Lieux retrouvés. Les photos de Lynne Cohen

Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC le 11 avril 2014

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Lynne Cohen, Établissement thermal (1999), épreuve à développement chromogène. MBAC

Tous ceux qui ont déjà ressenti dans un salon, un entrepôt, un salon de coiffure, un lieu de travail ou autre que l’endroit avait quelque chose d’extraordinaire, qu’il aurait pu avoir accueilli des gens étranges ou des événements aujourd’hui oubliés, apprécieront la compagnie de l’artiste américano-canadienne Lynne Cohen.

Née à Racine, au Wisconsin, Lynne Cohen a tout d’abord étudié la gravure et la sculpture. Elle s’est installée au Canada en 1973 et a enseigné à  l’Université d’Ottawa de 1974 à 2005. Depuis plus de 40 ans, elle se sert de la photographie pour créer des œuvres d’art emblématiques à partir de « lieux retrouvés ». Ses images sont si saisissantes que beaucoup ont cru qu’elles étaient le résultat d’installations artistiques créées précisément pour être photographiées.

Le Musée des beaux-arts de Winnipeg (MBAW) a réuni 23 de ces images pour un bilan de carrière de l’artiste. Lynne Cohen. Entre rien et quelque chose suit l’évolution de sa démarche depuis les clichés en noir et blanc d’espaces privés et publics qui ont marqué sa carrière dans les années 1970 jusqu’à l’adoption de la photo couleur à la fin des années 1990, en passant par ses images de centres de formation et de laboratoires des années 1980.  

« Je suis fasciné par le travail de Lynne Cohen depuis que je l’ai découvert l’année dernière au Musée d’art contemporain de Montréal, déclare Paul Butler, conservateur de l’art contemporain au MBAW. Ce n’est pas une artiste très exposée  dans l’Ouest et je voulais vraiment offrir un survol de ses 40 années de carrière à Winnipeg. »

Paul Butler a tout d’abord exposé son idée à la galeriste de l’artiste, Olga Korper. Compte tenu de la bataille que mène depuis peu Lynne Cohen contre le cancer, il est apparu évident qu’il fallait agir rapidement pour pouvoir bénéficier de la coopération de l’artiste. Comprenant qu’il lui serait impossible de monter une exposition complète dans des délais serrés, ce dernier a choisi de profiter du partenariat entre le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) et son musée, MBAC@MBAW.

Ce partenariat annoncé en septembre 2012 permet au MBAW d’avoir accès aux collections du MBAC pour ses expositions. Deux autres musées, l’Alberta Gallery of Art d’Edmonton et le Musée d’art contemporain canadien de Toronto, ont établi de tels partenariats. Deux des vingt-trois photos de l’exposition Lynne Cohen. Entre rien et quelque chose sont des prêts de l’artiste; les autres viennent de la collection du MBAC.

Les visiteurs repéreront vite que ces photos montrent presque toujours des espaces intérieurs et que ceux-ci sont systématiquement vides de leurs occupants – on ne voit que les lieux qu’ils habitent.  A ce titre, les espaces photographiés nous incitent à nous demander qui les utilise et dans quel but.

Paul Butler précise : « Les photos sont en quelque sorte des portraits des personnes qui ont aménagé ces espaces, mais sans elles.  Les lieux ressemblent à des décors de films, à des mises en scène. Son travail possède une qualité supplémentaire impossible à vraiment définir. C’est comme une lutte entre les deux côtés du cerveau : quand on regarde, on se dit que c’est juste la photo d’un lieu, mais ce n’est pas que cela, ça va plus loin. Et c’est ça qui est intéressant, c’est ce que les images révèlent de ceux qui les regardent, ce qu’elles déclenchent, les endroits où elles les amènent. »

Ann Thomas, conservatrice de la photographie au MBAC, note dans son ouvrage de 2001, No Man’s Land: The Photography of Lynne Cohen, que l’une de ces œuvres, Établissement thermal (1999), qui représente le bleu chimiquement saturé d’une piscine intérieure,  semble si vaporeuse et si peu naturelle qu’il devient difficile de réconcilier l’espace confiné avec la notion de guérison physique habituellement associée à ce genre d’endroit.  Qui voudrait profiter d’un tel lieu ?

Avec Hall (1999), notre regard se heurte à une immense cloison qui divise une vaste salle d’un centre des congrès. Comme le souligne Ann Thomas, le mur est composé de rectangles rose crème qui, combinés à la lumière plate, donnent l’impression d’une absence d’air.  La hauteur des poignées de porte de la cloison et la présence d’une porte adjacente donnent à penser que des gens de tailles incroyablement variées circulent dans cet endroit, le transformant en un « pays des merveilles digne d’une Alice du XXIe siècle ». 

L’exposition prend l’affiche au moment où Postes Canada s’apprête à émettre un timbre et une carte postale reproduisant une œuvre de Lynne Cohen, Sans titre (1970). Rien d’étonnant donc à ce que l’artiste, qui s’intéresse aux objets perdus, ait pris l’habitude d’envoyer à ses amis des cartes postales de centres commerciaux, de terrains de golf et autres lieux communs. Les visiteurs du MBAW pourront faire la même chose à partir de la boutique du musée.

Lynne Cohen. Entre rien et quelque chose est à l’affiche du Musée des beaux-arts de Winnipeg du 12 avril au 29 juin 2014.


Par Peter Zimonjic, Éditeur vidéo en chef et rédacteur de contenu, MBAC| 11 avril 2014
Catégories :  Expositions

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