Le romantisme objectif ou le paradoxe d'August Sander

Par Becky Rynor le 16 septembre 2013

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August Sander, Secrétaire à la radio ouest-allemande à Cologne (1931, tirée en 1990), épreuve à la gélatine argentique, 25,7 x 16,8 cm (image). MBAC

Le photographe allemand August Sander pensait que le visage humain pouvait être la clé de la compréhension de la nature humaine. 

« Il voyait les visages un peu comme d’autres étudient des spécimens pour recueillir des données visuelles, explique Ann Thomas, conservatrice de la photographie au Musée des beaux-arts du Canada. Il les observait avec objectivité, avec une intelligence à la fois avisée et aimante. Voilà pourquoi ses portraits sont si hyperréalistes. »

Après Sander, le visage a inspiré plusieurs générations d’illustres photographes d’art dont Lisette Model et Diane Arbus, « qui leur trouvaient une immense beauté, mais aussi un avantage », poursuit Ann Thomas.

Aujourd’hui encore, Sander est vu comme l’un des grands photographes du XXe siècle. S’il est surtout connu pour sa vaste galerie de portraits, il a néanmoins produit des vues de paysages et d’architecture tout aussi percutantes.

À l’affiche au musée d’art de l’université Mount Saint Vincent University jusqu’au 20 octobre 2013, Objective Romantic met en lumière 32 photos d’August Sander. Toutes, sauf une, ont été prêtées par le Musée des beaux-arts du Canada dont la collection permanente abrite 55 œuvres de l’artiste. Le commissaire de l’exposition est le célèbre photographe canadien George Steeves.

« Étudier le travail de Sander, c’est être confronté à des paradoxes, note George Steeves dans le catalogue de l’exposition. Bien qu’il ait vécu à une époque si troublée qu’elle a vu naître le Troisième Reich d’Hitler, ses portraits sereins ne contiennent aucune référence claire à la violence qui faisait rage à la porte même de sa maison. Les conditions difficiles devaient pourtant bouleverser ses sujets, même lorsque ceux-ci fixaient son objectif. Ils n’en montrent rien. »

Sander a appris les règles de la photographie et du portrait traditionnel en travaillant comme jeune apprenti dans divers studios et ateliers tout en raffinant son style personnel. En 1909, sa femme Anna et lui ouvrent un atelier de portrait commercial dans la banlieue de Cologne, à Lindenthal, et il imprime la déclaration ci-dessous pour attirer la clientèle.

Je ne cherche pas à produire des photos classiques, comme celles des grands studios d’art de la ville, mais plutôt des portraits simples et naturels qui présentent les sujets dans un cadre adapté à leur personnalité, des portraits qui revendiquent leur droit d’être appréciés comme des œuvres d’art et utilisés pour décorer des murs.

« Au début du XXe siècle, les familles de fermiers que photographie Sander posent dehors, en plein air, observe Ann Thomas. Mais la mise en place suit des règles formelles. Les membres des familles sont assis par ordre hiérarchique, et Sander modifie très rarement la distance entre ses sujets et lui. Son style est toujours le même, très systématique. L’arrière-plan est considérablement simplifié, sauf lorsqu’il évoque clairement le rang social du sujet. C’est le cas du plâtrier avec son oiseau. »

Sander a accumulé au fil de sa carrière des centaines de milliers de photos qui expriment une diversité humaine riche et intemporelle.

« Il essayait de montrer des représentants de diverses couches sociales, conclut Ann Thomas. Aussi bien des personnes proches de la terre – qu’il considérait être celles qui se rapprochaient le plus de la sainteté parce qu’elles étaient près de la terre – que des avocats et des docteurs, des intellectuels et des agitateurs étudiants, sans oublier le clochard. »


Par Becky Rynor| 16 septembre 2013
Catégories :  Expositions

À propos de l’auteur(e)

Becky Rynor

Becky Rynor

Basée à Ottawa, Becky Rynor est journaliste et rédactrice en chef.

 

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