L'imaginaire de M.C. Escher

Par Katherine Stauble, équipe MBAC le 13 janvier 2015

  

M.C. Escher, L’air et l’eau I (juin 1938), gravure sur bois sur papier japon vergé, 43,8 x 43,8 cm. MBAC. « L’air et l’eau I », de M.C. Escher, autorisation de reproduction accordée, 2014. The M.C. Escher Company – The Netherlands. Tous droits réservés. www.mcescher.com. Photo : MBAC Tous droits réservés

« Hélas, Je vais exposer à nouveau, cette fois-ci à Utrecht dans les salons de la ‘Kunstliefde’. . . Heureusement, j’ai pu accomplir quelques progrès et je vois maintenant clairement, mentalement, de petits hommes montant sans jamais se rendre plus haut, et d’autres descendant sans jamais aller plus bas. » (M.C. Escher, lettre à Corrie et George Escher, 10 janvier 1960. [Trad.])

Montant et descendant (1960), une vue plongeante d’une villa médiévale couronnée par un escalier impossible imaginée par M.C. Escher, est l’une des œuvres les plus connues et les plus reproduites au monde : elle inspire des casse-tête, orne des T-shirts et embellit les murs de nombreuses résidences universitaires. Malgré tout, soyez prêt à être éblouis par l’estampe originale, tirée à la main, mise en vedette dans M.C. Escher. Le mathémagicien, une exposition du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).

Montée en collaboration avec l’Art Gallery of Alberta où elle a été présentée en 2010, l’exposition réunit 54 œuvres de l’artiste hollandais dont un grand nombre de ses plus célèbres, notamment Main tenant un miroir sphérique (1935), L’air et l’eau I (1938), Relativité (1953), Belvédère (1958) et Cascade (1961). À ces œuvres s’ajoutent d’autres estampes plus anciennes et moins connues ayant marqué son évolution artistique, par exemple Huit têtes (1922) et Castrovalva, les Abruzzes (1930).

Le MBAC abrite l’une des collections d’estampes et de matériel d’archives d’Escher les plus grandes et plus complètes au monde grâce à un généreux don du fils de l’artiste, George, immigré au Canada en 1958 et aujourd’hui installé en banlieue d’Ottawa. La richesse de ce fonds est telle que le Musée a pu effectuer une analyse très fouillée de l’œuvre d’Escher au fil des années. Depuis 1983, il a présenté quatre expositions sur Escher, créé une vitrine virtuelle avec des vidéos de l’artiste, « M. C. Escher : Images ludiques », et publié la correspondance entre le père et le fils dans un merveilleux ouvrage, M. C. Escher : Lettres canadiennes, 19581972.

  

M.C. Escher, Main tenant un miroir sphérique (janvier 1935), lithographie sur papier vélin avec couche argentée, 31,8 x 21,4 cm. Don de George Escher, Mahone Bay, Nouvelle‑Écosse, 1989. MBAC. « Main tenant un miroir sphérique », de M.C. Escher, autorisation de reproduction accordée, 2014. The M.C. Escher Company – The Netherlands. Tous droits réservés. www.mcescher.com. Photo : MBAC Tous droits reserves

N’importe quelle exposition d’œuvres d’Escher attire immanquablement les foules : les casse-tête visuels de cet artiste fascinent aussi bien les amoureux de l’art que les hippies vieillissants, les cracks en mathématiques, les musiciens ou les enfants. Mais il faut savoir que ses prouesses techniques sont tout aussi impressionnantes. Comme l’a indiqué à Magazine MBAC Sonia Del Re, conservatrice associée de la collection des dessins et estampes européens du MBAC : « Les gens se souviennent d’Escher à cause de ses images, mais c’était un graveur de très grand talent. Il maîtrisait plusieurs techniques et opérait de façon extrêmement précise. Il a soigné la qualité de toutes ses estampes. »

Selon Sonia Del Re, Escher avait une préférence pour le papier japon, un papier soyeux d’une couleur blanche légèrement teintée. « Le contraste entre l’encre d’impression, très riche, et la délicate couleur crème du papier est vraiment magnifique. »

Maurits Cornelis Escher est né en 1898 à Leeuwarden, aux Pays-Bas. Fils d’un ingénieur civil marié à une femme fortunée, il étudie les arts graphiques à l’École d’architecture et des arts décoratifs de Haarlem où il s’intéresse particulièrement à la gravure sur bois. La première œuvre de l’exposition, Huit têtes – une gravure sur bois rare représentant huit têtes imbriquées d’hommes et de femmes reprises six fois sur une surface plane – date de cette époque et représente sa première tentative de répétition rythmique d’un motif. Il attendra cependant avant de renouveler l’expérience.

