mère, femme très créative qui a survécu à la Révolution russe et élevé six filles. « Il a été peint comme cadeau en son honneur, et il est l’aboutissement de tout ce que je sais. »

SUZY LAKE

  

Suzy Lake, En pleine haute couture no 1 (2014), épreuve à développement chromogène. Avec l’autorisation de l’artiste et de Georgia Scherman Projects, Toronto. Photo : Suzy Lake et Miguel Jacob

Photographe, vidéaste et artiste de performance influente, Suzy Lake est également une pionnière dans l’essor des centres d’art autogérés. Née à Detroit et active dans le mouvement des droits civiques, elle quitte les É.-U. en 1968 au plus fort de la guerre du Vietnam, s’établit à Montréal puis à Toronto. Tôt dans sa carrière, Lake utilise la photographie, l’autoportrait et une approche conceptuelle pour explorer les questions de l’identité, du genre et, plus récemment, de la beauté et du vieillissement.

Dans En pleine haute couture no 1 et no 2 (2014), présentées ici, c’est une Lake de 67 ans qui pose devant l’appareil photo dans une posture guerrière, vêtue d’un soyeux costume pantalon conçu par un créateur de mode. Les tons feutrés de gris et les mouvements captés en utilisant une vitesse d’obturation lente contribuent à créer une impression partagée de grande force et de vulnérabilité.

MARK LEWIS

 

Mark Lewis, Above and Below the Minhocão [Au-dessus et en dessous du Minocão], 2014, vidéo numérique. Avec l’autorisation de l’artiste et de la Daniel Faria Gallery, Toronto

Installé à Londres, en Angleterre, le réalisateur canadien Mark Lewis crée des « portraits » riches et détaillés de paysages urbains et d’environnements naturels. Lewis, qui débute comme photographe, commence à expérimenter la caméra au milieu des années 1990, tournant des courts-métrages pour l’essentiel muets et en une seule prise. Ses œuvres récentes mélangent souvent images fixes, films et prises multiples, et font appel à des acteurs professionnels et à des équipes de production de pointe.

Dans la vaste filmographie de Lewis, Vogl a choisi la vidéo de 12 minutes Above and Below the Minocão [Au-dessus et en dessous du Minocão] (2014), qui propose une vue panoramique de l’autoroute surélevée traversant São Paulo, au Brésil. Symbole de l’étalement urbain et de la pollution sonore et atmosphérique, le Minocão est en moyenne emprunté par 80 000 véhicules chaque jour, mais Lewis le filme un dimanche, où il est accessible seulement aux piétons. L’absence de voitures, et de piste sonore, confère à la scène une étrange quiétude. « J’aime que mes films soient sans son », explique l’artiste dans le portrait vidéo d’accompagnement, « car celui-ci réduit l’expérience visuelle et nous invite à imaginer les éléments manquants dans ce que l’on voit. »


BILL VAZAN

 

Bill Vazan, Ovale (Osiris assis) / Membrane / Vallée des Rois, montagnes de Thèbes, Égypte (décembre 2000), 58 épreuves à développement chromogène (Ektacolor), 36 épreuves : 34.3 x 50.8 cm chacune; 22 épreuves : 50.8 x 34.3 chacune. MBAC. Don de l'artiste, Montréal, 2011. © Bill Vazan

Les visiteurs du MBAC qui ont poussé jusqu’à la pointe Nepean derrière le musée ont sans doute pu admirer les pierres gravées de Bill Vazan Nid noir (1989–1991) et La planète (2001), qui s’élèvent discrètement au milieu d’un bosquet d’arbustes et d’arbres. Figure de proue du mouvement land art au Canada depuis plus de 40 ans, Vazan, qui vit à Montréal, crée des films, photographies, dessins, sculptures et installations in situ inspirés par les sites naturels, antiques et sacrés de ce monde.

Au MBAC est présentée l’imposante installation photo Ovale (Osiris assis) / Membrane / Vallée des Rois, montagnes de Thèbes, Égypte (2000). Une série d’images disposées horizontalement représente le bas-relief dédié aux exploits du pharaon Ramsès II au temple d’Abou-Simbel. Au-dessus et en dessous, une section circulaire présente une perspective aérienne de la Vallée des Rois. Cette œuvre s’inscrit dans l’exploration permanente que mène Vazan sur la manière dont l’humanité met en place des systèmes de croyances et des relations avec des forces cosmiques plus vastes, dans une tentative de comprendre sa propre place dans l’univers. Il déclare : « Cela me fascine de voir que les gens, peu importe où, ont tenté d’entrer en communication avec quelque chose d’autre qu’eux-mêmes ».

Selon Rhiannon Vogl, les œuvres qui constituent l’exposition des PGGAVAM de cette année sont à l’image de huit carrières d’exception. « C’est un événement majeur, avec des pièces incontournables d’une rare puissance d’évocation. »

L’exposition des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques 2016 est à l’affiche au Musée des beaux-arts du Canada du 24 mars au 5 septembre 2016.


Par Katherine Stauble, équipe MBAC| 23 mars 2016
Catégories :  Expositions

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Katherine Stauble, équipe MBAC

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