Expliquer l’art : Pierre Paul Rubens et son atelier

Par Stephen Gritt, Directeur, Conservation et Recherche technique, MBAC le 22 mai 2013

Pierre Paul Rubens, Tête de vieille femme (1612), huile sur chêne, 47,2 x 39,1 cm. MBAC

Pierre Paul Rubens est un nom célèbre, le nom d’un peintre dont tout le monde a probablement entendu parler sans vraiment savoir de qui il s’agissait. Réputé pour ses femmes aux formes généreuses, Rubens a laissé une œuvre extrêmement abondante et a lui-même été un personnage plus grand que nature : à la fois artiste, diplomate (« espion » aux yeux de certains), chevalier, polyglotte et humaniste érudit. Cette affirmation qui semble le résumer dénote aussi une extraordinaire prétention : « Aucune entreprise, pour vaste qu’elle soit dans son envergure et diversifiée dans son sujet, n’a surpassé mon courage. »

Peut-on prétendre connaître le monstre de suffisance que l’histoire s’est plu à reconnaître ? La tâche n’a pas été facile et s’est même révélée franchement redoutable compte tenu des éléments dont nous disposions : tableaux, dessins et estampes, plus une centaine d’ouvrages très épais. En nous livrant dans un premier temps à un examen soigneux des œuvres d’art (avec l’avantage d’un œil neuf), nous espérions supprimer les aspects d’une personnalité qui nuisaient non seulement à la compréhension de la valeur historique de l’artiste, mais aussi à son procédé artistique. Pour cela, il fallait un dosage d’expertise, une alliance entre un conservateur et un restaurateur tous deux soucieux d’expliquer la démarche pragmatique du peintre d’atelier qu’était Rubens. Et pour bien comprendre l’influence de ce dernier, il nous paraissait évident de nous attarder à deux de ses élèves – deux hommes qu’il avait guidés ou avec lesquels il avait travaillé : Antoine van Dyck et Jacob Jordaens.

Les visiteurs des musées d’art sont nombreux à devoir faire un tri dans le brouillard de désinformation historique qui les empêche de bien saisir un artiste. En fait, l’un des grands principes de cette exposition a été notre volonté d’éclaircir ce brouillard. Nous voulions que les visiteurs s’intéressent aux objets en présentant ceux-ci de la façon la plus claire possible, en rendant intelligibles même les concepts les plus compliqués.

Trois tableaux exposés viennent d’être restaurés et peuvent distinctement être vus pour la première fois depuis des siècles. Peinte en 1612, Tête de vieille femme a presque retrouvé l’aspect qu’elle avait peu après la mort de Rubens – la spontanéité de la vision et la technique novatrice de l’artiste plus affirmées qu’elles ne l’avaient jamais été pendant tous ces siècles. Même le cadre de la toile a été retiré (bien qu’il soit suspendu, vide, aux cimaises) et remplacé par un cadre semblable à celui que celle-ci devait avoir dans l’atelier de Rubens.

Cette exposition est la première de la série Comprendre nos chefs-d’œuvre qui vise à mettre en lumière plusieurs œuvres phare de la collection d’art nationale du Canada tout en permettant à nos visiteurs de mieux comprendre la nature de l’art. Nous espérons que ceux-ci repartiront avec une image plus claire de la technique picturale de Rubens, de la façon dont celui-ci a pu influencer ses successeurs et de l’importance de son atelier pour l’histoire de l’art.   


Par Stephen Gritt, Directeur, Conservation et Recherche technique, MBAC| 22 mai 2013
Catégories :  Expositions

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