Le Musée des beaux-arts de Winnipeg accueille The End, une vidéo à cinq canaux d’un artiste islandais

Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC le 20 janvier 2014

Ragnar Kjartansson, The End (2009), installation vidéo numérique à 5 canaux, 30 min 30 s, installation aux dimensions variables. MBAC. Avec l’autorisation de l’artiste, Luhring Augustine, New York, et i8 Gallery, Reykjavik

Le paysage a toujours été au cœur du travail des artistes canadiens – des premiers artistes autochtones aux artistes plus contemporains, tel Christopher Pratt ou Takao Tanabe, sans oublier le Groupe des Sept. Notre compréhension de l’histoire de l’art canadien et, selon certains, de nous-mêmes, est liée à la relation que nous entretenons avec la nature sauvage de notre vaste pays et que nous pouvons explorer à travers le regard d’artistes canadiens ou « étrangers » inspirés par ce paysage. Les visiteurs du Musée des beaux-arts de Winnipeg (MBAW) ont aujourd’hui la chance formidable de plonger dans les œuvres de ces derniers grâce à The End (2009), une présentation vidéo à cinq canaux de l’artiste islandais Ragnar Kjartansson prêtée par le Musée des beaux-arts du Canada jusqu’au 20 avril 2014.

L’œuvre est une sorte de performance musicale de 30 minutes où Kjartansson et son complice, Davíd Thór Jónsson, s’aventurent dans les Rocheuses en plein hiver, habillés en pionniers. Jouant de la guitare, du banjo et même d’un piano à queue apporté sur un lac gelé et enneigé, ils improvisent pendant 30 minutes sur un arrangement musical country qui se déplace d’un écran à l’autre. Le résultat est une épreuve de force presque hypnotique entre la musique et la désolation farouche de la nature sauvage de l’hiver canadien.

Comme le note Paul Butler, conservateur de l’art contemporain au MBAW : « C’est une vision, une interprétation islandaise du Canada que cette grande frontière de l’Ouest. Le film nous propose de nous voir à travers le regard d’étrangers. C’est aussi une œuvre amusante, qui rassemblera la communauté musicale et la communauté islandaise et qui plaira selon moi à un vaste public. »  

D’après Paul Butler, la communauté islandaise est un public important pour The End : « Le Manitoba compte la plus grande population islandaise en-dehors de l’Islande ». Bien que l’œuvre ne fasse pas partie de la programmation officielle du festival manitobain de musique, de cinéma, de danse, d’art et de théâtre islandais et canadiens núna (maintenant), elle n’en est pas moins appuyée par cette manifestation qui combine culture islandaise et culture canadienne.

Josée Drouin-Brisebois, conservatrice principale de l’art contemporain du MBAC, a été séduite par The End lors de la Biennale de Venise de 2009, où il a été un élément important de l’ensemble de la contribution de Kjartansson au pavillon islandais. L’artiste a réalisé cette vidéo en 2008–2009, pendant sa résidence au Banff Centre, et les performances musicales ont été filmées aux alentours du Centre, dans la nature sauvage qui caractérise le Parc national de Banff.

Josée Drouin-Brisebois précise : « Au début, j’ai vu The End comme un clin d’œil aux tableaux des artistes romantiques tels que l’Allemand Caspar David Friedrich qui revisitent la relation parfois périlleuse entre l’homme et la nature. Mais il est aussi intéressant de voir à quel point l’œuvre s’intègre à celles de notre collection et d’artistes canadiens. »

Josée Drouin-Brisebois ajoute que The End s’apparente aux œuvres créées par des artistes canadiens tels que Tim Gardner et Kevin Schmidt – par exemple à la vidéo de Kevin Schmidt, Long Beach Led Zep (2002), dans laquelle celui-ci, une guitare électrique branchée sur une génératrice, interprète la chanson de Led Zeppelin Stairway to Heaven dans le paysage sauvage de Long Beach, en Colombie-Britannique.  

« Schmidt et Kjartansson jouent tous les deux dans des décors naturels – le premier dans les montagnes, le second sur la plage – et les deux œuvres tissent un lien d’une part entre la musique, le paysage, le romantisme et l’homme dans la nature et d’autre part la musique et les étendues sauvages, dit-elle. Ils sont presque des références concurrentes : Schmidt face aux vagues, jouant sur une guitare branchée sur une génératrice bruyante, faisant contraste avec la puissance de l’océan comme s’il pouvait à tout moment être emporté ; Kjartansson tout en haut dans la montagne, jouant sur un sommet exposé, vulnérable, nanifié par le paysage qui l’entoure. »

« Les deux œuvres incarnent l’idée d’une expérience à la dure, l’idée de se perdre dans la nature. Il n’est pas difficile de voir cette contrée sauvage comme un endroit dangereux. Le simple fait d’apporter un piano à queue sur un lac gelé est un défi qui suggère un certain danger. »

The End de Ragnar Kjartansson est à l’affiche du Musée des beaux-arts de Winnipeg du 18 janvier au 20 avril 2014.


Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC| 20 janvier 2014
Catégories :  Expositions

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Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC

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