Margaret Watkins : perdue et retrouvée

Par Équipe du magazine du MBAC le 12 mars 2014

Margaret Watkins, Académie  – Tour d'ivoire (1924), épreuve au palladium, 21,2 x 16 cm. MBAC. Acheté en 1984 grâce à une subvention du Gouvernement du Canada en vertu de la Loi sur l'exportation et l'importation de biens culturels

Après plus d’un siècle, la photographe canadienne Margaret Watkins revient dans sa ville natale de Hamilton à l’heure où le McMaster Museum of Art accueille l’exposition du Musée des beaux-arts du Canada, Margaret Watkins. Symphonies domestiques.

L’histoire de l’art peut toujours décoter, oublier ou carrément supprimer de ses pages la production d’un artiste… un sort qui a bien failli être celui de l’œuvre de Margaret Watkins. Née à Hamilton en 1884, celle-ci déménage à Boston en 1908 où elle travaille pour un studio de portraits, puis s’installe à New York où elle devient une photographe professionnelle accomplie. De 1916 à 1928, elle enseigne dans le Maine à la prestigieuse école de photographie de Clarence H. White. Elle est ensuite professeure à New York, une ville où les élèves se nomment entre autres Margaret Bourke-White, Laura Gilpin, Paul Outerbridge, Ralph Steiner et Doris Ulmann, des artistes qui ont tous leur place dans la collection du MBAC

En 1928, elle quitte New York pour prendre soin de ses tantes maternelles qui vivent à Glasgow, en Écosse, et ne retournera plus en Amérique du Nord. Si ses photos ne semblent pas lui avoir procuré de réels revenus après cette date, elle se révèle néanmoins une amatrice passionnée, se spécialisant dans les scènes de rue en Russie, en Allemagne et en France. Élue membre associée de la Royal Photographic Society, elle est aussi la première femme à intégrer la Glasgow and West of Scotland Photographic Association. Lorsqu’elle décède en 1969, son talent de photographe est largement oublié mais son exécuteur testamentaire trouve chez elle, à Glasgow, plusieurs centaines de clichés qui seront le point de départ de plusieurs expositions personnelles en Grande-Bretagne et Amérique du Nord.

Lori Pauli, conservatrice de la photographie au MBAC, a découvert le travail de Watkins presque par accident. « Il y avait sept de ses œuvres dans la collection du Musée, et je suis tombée dessus par hasard en faisant une recherche pour une autre exposition. Ces photos incroyablement belles avaient été réalisées par une native de Hamilton. Je viens de Guelph, pas loin de là, et j’ai pensé : ‘Pourquoi n’ai-je jamais entendu parler de cette artiste et de son œuvre ?’ ». 

D’où sa décision de consacrer une grande exposition à Margaret Watkins, un projet qui a exigé près de 25 ans de préparation. L’inauguration tant attendue de cette présentation au MBAC, en octobre 2012, a eu pour effet de rendre à l’artiste sa place légitime dans les annales de la photographie du XXe siècle – et de rapatrier son œuvre dans sa ville natale.

« C’est vraiment fabuleux de la voir rentrer chez elle, insiste Pauli. New York lui a offert une rétrospective personnelle avant son départ, mais il ne s’est pas passé grand-chose ensuite. Ce sont donc ses premières expositions individuelles depuis les années 1920. » 

Margaret Watkins. Symphonies domestiques rassemble 101 photos dont des paysages et des portraits artistiquement floutés, des scènes urbaines et des vitrines commerciales, des créations publicitaires et des natures mortes. Comme l’indique encore Lori Pauli : « Son travail ajoute une toute nouvelle dimension à l’histoire de la photographie moderniste et pictorialiste. »

Pour Ihor Holubizky, conservateur principal au McMaster Museum of Art, il était important d’accueillir cette exposition pour plusieurs raisons, entre autres pour rappeler à la population de Hamilton que leur ville a vu naître des personnes remarquables et des événements mémorables. « Nous avons tendance à croire que les artistes, surtout eux, viennent d’ailleurs, qu’ils ne sont pas nés ici – et cela qu’ils travaillent au Canada ou à l’étranger. L’exposition remet en question cette idée. »

En tant qu’historien d’art, il estime que le rapatriement de l’œuvre de Watkins conforte l’idée voulant que l’histoire soit toujours écrite et réécrite. « Voilà une femme qui s’est taillée sa place et qui a pris des risques en ce sens. L’appareil photo est un outil très puissant. Elle a été ici, pile au bon moment. Elle a étudié, elle a enseigné, elle a apporté sa contribution. Si elle n’est pas connue, ce n’est pas de sa faute, c’est plutôt quelque chose que nous devons tenter de comprendre. »

Margaret Watkins. Symphonies domestiques est à l’affiche du McMaster Museum of Art de Hamilton jusqu’au 3 mai 2014. Un catalogue en anglais et en français accompagne l’exposition.


Par Équipe du magazine du MBAC| 12 mars 2014
Catégories :  Expositions

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