En 1922, son diplôme en poche, Escher voyage avec des amis dans le sud de l’Italie et succombe à la magie des paysages spectaculaires de cette région, de ses villes à flanc de coteau et de son architecture médiévale quelque peu rustique. En 1924, il est marié et installé à Rome. Là, il crée pendant dix ans des dessins, des gravures sur bois de fil, des gravures sur bois de bout et des lithographies qui représentent, de manière essentiellement réaliste, des vues de la campagne du sud de l’Italie. « Il était tellement fasciné par ce paysage, note Sonia Del Re, même par ses rochers et ses petits insectes, qu’il lui a consacré toute sa production italienne. »

La première salle de l’exposition est réservée à ces premières scènes italiennes et présente entre autres Castrovalva, les Abruzzes, une lithographie sombre et mystérieuse d’une ville perchée de façon improbable sur une pente abrupte. Château suspendu dans l’air (1928), dans lequel un sommet tranché net d’une montagne flotte dans le ciel, annonce son intérêt grandissant pour le surréalisme.

 

M.C. Escher, Castrovalva, les Abruzzes (février 1930), lithographie sur papier vélin beige, 53,1 x 42,3 cm. Don de George Escher, Mahone Bay, Nouvelle‑Écosse, 1986. MBAC. « Castrovalva, les Abruzzes », de M.C. Escher, autorisation de reproduction accordée, 2014. The M.C. Escher Company – The Netherlands. Tous droits réservés. www.mcescher.com. Photo : MBAC Tous droits reserves

Il est facile de relier directement ces images aux œuvres de maturité d’Escher, observe Sonia Del Re. « Dans les dernières œuvres d’Escher, absolument tout des architectures impossibles aux escaliers qui ne mènent nulle part trouve son origine profonde dans son expérience italienne au cours de laquelle il explora des villages au sommet des montagnes et des lieux très difficiles d’accès, où il a pu voir d’étranges constructions avec justement des escaliers qui ne menaient à aucune porte. »

En 1935, devant la montée du fascisme en Italie, Escher et sa famille augmentée de deux petits garçons partent pour la Suisse et s’installent à Château-d’Œx. Le paysage environnant laisse l’artiste froid, et c’est un voyage en Espagne l’année suivante qui ravivera la flamme de son inspiration.

Escher avait déjà vu les céramiques maures de la mosquée de Cordoue et de l’Alhambra en 1922. En 1936, il retourne en Espagne avec sa femme Jetta et passe plusieurs jours à copier ces décorations et leurs formes géométriques. De retour en Suisse, il reprend ses expérimentations de répétitions de formes imbriquées telles que des oiseaux, des poissons et d’autres animaux et cherche des solutions mathématiques à des problèmes de visualisation.

George Escher se souvient de cette première exploration scientifique comme de deux années de recherches intenses. « Ce sont ses années mathématiques, nous dit-il au téléphone de chez lui à Stittsville, en Ontario. Il a fait l’équivalent d’un doctorat en maths, mais il n’a ni lu, ni parlé la langue des maths ; c’était purement visuel. »

En 1937, la famille déménage plus au nord, tout d’abord en Belgique puis aux Pays-Bas. C’est là qu’Escher poursuivra ses recherches sur la division du plan, sur l’architecture imaginée et sur les illusions d’optique jusqu’à sa mort, en 1972.

L’exposition laisse libre cours à ces incroyables espaces imaginés que sont par exemple Nature morte avec rue (1937), où une table devient une rue, et Planétoïde tétraédrique (1954), où il crée une planète à quatre faces.

« Il avait une grande ouverture d’esprit et un œil très affûté, se souvient George Escher. Il regardait autour de lui et voyait des choses que personne d’autre ne voyait. »

M.C. Escher. Le mathémagicien est présenté au Musée des beaux-arts du Canada jusqu’au 3 mai 2015.


Par Katherine Stauble, équipe MBAC| 13 janvier 2015
Catégories :  Expositions

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