La politique en jeu. Les sculptures de Keith Haring

Par Becky Rynor le 26 juin 2013

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Keith Haring, Sans titre (Figure sur bébé) [1987], aluminium avec peinture‑émail au polyuréthane, 267 x 191.2 x 124 cm. MBAC. Don d'Alan Tanenbaum, Toronto, 1999. © The Foundation of Keith Haring

Les sculptures iconiques de Keith Haring ont été très aimées et leurs marques, éraflures et rainures sont là pour le prouver. Mais après un grand nettoyage, une nouvelle couche de peinture et une application soignée de cire, les voici prêtes à revenir au jeu.

Geneviève Saulnier, restauratrice de l’art contemporain au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), explique : « Quand j’ai enlevé l’ancienne couche de cire, j’ai vu que les sculptures étaient passablement usées parce qu’elles étaient très appréciées. Elles sont très colorées et les gens aiment grimper dessus. Mais l’usure avait fait son travail. »

Les deux sculptures en aluminium grandeur nature, Sans titre (Figure de bébé) [1987] et Sans titre (Figure aux anneaux) [1987], ont été entreposées en 2004 après une ultime exposition au Musée des beaux-arts de Montréal. Aujourd’hui rafraîchies, elles reprendront vie jusqu'au 30 septembre 2013 dans le jardin des sculptures du toit du Musée des beaux-arts de Winnipeg

Pour Jonathan Shaughnessy, conservateur associé de l’art contemporain au MBAC, le travail de Haring peut être vu comme l’incarnation de l’art public, d’un art créé par un artiste qui voulait rejoindre le grand public. « Ces œuvres étaient destinées à un usage public. Keith Haring a utilisé ce legs d’Andy Warhol pour fusionner l’art et la vie publique. Il voulait démocratiser l’art, mais c’était de l’art de qualité, qui avait pour but de diffuser un message, et c’est certainement ce qui sous-tend ces sculptures. »

À la fin des années 1970, Haring fréquente le milieu artistique émergent new-yorkais et évolue aux côtés d’artistes underground tels qu’Andy Warhol, Madonna, Yoko Ono et Basquiat. Déçu par les limites de l’art commercial, il abandonne ses études de graphisme publicitaire et s’inscrit à la School of Visual Arts de New York où il se passionne pour la sémiologie et expérimente l’art de la performance. Sa signature demeure néanmoins son art de la rue.

« Il vient du monde du graffiti, souligne Jonathan Shaughnessy. Ensuite il s’est lancé et la reconnaissance publique est venue parce qu’il dessinait sur les fonds noirs des vieux panneaux publicitaires et dans les stations de métro. Ces sculptures sont nées de ces motifs. Avant de devenir un "vrai" artiste, il connaissait déjà très bien l’art de la rue et savait comment envoyer un message à la rue. »

Keith Haring, Sans titre (Figure aux anneaux) [1987], aluminium avec peinture‑émail au polyuréthane, 243.5 x 190 x 124.5 cm. MBAC. Don d'Alan Tanenbaum, Toronto, 1999. © The Foundation of Keith Haring

L’œuvre de Haring va des graffitis de rue aux sculptures monumentales conservées par les musées du monde entier, en passant par des pochettes de disques conçues pour Madonna. Cette dernière a d’ailleurs utilisé l’art de Haring comme toile de fond animée pour sa tournée Sticky and Sweet de 2008.

En 1986, Haring ouvre en fanfare son premier Pop Shop – un magasin au cœur de Manhattan qui vend des tee-shirts, des affiches, des tasses à café et des badges ornés de ses motifs uniques – puis un autre Pop Shop à Tokyo. Ces boutiques sont un flagrant pied-de nez à l’élite artistique.

« Le Pop Shop était une provocation au sens où les gens prédisaient qu’il allait en fait briser la carrière artistique de Haring, précise Jonathan Shaughnessy. On n’ouvre pas un magasin de bricoles et d’objets divers quand on veut être considéré comme un grand artiste, un artiste plutôt élitiste. Pour beaucoup de ces artistes, cette orientation grand public était un acte de défi, une volonté de suivre la direction apparente du vent de la culture qui allait vers une plus grande accessibilité. »

Haring est mort en 1990 des suites du sida, mais il a laissé une fondation philanthropique et un héritage qui continue à prospérer, souligne le conservateur du Musée des beaux-arts de Winnipeg, Paul Butler. « Je respecte sincèrement son engagement aux causes qu’il a soutenues, son militantisme, son travail de sensibilisation au sida. Et ce n’est pas fini. J’aime aussi sa dualité. Son œuvre est très simple, ludique, et plaît autant aux enfants qu’aux grands-parents. Mais c’est aussi un travail très sérieux, qui aborde des enjeux vraiment importants. »

Jonathan Shaughnessy convient qu’il s’agit d’un art revigorant, porteur d’un message politique. « J’adore ces sculptures. Le simple fait de les voir en atelier me rendait heureux. Je descendais les voir à cause du message plein d’humanité qu’elles transmettent. »


Par Becky Rynor| 26 juin 2013
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Becky Rynor

Becky Rynor

Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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